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Le Président Emmanuel Macron reçoit le prix Charlemagne à Aachen en Allemagne le 10 mai 2018

Charlemagne

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J’ai assez facilement découvert quelle serait la prochaine incarnation médiatique du président Macron.

Le Président Emmanuel Macron reçoit le prix Charlemagne à Aachen en Allemagne le 10 mai 2018
Le Président Emmanuel Macron reçoit le prix Charlemagne à Aachen en Allemagne le 10 mai 2018 Crédits : Ludovic MARIN - AFP

J’aime beaucoup les timbres, les images d’Epinal et BFM TV sans le son.

J’ai ainsi trouvé la scénographie du discours de Macron à Athènes très réussie : le ciel, juste avant de tourner au noir, avait pris une belle teinte bleu Europe pendant que les monuments du Parthénon, saturés d’ion sodium, avaient pris la couleur dorée des étoiles du drapeau. C’était magnifique. Ça m’a rappelé ce moment de pure pornographie bonapartiste, au soir du 14 mai, devant la Pyramide du Louvre. 

Comme tous ceux qui ont été regardés enfants par la méduse mitterrandienne, j’ai un goût assez marqué pour les grandiloquences du Grand Louvre. 

Et si j’ajoute ma passion malencontreuse pour l’épopée napoléonienne, on comprend que j’étais une proie facile. Dès que je vois des axes à la Lenôtre, du pompeux régalien, un bout de pyramide, un tronçon de colonne, j’entre en résonance hertzienne.

Je serais honnêtement incapable de me prononcer sur le discours d'Athènes, je n’en ai pas écouté un mot, en bon élève de la politique-spectacle. Il n’y avait peut-être pas d’autre message : celui qui se faisait nommer Jupiter devait apparaître, pour fixer la métaphore, devant ce qui pouvait le plus évoquer un décor de l’Olympe.

Je le vois mal entamer, faute de décors adapté, la transmutation suivante, si l’on suit la doctrine du publicitaire Jacques Pilhan, le conseiller de Mitterrand à l’origine du concept de présidence jupitérienne : le passage de Jupiter à Dieu, avec je ne sais plus si c’était dans ce sens là, comme une figure d’origami intermédiaire, un stase yogique de transition, un passage par le Sphinx.

Mais j’ai assez facilement découvert quelle serait la prochaine incarnation médiatique du président Macron.

Une fois de plus, je n’ai pas écouté le discours, ce n’est plus trop l’objet — cela fait longtemps que les discours ne sont plus faits pour être écoutés et personne n’est suffisamment pervers, à l'exception de celui qui les prononce, pour y prêter vraiment une attention réelle. 

En réalité, les discours, surtout depuis qu’on a rendu les prompteurs invisibles, sont des temps de poses, une façon élégante qu’on a trouvé d'immobiliser un peu le spectacle de la politique : ce serait dommage, devant l’Acropole, le parlement de Strasbourg, la Pyramide du Louvre ou le grand amphithéâtre de la Sorbonne, de ne pas prendre le temps d'apprécier les richesses du décor.

Ce n’est pas seulement le prompteur, c’est l’homme qui parle qui aspire lui aussi à la transparence — la transparence non pas comme effacement mais comme fantasme d’une incarnation totale, comme, graal ultime de la communication politique, réconciliation du fond et de la forme.

L’opération s’est faite en trois étapes.

Macron est d’abord allé à Las Vegas en janvier 2016. C’est son baptême baudrillardien. Aller à Las Vegas, c’est abandonner symboliquement son enveloppe charnelle pour entrer dans le monde des simulacres. 

On le retrouve, en mai de la même année — année importante, au moins autant que celle de l'élection, puisque c’est celle de la transmutation qui rendra tout possible — à Orléans, pour les fêtes johanniques. Macron voit ce jour-là Jeanne d’Arc passer devant lui à cheval et entend résonner l’appel de Domrémy — tellement plus puissant que cet Appel du 18 juin auquel ses prédécesseurs  se limitaient prudemment : c’est Hegel qui voit passer l’esprit du monde, Baudrillard qui rencontre Péguy. 

Le simulacre accède par là à l’épaisseur historique.  

Le candidat se rend enfin en août au Puy du Fou pour recevoir, du dernier chevalier encore vivant, le sacrement historique définitif — une sorte d’irisation sacrale et hologrammatique.

Macron, c’est dorénavant le meilleur cosplayer qu’on a jamais vu en France, un cosplayer si royal qu’il peut se permettre de ne jamais se déguiser lui-même, mais de laisser le décors générer autour de lui un costume convaincant — et potentiellement illimité. 

Autrefois, Mitterrand avait timidement pris la main d’Helmut Kohl à Verdun. Macron vient d’apparaître, lui, au balcon de l’hôtel de ville d’Aix-la-Chapelle, pour y recevoir le prix Charlemagne et pour y déchirer, sans un regard pour la partenaire terriblement mal costumée que les vicissitudes de l’histoire allemande lui avaient adjoint, le Traité de Verdun : bientôt tout cela ne serait  plus qu’un mauvais souvenir, la Francie, la Lotharingie et la Germanie refusionneront et le président cosplayer enfilera en souriant le costume impérial.

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