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Cosplayeurs imitant les personnages du jeu-video Super Smash Bros Ultimate

La pop culture

3 min
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C’est peut-être ça qui définit le mieux ce qu’est devenue la pop culture : la fanbase est devenu une entité consciente.

Cosplayeurs imitant les personnages du jeu-video Super Smash Bros Ultimate
Cosplayeurs imitant les personnages du jeu-video Super Smash Bros Ultimate Crédits : Daniel Knighton - Getty

Comme le faisait récemment remarquer sur Twitter l’excellente Zelda Dorant, humoriste désabusée, fine analyste de la culture pop et tradeuse en valeurs culturelles : « beaucoup de gens ne considèrent pas le fanart comme de l'art mais reconnaissent pourtant les œuvres de la renaissance comme de l'art ? Parce qu'en fait, la plupart des peintures datant de cette époque ne sont finalement que des fanarts de la Bible... »

Cela a bizarrement résonné avec l’image d’un cosplayer que j’avais récemment vu passer : c’était Tahiti Bob, l’ennemi de Bart Simpson, qui tenait dans sa main la tête décapitée du garçon, comme le David du Caravage. Cela en avait d’ailleurs le réalisme brutal, qui relevait en l’occurrence de l’exploit, ni Tahiti Bob ni Bart n’ayant jamais fait l’objet d’une adaptation en live-action : il y avait dû avoir des heures de maquillage pour en arriver à cette étonnante imitation de la ligne claire. 

Mais ce n’est pas cela qui m’a troublé — j’ai vu des cosplay de Venom autrement plus laids, des Harley Quinn bien plus dégoulinantes. 

Ce qui m’a gêné c’est que le cosplayer dérogeait là au canon ‘simpsonien’, à la loi de la Fox : il est écrit que jamais Tahiti Bob n’arrivera à ses fins et que Bart est doté d’une immortalité particulière qui fait qu’il a 10 ans depuis 30 ans, et que c’est nous, du même âge que lui, premier public des Simpsons et premiers chrétiens de la pop culture, qui vieillirons à sa place. Il est même exclu, tacitement, qu’il puisse mourir dans le dernier épisode de la série : cela relèverait encore, aux vues de ce qu’on y a appris de la mort — ni le grand-père ni Montgomery Burns n’ont réussi à mourir, seule Maude Flanders a connu ce destin inédit — d’une incohérence majeure par rapport à l’esprit de la série.

La folie soudaine de Daenerys, dans l’avant dernier épisode de Game of Thrones, quand elle demande à son dragon de détruire un Port-Réal par ailleurs déjà conquis, a ainsi mis beaucoup de spectateurs mal à l’aise — surtout ceux qui avaient donné à leur fille le nom de Daenerys. La chose ne déroge cependant pas tout à fait à ce qu’on sait de Daenerys, la fille du roi fou, qu’on a vu déjà se livrer, entre deux grandes libérations d’esclaves, à des penchants facistoïdes.

Un remontage du dernier épisode de la série Game of Thrones fait d’ailleurs beaucoup parler de lui sur les réseaux, en raison de sa malséante cohérence. Tout est expédié en 30 secondes, entre le moment où Bran annonce à Ned que tout s’est déroulé comme prévu et celui où il prend à distance le contrôle de l’esprit de Daenerys, détruisant lui-même la ville sur laquelle il est appelé à régner, selon le canon de la série, et dont il aurait ainsi chassé la dernière prétendante légitime au trône de fer. Cette courte fan fiction est troublante par sa fidélité à l’esprit machiavélien de la série, et par son refus de recourir au trop facile argument de la folie. 

On le sait depuis longtemps, et c’est peut-être ça qui définit le mieux ce qu’est devenue la pop culture : la fanbase est devenue une entité consciente. A la puissance de frappe, marketing et financière, des industries culturelles, elle oppose ses humeurs toutes puissantes, et son sévère conservatisme, sa common decency fictionnelle. 

L’holocauste final d’Infinite War, la dissolution poussiéreuse d’un Avengers sur deux devait être vengée, et c’est ce qu’a bien compris Marvel, qui fit d’Endgame le plus grand spectacle de résurrection depuis les évangiles, et le plus gros succès du cinéma mondial.

Marvel avait d’ailleurs utilisé un argument marketing étonnant, pour glorifier les deux épisodes de fin de son cinematic universe : ce serait le plus grand cross over qu’on ait jamais vu, des héros qu’on avait jamais vu tomberaient de partout sur la Terre, Starlord des confins de la galaxies, Black Panther du Wakanda, Captain Marvel de la planète Hala et Dr Strange d’entre les mondes.

Techniquement la sortie de Super Smash Bros Ultimate sur la Nintendo Switch, avec ses 75 personnages jouables, issus de toutes les licences historiques de la marque, était un démenti cinglant à cette ambition marketing.

La riposte de Disney, propriétaire de Marvel, mais aussi des Simpsons, des Star Wars et des films Pixar pourrait être fatale à ce genre, la pop culture, devenu la grand genre contemporain, l’opéra wagnérien d'aujourd'hui, mais qui aurait tout à perdre à la sortie, inespérée et répugnante, d’un film qui verrait s’affronter, dans la chambre de Bart Simpson, Dark Vador et Iron Man : une véritable apopalypse.

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