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Ron Howard à la première de Rush à Londres en septembre 2013

Ron Howard

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Mon film préféré c’est peut-être Rush.

Ron Howard à la première de Rush à Londres en septembre 2013
Ron Howard à la première de Rush à Londres en septembre 2013 Crédits : Stuart C. Wilson - Getty

Mon film préféré c’est peut-être Rush, de Ron Howard, le réalisateur de Willow et Apollo 13 , récemment dépêché par Disney pour sauver Solo : A Star Wars Story, parti en catastrophe industrielle — ”Howard, we have a problem”.

Peu de génie a priori chez Ron Howard : c’est le faiseur hollywoodien dans toute sa splendeur, l’académisme décomplexé, il explique tout, il appuie bien, on ne rate rien, on comprend tout. Un film de Ron Howard, c’est un story-board expliqué plan par plan. 

Rush fait pourtant figure d’exception dans cette filmographie impeccable. C’est une petite production, pas un blockbuster — 38 millions à peine. Et c’est une coproduction européenne : c’est Ron Howard qui fait sa nouvelle vague. 

Je suis allé voir le film, à sa sortie en 2013,  pour les raisons les moins avouables et les plus pornographiques : je voulais voir des pistons en gros plans, des disques de freinages chauffés à blanc, des flammes qui sortaient des échappements et des effets surrounds terrifiants. 

J’ai oublié de dire que Rush est un film sur la rivalité entre l’Anglais James Hunt et l’Autrichien Niki Lauda pendant le championnat du monde de Formule Un de 1976 , marquée par le terrible accident qui devait laisser le second défiguré. 

James Hunt, incarné par Chris “Thor” Hemsworth est impulsif, charismatique et séducteur. Niki Lauda est froid, méthodique et antipathique, malgré ses amusantes petites dents d'écureuil. Blunt est un génie pour qui tout est facile, Lauda calcule tout, évalue les risques et s’obstine à évacuer la dimension chevaleresque de son métier

Un insert, au début du film, sur un pilote décapité vient pourtant la rappeler brutalement — le désarroi des pilotes survivants est l’une des plus belles scènes du film.

Blunt, c’est Maverick, la tête brûlée de Top Gun, incarnée par Tom Cruise, quand Lauda se serait Iceman, le personnage joué par Val Kilmer.

C’est pourtant celui-ci qui sera cette fois le vrai héros du film.

Rush, c’est un film sur la rédemption de l’intelligence, sur le triomphe de la raison : c’est le panégyrique d’un intellectuel.

Le film bascule évidemment avec l’accident de Niki Lauda sur le circuit du Nürburgring : gravement brûlé, intoxiqué par les vapeurs d’essence, on va suivre son calvaire physique et mental — il est défiguré, intubé en permanence, il hurle de douleur à chaque inspiration du tuyau, mais la torture morale qu’il s’inflige est encore pire : il se force à regarder, depuis son lit d’hôpital, les victoires de Blunt qui remonte au classement des pilotes. 

Il sera finalement de retour pour le Grand Prix du Japon, dernière chance de sauver son titre. Mais l’accident ne l’a pas changé, il se montre aussi raisonnable que d’habitude, et abandonne après deux tours, jugeant les conditions de course trop dangereuses — des pluies torrentielles tombent sur le Japon.

Le titre ira donc à Blunt, mais Lauda prendra sa revanche l’année suivante. Il expliquera alors à son rival qu’il a survécu uniquement pour pouvoir revenir et le battre — donnant à son personnage, in fine, le surcroît de romantisme qui lui manquait jusque là, et offrant à Ron Howard le chef-d’oeuvre qui lui faisait défaut : un film de genre implacable, une épopée moderne, un film aussi sérieux, dans sa réalisation, qu’une course de Niki Lauda, mais qui aurait été soudain touché par la grâce. 

Ron Howard a t-il alors réussi à sauver Solo ? Pas totalement. Le film souffre d’un défaut incorrigible : il est écrasé par son pitch, une phrase lancée comme ça, sans réfléchir, par un Harrison Ford vantant son vaisseau, le Faucon Millenium, dans l’épisode originel de 1977 : “Il a fait le raid de Kessel en moins de 12 parsec”.

L’unique mission du film Solo sera d’illustrer cette phrase, de lui donner un contenu. 

Le film, sur ce point, est magistralement réussi. La passe de Kessel se voit même doté, chose à la fois imprévue et géniale, d’un habitant presque aussi gros qu’une planète — l’être le plus gros jamais entrevu dans la saga.

Il a provoqué chez moi un petit twist mental : et si la vie dans l’univers, au lieu de se cantonner à des planètes, flottait entre les mondes dans ces créatures dont l’organisme serait le propre écosystème ? 

Mon intérêt pour la saga s’en est trouvé instantanément relancé — comme mon intérêt pour Ron Howard, ce géant d’Hollywood, caché en pleine lumière. 

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