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Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée Nationale

Jean-Luc Mélenchon

3 min
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Ce pourrait-il au fond que cet apparatchik devenu révolutionnaire soit en fait un formidable dandy de la politique, et le véritable esthète de ces années ambiguës de la Cinquième tardive ?

Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée Nationale
Jean-Luc Mélenchon à l'Assemblée Nationale Crédits : ALAIN JOCARD / AFP - AFP

J’ai regardé il y a quelques mois le documentaire de Netflix sur Roger Stone, l’extravagant ancien conseiller de Nixon — il a un portait du président déchu tatoué sur le dos — devenu l’un des artisans de la la victoire de Trump. 

Il a à un moment ces mots définitifs : "la politique, c’est le showbiz des moches". 

Depuis qu’un classement, totalement subjectif, m’avait conduit à placer Jean-Marie Le Pen avant dernier des candidat à la présidentielle de 1988 au dessus de Raymond Barre, sur des seuls critères esthétiques — c’était l’époque où Le Pen, encore blond, avait quelque chose des bébés qu’on voyait sur les bouteilles de shampoing qui ne piquaient pas les yeux — je savais que la politique, comme le mannequinat, était l’un des rares domaines où le critère de la beauté physique demeurait parfaitement légitime, même s’il fonctionnait largement à l’envers : un ministre de l’intérieur se devait par exemple d’être plutôt repoussant, un président devait avoir un nez cocasse, les communistes devaient faire un peu peur, l’extrême-droite n’avait pas besoin de ses deux yeux, le président du Sénat n’avait pour seule limite que de pouvoir encore rentrer sur la banquette arrière d’une R25, les écologistes, de Waechter à Hulot, se devaient d’avoir une frange moche. 

Je ne peux m’empêcher d’éprouver soudain une intense pitié pour Dupont-Aignan, en repensant au bel enfant qu’il a pu être, et au petit scout resté prisonnier à l’intérieur de lui. 

Mais celui qui me passionne, depuis longtemps, le vainqueur par KO du concours de beauté de la politique-spectacle, c’est Jean-Luc Mélenchon : j’ai ainsi longtemps cru, ou plutôt il m’a longtemps laissé croire, notamment sur la foi de ses incarnations récentes, qu’il était affreusement moche — principalement, je l’avoue, à cause des horribles montures de ses lunettes et de ses cheveux bizarrement hirsutes, comme je les avais eus moi-même, d’ailleurs, à l’époque où les pulls camionneurs étaient à la mode et où par paresse de complètement défaire leurs fermetures éclairs en les enlevant, je laissais à l’électrique statique le soin de définir qu’elle serait ma coiffure. Mais il y avait eu bien pire. Il avait ainsi porté autrefois un collier de barbe — mais ces yeux ronds, sur les photos, laissent penser qu’il n’était pas tout à fait dupe, et qu’il savait qu’il était ainsi déguisé en syndicaliste de l’enseignement secondaire. Comme ces chemises colorées, ces cravates fantaisies de techno sympa laissaient en fait peu de doutes, sur les photos plus tardives de sa panoplie de Mitterrand-boy : Mélenchon ne s’habillait pas mal, il se déguisait seulement, et il n’était d’ailleurs même pas moche, c’était un genre qu’il se donnait — quelque chose comme une tête de candidat éligible, de ministre populaire, de président possible.

Ce pourrait-il au fond que cet apparatchik devenu révolutionnaire, et même "gilet jaune", avec un opportunisme irrécusable — la coiffure de chauffeur routier prend soudain tout son sens — soit en fait un formidable dandy de la politique, et le véritable esthète de ces années ambiguës de la Cinquième tardive ? On ne devient pas député de Marseille après avoir été pendant plus de 18 ans sénateur de l’Essonne sans un solide sens de la comédie. 

J’avais été surpris, aussi, pendant la dernière présidentielle, d’entendre ce miterrandolâtre assumé — et dont les jeux avec les ruines du PCF ont démontré la conséquence — appeler à la fondation d’une sixième République, quand il était de toute évidence, de tous les candidats d’alors, le mieux fait pour l’actuelle. L’épisode récent de sa perquisition a  récemment prouvé qu’il était même de dimension monarchique : “ma personne est sacrée”. Soudain intéressé par le personnage, j’ai même commencé cette biographie de Louis XI dont on disait qu’elle avait longtemps été son livre de chevet — je n’en suis encore qu’aux années d’exil du jeune dauphin, et je crains de ne jamais arriver jusqu’au sacre. 

Je crois que Mélenchon a plus ou moins le même problème, la fenêtre de tir se resserre, il n’a que trois ans de moins que le Prince Charles, il a exactement l’âge que de Gaulle avait à sa prise de fonction en 1958 et son sceptre, plus illusoire que jamais, vient peut-être de lui glisser des mains et de tomber entre celles de l’un des ses amis sur Facebook, un gilet jaune nommé Eric Drouet venu de si loin des profondeurs de la Seine et Marne que Mélenchon a pu faire semblant de croire qu’il venait de Varenne. 

Le vieux comédien sait décidément tout jouer, le trotskysme et les années Mitterrand aussi bien que le gâtisme et la maladresse.

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