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Extrait du clip "De mon âme à ton âme" de Kompromat avec Adèle Haenel publié ce mardi

Peut-on encore dépolitiser Adèle Haenel ?

3 min
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J’avais pris un peu d’avance : l’affaire Haenel n’a pas éclaté pour moi à la fin de l’année 2019, avec les révélations de l’actrice à Mediapart sur le comportement inapproprié de Christophe Ruggia à son égard, mais un peu plus d’un an avant, avec le film "Un peuple et son roi".

Extrait du clip "De mon âme à ton âme" de Kompromat avec Adèle Haenel publié ce mardi
Extrait du clip "De mon âme à ton âme" de Kompromat avec Adèle Haenel publié ce mardi Crédits : Affreux Sales & Mechants / Citizen Records

L’affaire Haenel c’était pour moi, encore une histoire de silence gêné, si l’on veut, la scandaleuse indifférence qui avait entouré la sortie du film de Pierre Schoeller Un peuple et son roi, dans lequel elle incarnait une révolutionnaire de 1789. 

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Tout a été dit sur Adèle Haenel, sur son intensité d’actrice, sur son rôle incroyable d’icône féministe, sur la facilité avec laquelle, en quelque interview seulement et en se voyant attribuer un Plenel en guise de Depardieu, une Sciamma en guise de Truffaut, elle avait détrôné Deneuve en tant qu’idée renouvelée de la femme française. 

Mais tout ça, moi, je le savais, et 322 000 Français avec moi : ceux qui avaient vu Un peuple et son roi à sa sortie en salle. 

Pour un film en costume qui prétendait renouveler l’approche iconographique du plus important événement de l’histoire de France, c’était dramatiquement peu. 

Qui saurait sérieusement se consoler que dans le genre film en costume dix-huitième avec Adèle Haenel dedans, c’était à peine mieux que Portrait de la jeune fille en feu — remake instantané du film de Schoeller, le mâle gaze en moins, la politique en plus, si j’en crois ce que j’ai lu sur Twitter. 

Si j’en crois, même, ce que j’y ai vu il y a quelques jours : une vidéo virale d’Adèle Haenel expliquant que : “de toute façon dépolitiser le réel c'est le repolitiser au profit de l'oppresseur, donc qu’on me parle pas de curseur politique parce que de toute façon on ne peut pas ne pas être politique, ça n’existe pas.”

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C’était haenelien en diable, jusque dans sa diction rapide, cette façon tout à fait prodigieuse qu’à l’actrice de s’exprimer, de porter la langue presque au bord du bégaiement, sans y tomber jamais, de produire des phrases définitives, tout en leur gardant une part mystérieuse d’ironie, de jeu. 

C’est ce que j’avais déjà adoré d’elle dans la comédie En liberté !, de Salvadori, où on s’amusait pendant une heure et demie moins de sa candeur, d’avoir jusque là ignoré que son collègue et défunt mari était un flic ripou, que de sa résilience à tenir ce drame intime comme une péripétie négligeable, à s’en départir en haussant les épaules. 

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Il y a quelque chose d’une actrice du muet chez Adèle Haenel. Qui mieux qu’Adèle pour endosser un rôle de flic, où la part de caricature, inévitable, est inhérente à la composition. Le flic est toujours mis à nu, à un moment, par son double de caricature, la femme fatale : "- Tu es flic ? - Comment tu sais ? - Je l’ai senti”. Le charme du film de Salvadori, c’est de faire endosser les deux rôles à Adèle Haenel : elle est en même temps le flic et la femme fatale qui trouve qu’il y a quelque chose qui cloche un peu, dans son naturalisme. 

On retrouve aussi dans Un peuple et son roi un autre aspect du muet : avec ces scènes à la Abel Gance, lourdes, symboliques, théâtrales, dans lesquelles Adèle Haenel est excellente. Le fait que l’enfant meurt, puis que l’actrice sorte dans le faubourg Saint Antoine, au moment où on fait basculer une pierre de la Bastille dans le vide, et que cela lance un rayon de soleil sur son visage désespéré : c’est pour ce genre d’instants que le cinéma existe. 

On pourra reprocher ensuite à l’actrice de faire plus peur avec ses roulements d’yeux que les armées révolutionnaires avec leurs roulements de tambours, mais ce serait manquer le classicisme remarquable du visage de l’actrice — un peu lourd, mais comme l’était le visage de Brando : c’est un genre de visage qui fait des miracles au cinéma. 

D’Adèle Haenel j’attends ainsi des regards caméra appuyés, de l’incarnation absolue : et c’est bien ce qu’on a voulu voir dans son film avec Mediapart, le visage indompté d’un me too à la française.

Mais quelque chose me gêne, pourtant, dans la vidéo virale que j’ai vue, Adèle Haenel ne regarde pas la caméra, mais sur le côté, en bas, derrière.

Pense-t-elle vraiment ce qu’elle dit, quand elle dit que “dépolitiser le réel c'est le repolitiser au profit de l'oppresseur”. Je ne sais pas. Mais c’est la première fois que je la voyais mal jouer, ou jouer un peu trop tôt, pas encore tout à fait certaine de son texte. 

par Aurélien Bellanger

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