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Affiche de François Asselineau

François Asselineau

3 min
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Je n’arrête pas, c’est une malédiction générale, de tomber sur l’énorme visage de François Asselineau

Affiche de François Asselineau
Affiche de François Asselineau Crédits : JEAN-PIERRE CLATOT - AFP

Je n’arrête pas, c’est une malédiction générale, de tomber sur l’énorme visage de François Asselineau, Asselineau à peine remis de ses 0.9 points à la présidentielle et déjà en campagne pour engager un Frexit après les européennes. Le soleil et les excès d’encollage de ses militants fanatiques ont un peu délavé ses affiches mais son visage demeure impassible, la mâchoire fermée et les idées claires. 

On apprend sur Wikipedia qu’il a derrière lui une longue carrière de haut-fonctionnaire, toute une vie passée au service de la France. Il aurait vu ce que les autres nous cachent, par paresse ou par idéologie, il aurait saisi l’esprit derrière la lettre des traité, vu le complot contre la France, la ruine inévitable de la nation.

Ce que j’aime bien avec Asselineau c’est qu’il a tout compris, c’est assez reposant, c’est une forme d’arrogance, de mansplaining, dirait-on aujourd’hui, qui m’a toujours beaucoup plu. C’est un peu balzacien : Asselineau, le haut-fonctionnaire repenti, c’est l’un des Treize qui se serait enfin décidé à dénoncer le complot des douze autres, la main mise de l’Europe des douze, des 15, des 28 sur le destin de la France. 

Asselineau ce serait ce vieil homme qui raconterait toujours la même anecdote, en en grossissant les traits et avec une mauvaise foi certaine, mais pour qui on aurait une certaine tendresse. Sans doute car on ne le verrait pas trop souvent, seulement aux présidentielles, sous les ponts des autoroutes et aux fêtes de famille. 

C’est cela, exactement, Asselineau : il me rappelle mon grand-oncle. 

Un grand-oncle hyper fort en tout. Je pense que c’est un peu un cas universel : un grand-oncle ce n’est n’est plus vraiment la famille, c’est le savoir absolu, ça ne vit plus vraiment, c’est installé dans le temps, coincé au loin sur la pelouse entre un chapeau de paille et une chaise en plastique. On ne connaît pas vraiment le nom de ses enfants, ni des enfants de ses enfants, ces cousins qu’on ne voit qu’une fois tous les dix ans, et qu’on dit issus de germains comme s’il y avait une partie de la famille qui vivait à Francfort. 

J’ai vérifié : peut-être. Mon nom ne viendrait pas de l’univers du pain mais du vieil allemand Bär hanger, montreur d’ours. C’est plutôt réjouissant mais le site demandait de payer pour en savoir plus, et c’était sans doute une alléchante arnaque. 

Mon grand-oncle devait savoir, il savait tout. Je me souviens du jour où, alors que j’avais  ironisé sur l’Affaire Urba, il avait entrepris de m’expliquer ce que c’était exactement qu’un système de double facturation. J’avais 8 ans, je n’en demandais pas tant.

La dernière fois que j’ai vu mon grand oncle c’était l’été dernier dans le jardin de ma grand-mère et il portait un costume de lin blanc : je crois que je vois à peu près, maintenant, à quoi pouvait ressembler un notable de la Belle Époque. Le charme de la bourgeoisie c’est d’avoir toujours cru qu’elle était éternelle et que les siècles passeraient sur elle sans la toucher vraiment, comme cet après-midi là les ombres de l’acacia sur la table blanche en fer ajouré. 

C’était lui, d’ailleurs, qui l’avait repeinte la dernière fois, pour faire plaisir à sa belle-sœur, ma grand-mère. 

La petite bourgeoisie provinciale est pleine d’attentions et tient âprement à la beauté du monde, son monde, une imitation bien repeinte, bien ratissée et et bien taillée de l’éternité. 

Mon grand-oncle était le dernier survivant d’un monde disparu. Son frère, mon grand-père, un négociant en grains, était mort depuis longtemps, et ses silos, de l’autre côté de la maison, là où on n’avait pas le droit de jouer enfants et où les chats de passages mouraient broyés, avait été démontés quinze ans plus tôt, et le temps avait finalement triomphé de la vis sans fin qui les alimentait. 

Son autre frère, le prêtre de la famille, était mort lui-aussi, douce ironie historique, dans une ancienne école laïque, tandis que la ville où il avait prêché achevait de transformer son presbytère en mairie. 

Ce sont là de tous petits crépuscules ruraux. 

Mais la dernière conversation que j’aurais eu ce jour là avec mon grand-oncle, décédé depuis, témoignait d’une inquiétude plus haute, et infiniment moins bocagère : il s'inquiétait, depuis un jardin de la calme Mayenne, c’était aussi précis qu’exotique, du nombre alarmant de sous-marins nucléaires lanceurs d’engins que la Chine prévoyait de construire dans la prochaine décennie. 

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