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Donald Trump et Vladimir Poutine

L’histoire de la Guerre Froide est loin d’être finie.

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Poutine a t-il réussi là où Lénine, Trotsky et Staline ont échoué ?

Donald Trump et Vladimir Poutine
Donald Trump et Vladimir Poutine Crédits : Mikhail Metzel - Getty

Poutine a t-il réussi là où Lénine, Trotsky et Staline ont échoué ?

Je me souviens d’une époque, il y a presque 30 ans, où les russes n’étaient même plus méchants, mais seulement ridicules. C’était un peu avant, un peu après la chute du mur. Les magasins étaient vides au paradis des prolétaires, la navette Bourane ne décollerait jamais et même la station Mir, avec sa forme de bulbe arraché à la cathédrale Saint-Basile, nous faisait plutôt rire, nous qui étions habitués aux élongations cisterciennes d’Ariane 4. 

Il n’y avait pas une semaine sans qu’Envoyé Spécial, l’excessivement anxiogène magazine de la rédaction de France 2, ne diffuse des images alarmantes d’un sous-marin nucléaire rouillé dans la péninsule de Kola ou d’une  cité atomique secrète sur le point d’exploser. 

C’était l’époque aussi où le plus fantasque des Nicolas Cage, le plus maladroit des Travolta, le plus méchant des Jeremy Irons pouvait se procurer là-bas 3 kilo de plutonium, pour un projet de chantage quelconque, et rapidement déjoué. 3 kilos de plutonium dans l’état où étaient les choses, là-bas, c’était plus facile à trouver que des carottes, et même que de la vodka — c’était l’époque aussi des grandes intoxications au méthanol. L’époque des pluies acides et des oligarques, des putschs manqués, des guerres en Tchétchénie, des accidents suspects d’hélicoptères et des cancers en phase terminale pour les liquidateurs de Tchernobyl. 

Le président russe était alors toujours ivre et cela valait sans doute mieux. 

Cela faisait longtemps déjà qu’il y avait un MacDo sur la Place Rouge et que la Pologne, la Hongrie et les Pays Baltes avaient rejoint l’OTAN. 

S’il n’y avait eu ces dashcams, ces caméras de pare-brises en nombre surabondant — conséquence directe de la déréliction des routes et de l’esprit civique dans l’ancienne co-tutelle du monde - la Russie aurait pu disparaître, personne ne s’en serait rendu compte, cela aurait ressemblé, tout au plus, à une panne de gaz.

Mais la Russie a survécu ainsi, comme une sorte d’immense Vidéo Gag glacé, dans les centaines de chaînes YouTube dédiées à tel ou tel aspect du chaos post-soviétique : bagarres de rues, crash d’avions sur une autoroute, accidents en tous genres, nids de poules grands comme des impacts de météorites et impacts de météorites perçus, par une population à la paranoïa digne de la guerre froide, comme une attaque américaine.

On supputa en effet, après qu’une météorite avait fait voler en éclat toutes les fenêtres de l’oblast de Tcheliabinsk, l’emploi par les américains d’une arme secrète digne de L’affaire Tournesol.

La Russie, il y a peu, semblait ainsi perdue dans le souvenir congelé d’une guerre froide qu’elle avait fini par perdre, mais qu’elle aurait pu gagner.

J’ai mis longtemps à comprendre pourquoi les Russes n’aimaient pas beaucoup Gorbatchev et se méfiaient encore de leurs libérateurs américains.

C’est devant la carte des bases américaines qui encerclaient la Russie que j’ai peut-être fini par comprendre : ce pays à la grandeur toute inutile ne pouvait déployer sa flotte sans l’accord tacite de la Turquie, de la Corée du Sud et du Japon, de la Suède et du Danemark, de l’Angleterre et du Maroc. 

Les russes avaient peut-être raison d'être demeurés paranoïaques.

Comme nous avions raison, sans doute, de l’être redevenus, nous qui croyons à notre tour à l’invention, par les Russes, d’une arme secrète imparable et invisible. 

La vidéo récente d’une jeune militante féministe versant de l’eau de javel sur l'entrejambe de plusieurs hommes surpris en flagrant délit de manspreading dans le métro de Saint-Pétersbourg pourrait ainsi être une mise en scène, une opération de psyops visant moins à vanter le féminisme des jeunes russes qu’à créer une situation susceptible de polariser l’opinion occidentale sur les réseaux sociaux, et de valoriser, indirectement, ceux qui sauront le mieux profiter de cette excitation électronique — des trolls de toute nature, de l’adolescent italien célibataire et misogyne au président des Etats-Unis d’Amérique.

Je ne sais pas si la vidéo est fausse mais c’est une hypothèse crédible. 

La paranoïa a ainsi presque retrouvé ses maximas de la crise des fusées de Cuba et on en vient à penser que si la Russie a traversé deux décennies difficiles, l’histoire de la Guerre Froide était en réalité loin d’être finie.

A moins que nous nous soyions trompés de vainqueur : après le un partout afghan, la Russie semble avoir mieux réussi en Syrie que l’Amérique en Irak, et pourrait bien, sans que nous en mesurions encore tout à fait les conséquence, mener désormais au score.

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La chronique de Jean Birnbaum du jeudi 25 octobre 2018
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