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La Station F, anciennement appelée la Halle Freyssinet

Freyssinet

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Freyssinet, c’est le héros principal de l’épopée du béton.

La Station F, anciennement appelée la Halle Freyssinet
La Station F, anciennement appelée la Halle Freyssinet Crédits : JOEL SAGET / AFP - Getty

Sur 15 lauréats, sélectionnés pour figurer dans l’album des jeunes architectes et exposés à la Cité de l’architecture à l'automne dernier, pas un ne semblait se souvenir du béton. L’histoire de l’architecture en béton semblait prête revivre ce long moyen âge qui va du dôme de Panthéon de Rome a sa résurgence tardive, vers le milieu de 19 e siècle.

Le béton n’existera bientôt plus qu’à l’état de ruine. Nos échangeurs commencent à nous émouvoir autant que le pont du Gard, le brutalisme des années 60-70 n’a jamais été autant à la mode, les publications consacrée aux monuments aux morts yougoslaves se multiplient, Le Havre est entré au patrimoine mondial et on vient toucher au Palais d’Iena les colonnes chanfreinées de Perret comme s’il s’agissait des bas reliefs d’une civilisation disparue. 

J’ai un rapport tactile au béton : mes plus solides souvenir d’enfance sont liées à la construction de petites dalles en différents points de la ferme de mon grand-père, des dalles que nous dations toujours avec le doigt et qui, coulées un peu partout et solidifiées par toute une archéologie de ferrailles, semblaient devoir servir de point d’ancrage à un gigantesque hangar qui aurait englobé tous les bâtiments de la ferme. 

Ce bâtiment a existé, pendant une vingtaine d’année : l’un des beaux bâtiment qu’on ait construit en France, un modèle de sobriété et d’élégance, le miracle facile de l’âge du béton — si facile qu’on l’a dédoublé. Il s’agit des deux immenses aérogares qu’à construit l’ingénieur Freyssinet au bord des pistes d’Orly au début des années 20, des aérogares paraboliques destinés à abriter des dirigeables de 300 mètres de longs.

Il ont été détruit dans un bombardement en 1944 mais ils demeurent l’un des monuments majeurs de l’histoire de l’architecture — ne serait ce que pour la façon dont Freyssinet les a construits, en déplaçant un cintre unique sur lequel on faisait couler du béton, comme s’il s’était agit de construire 40 ponts en parallèles : un trajet en autoroute radicalement compressé. 

Freyssinet est d’ailleurs passé à la postérité, malgré la destruction de ces hangars, comme un constructeur de pont — spécialité encore du groupe de BTP qui porte son nom. 

Et les amateurs de structures, ceux qui hantent la nuit les pages Wikipedia consacrés aux ponts, qui peuvent faire un détour de 200 kilomètre pour passer à Millau ou s’arrêter un peu plus tôt sur l’aire de l’A75 d’où on aperçoit le viaduc de Garabit, ceux qui appelleront toujours leurs séchoirs à linge des Tancarville et qui savent qu’on peut trouver, entre  les bassins du port de Dieppe les trois types de ponts mobiles, coulissants, levants et tournants, ceux là savent que la plus importante contribution de Freyssinet à l’histoire de l’architecture n’est ni la basilique souterraine de Lourdes, ni le superbe pont à trois arches de Plougastel, ni la gare de fret qui porte son nom et sur les piliers de laquelle la France voudrait faire reposer sa prochaine révolution industrielle, mais un ouvrage plus modeste et plus ambitieux construit sur la Marne à Luzancy : le premier pont à voussoirs préfabriqués en béton précontraint. 

La précontrainte : c’est la grande invention de Freyssinet, une façon de radicalement transformer les propriétés structurelles du béton, si solide en compression — la voûte indestructible — si fragile en traction — la poutre instable et élastique. 

Freyssinet a d’abord imaginé de noyer des câbles tendus à travers le béton, puis il a amélioré son procédé, avec des cônes d’ancrage qui permettait de tendre le béton durci.

Ainsi mise en oeuvre la précontrainte permet des miracles de sophistication — le principe est à peu près le même que celui qu’on retrouve à l’oeuvre dans ces petits girafes désarticulées qui retrouve soudain leur prestance animale quand on relâche le ressort et que les fils de nylons qui les traversent les remettent en tension.

Freyssinet a ainsi conçu des conduites d’eau indéformable pour le désert algérien et même des ailes pour une bombe volante.

Freyssinet, c’est le héros principal de l’épopée du béton, mais j’ai peur qu’on oublie de lui consacrer une grande exposition rétrospective. 

Une association tient à la place une page web dédiée à sa gloire et remplie de citations délicieusement désuètes : “Je ne sais s’il existe une joie plus profonde que celle du constructeur qui, étudiant sans complaisance son œuvre terminée, ne lui trouve aucun défaut. Il est Dieu au 7e jour.”

J’ai longtemps regardé les photos d’une vallée vénézuélienne embellies par des viaducs autoroutiers successifs et je me suis un instant surpris à confondre le siècle de Freyssinet avec un paradis terrestre. 

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