LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Star Wars Episode VI - Return of the Jedi  Le retour du Jedi, 1983

Les sabres lasers

5 min
À retrouver dans l'émission

Les sabres lasers sont le nom d'une impossibilité physique.

Star Wars Episode VI - Return of the Jedi  Le retour du Jedi, 1983
Star Wars Episode VI - Return of the Jedi Le retour du Jedi, 1983 Crédits : LUCASFILM / COLLECTION CHRISTOPHEL - AFP

Le 16 mai 1960, dans son laboratoire de Malibu, le physicien Theodore Maiman, en stimulant électriquement un rubis enfermé entre deux miroirs, obtenait le premier faisceau laser, une forme de lumière qui ne se diffuse pas : le faisceau est coupé net des deux côtés et avance en ligne droite comme si la cavité optique qui lui avait donné naissance coulissait, invisible, autour de lui tout au long de son parcours. Toute technologie suffisamment avancée est indiscernable de la magie, disait Arthur C.Clarke ; le laser, après un demi siècle, vient encore troubler le sommeil de chat de nos intuitions physiques.

Le sabre laser, en vrai

Imaginons maintenant ce faisceau laser soudain interrompu — détouré net dans la dimension du temps comme il l’est, avec le laser, dans celle de l’espace : la lumière, non seulement avancerait en ligne droite, mais s’arrêterait brutalement sans avoir rencontré le moindre obstacle : vous avez reconnu le fonctionnement du sabre laser, l’arme des chevaliers Jedi et des seigneurs Sith dans Star Wars, immense invention de George Lucas, le Edison du celluloïd. Car c’est là tout le problème : ça ne peut pas marcher en vrai. Même si c’était des néons ou des tubes fluos, comme je l’ai longtemps cru, non seulement ils se casseraient au moindre choc, mais surtout, il faudrait, à leur extrémité, qu’ils soient reliés à une cathode assez peu cinématographique. La solution retenue, à la fois déceptive et géniale, a consisté à les dessiner directement sur la pellicule, images après images, en respectant, bien sûr, les lois de la perspective, indiquée par l’angle du poignet des protagonistes : c’est à peu près la technique qu’utilisait déjà Ucello pour peindre les lances de cette autre célèbre trilogie, La bataille de San Romano.

Le défi du merchandising

Cela laissait hélas la question cruciale du merchandising irrésolue : sous quelle forme commercialiser ces sabres laser ? Autrement dit, comment représenter une impossibilité physique dans le monde des choses ? Là où physiciens, philosophes ou spécialistes des effets-spéciaux auraient renoncé, le monde du jouet a relevé le défi, et on a vu apparaître des dizaines de solutions au problème du sabre laser. Des solutions jamais totalement satisfaisantes, bien sûr : des épées gonflables et incassables, mais pas lumineuses ; des épées lumineuses, mais qui, éteintes, ressemblaient plus à des tubes fluo translucides qu’à des armes futuristes ; des modèles visuellement tout aussi approximatifs, mais dotés d’une dimension sonore réaliste ; ou encore des modèles où la lumière, produite par une diode cachée à l’intérieur du manche, s'immisçait, comme de l’eau colorée, à travers de fines rainures creusées dans le plastique de la lame. Mais le meilleur modèle privilégiait, par rapport à toutes ses solutions, la jouissance si particulière qu’il y avait à allumer son sabre laser, à le voir se déployer d’un seul coup, mais suffisamment lentement, encore, pour que sa lumière se propage à vitesse humaine. Le truc était obtenu au moyen d’une feuille de plastique colorée et roulée en spirale qu’un mouvement brusque du poignet venait soudain libérer. Il manquait la lumière mais le plaisir était là — proche de celui du fouet, d’ailleurs, et de son claquement supersonique, autre valeur physique normalement inaccessible mais mise ici presque à portée de main.

La vitesse de la lumière

Mais la lumière est, par nature, bien trop rapide. La lumière, c’est la vitesse elle-même, c’est le temps indomptable, c’est l’univers lui-même qui nous fait un clin d’oeil. Il existe, pourtant, une technique pour découper le temps — tout le cinéma découle de son exploration systématique. Il s’agit de photographier son objet à intervalles répétés. Un cheval au galop, un oiseau dans le ciel. Il fallait autrefois à peu près un mètre de pellicule pour parvenir à représenter la chose. En modifiant le réglage de l’obturateur et en allongeant le ruban, il devait être techniquement possible de filmer la lumière. C’est l’idée qu’a eue une équipe du MIT en 2011. En capturant 1000 milliards d’images par seconde (c’est à peu près le nombre d’images d’un film qui durerait mille ans), leur caméra, est parvenue à montrer, pour la première fois, un faisceau de lumière en train d’avancer. Paradoxe fascinant, c'était comme si la lumière était enfin devenue visible. Le petit fracas que fait cette expérience sur notre cerveau, ce soudain désordre dans l’idée d’instantanéité du monde, c’est précisément celui que faisait la feuille de plastique en spirale de mon sabre laser quand elle sortait du tube — le bruit d’un univers trop connu et légèrement monotone qui accrocherait un peu, qui passerait moins vite, qui serait redevenu jouable.

Chroniques
8H55
3 min
Les Trois minutes des partenaires
Les Trois minutes des partenaires : Mardi 19 septembre 2017
Intervenants
L'équipe
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......