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Donald Trump en mai 2018 à Washington, D.C

Donald Trump

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Trump c’est notre plus gros défaut, quel qu’il soit, devenu président.

Donald Trump en mai 2018 à Washington, D.C
Donald Trump en mai 2018 à Washington, D.C Crédits : Chip Somodevilla - Getty

Je n’arrive pas à détester Donald Trump. Je ne peux pas vraiment condamner sa mégalomanie, qui lui a plutôt bien réussi, et je connais trop bien le petit garçon insupportable qui s’adore à l’intérieur de lui : il y a en lui quelque chose qui nous exauce tous. Trump, c’est notre plus gros défaut, quel qu’il soit, devenu président. 

Trump, c’est un petit garçon gentiment narcissique, naïvement psychotique, comme le sont les tous jeunes enfants à la crèche — ils ne se détestent pas, ils s’ignorent, et s’ils se tapent dessus c’est presque par accident, pour détacher du jouet qu’il convoite la baveuse excroissance humaine qui s’y est accrochée. 

Mais là où Trump m'intéresse vraiment, c’est dans le fait qu’il est né à l’unique endroit où ces pathologies mineures pouvaient dégénérer à ce point. Personne n’est venu un jour avec un plan d’urbanisme pour New-York, personne n’a obligé les gens à construire de grattes-ciels : il se sont construits tout seul, parce que les parcelles étaient petites, que la pression immobilière était grande et qu’aucun gabarit ne pouvait entraver l’égalité des droits. 

Les tours en général sont grandes de ce qu’elles respectent la grandeur des tours voisines : elles sont moins hautes que spectaculairement étroites, elles ont poussé dans la seule direction qu’il leur restait accessible, celle de liberté, en respectant scrupuleusement les droits égaux de leurs filamenteuses voisines. 

New-York n’a pas grimpé au ciel, on a plutôt enfoncé dans la pâte molle de l’individu libéral la grille implacable de l’égalité, et regardé les jalousies s’empiler jusqu’au ciel. New-York, ce n’est pas une ville, c’est une collection de longs palais posés sur leur tranche, de Versailles privés de leurs parcs et forcés d’en partager un seul — ou bien pour les plus chanceux, reliés par hélicoptère au jardin à l’anglaise d’un golf littoral.

C’est cela, précisément, le New-York de Trump, le magnat de l’immobilier, dont le coeur de métier a longtemps consisté à donner son nom à des tours.

Il existe ainsi une Trump Tower près de Central Park et un Trump Building à Wall-Street. Ce dernier a connu un destin malheureux : il a été, à sa construction, la tour la plus haute du monde pour seulement 27 jours — le temps d’achever le Chrysler Building. Et je crois que c’est pour ça que son propriétaire, juste après le 11 septembre, a eu cette réaction d'orgueil un peu déplacée en se félicitant de ce que sa tour soit soudain redevenue la plus haute du Lower Manhattan : il faut l’excuser, ce n’est pas lui qui parlait, c’est la tour qui s’exprimait à travers lui.

Il y a quelque chose d’essentiellement allégorique dans Donald Trump. C’est, après les gargouilles art déco du Chrysler Building et le King Kong de l’Empire State Building, une autre figure qui vit accrochée aux tours, une sorte de Quasimodo du kitsch new-yorkais. 

Donald Trump, c’est avant tout ce milliardaire archétypal en grand manteau qu’on a croisé enfant dans Maman, j’ai raté l’avion, avant de voir la Samantha de Sex and the City flirter avec lui ou le Patrick Bateman d’American Psycho se vanter sans cesse de le connaître. 

Puis Donald Trump est devenu, évolution logique, un personnage de télé-réalité dans l’émission The Apprentice. Ce qui n’était pas du tout prévu, en revanche, c’était qu’il parvienne — la séquence historique est sidérante et encore aujourd’hui largement inexplicable — à transformer l’une des tours de Manhattan en palais présidentiel. 

Le producteur français Jean-Luc Azoulay, à l’époque où il régnait sur le monde de la sitcom hexagonale, s’était fait construire un pavillon surréaliste, avec jardin et piscine, sur le toit de ses studios de la Plaine Saint-Denis — la chose ressemble, dans un paysage d'entrepôts identiques seulement animés ici ou là par des trappes de désenfumage, des puits de lumière et des extracteurs d’air, à une sorte de bug dans Google Maps.

Trump a quasiment réussi, lui, à faire atterrir la Maison Blanche sur le toit de la Trump Tower, et c’est peut-être la première fois qu’une anomalie véritable affecte la skyline new-yorkaise. Ce n’est plus King-Kong qui s’accroche à une tour, c’est New-York entier, voire le monde, que Trump a soudain l’air de tenir dans sa main : c’est en tout cas la première fois peut-être que la démocratie américaine génère une aussi monstrueuse excroissance, une pure folie architecturale.  

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