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Ouvrrier inspectant les dégats dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris

La reconstruction de Notre-Dame

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Si l’essentiel, le chevet, la façade, la nef et les rosaces ont survécu, le pire est peut-être à venir, et on ne s’épargnera pas les dégâts irréversibles d’une nouvelle polémique architecturale

Ouvrrier inspectant les dégats dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris
Ouvrrier inspectant les dégats dans la cathédrale de Notre-Dame de Paris Crédits : Philippe LOPEZ - AFP

Paris, c’est un bonheur et c’est un problème, n’a plus changer de forme depuis 160 ans, depuis le 16 février 1859 exactement, date de la remise, illustrée par un célèbre tableau, du décret d’annexion des communes limitrophes, signé par Napoléon III, à son préfet Haussmann. 

Il y a là, une unité de lieu qui fascine et qui désespère, une injonction contradictoire à la prudence et à l’audace : on aimerait que l’architecture contemporaine, comme dans les appels à projet Réinventer Paris, comble la cicatrice du périf et déborde le moins possible à l’intérieur, on rêverait en même temps de rééditer l’exploit moderniste absolu du Centre Pompidou, en évitant cependant de revivre le traumatisme — un peu surjoué — des Halles ou de la Tour Montparnasse. 

C’est dans cet environnement intellectuel très contraint qu’est survenu l’incendie de Notre-Dame. Si l’essentiel, le chevet, la façade, la nef et les rosaces ont survécu, le pire est peut-être à venir. On ne s’épargnera pas les dégâts irréversibles d’une nouvelle polémique architecturale : l’ancien ou le moderne, le grand geste ou la reconstruction respectueuse, Santiago Calatrava, qui voudrait que nos villes ressemblent à un cimetière de cachalot, ou Didier Rykner, l’animateur du très conservateur site La tribune de l’art, qui voudrait que Paris redevienne ce qu’il était au temps des Misérables.

Je suis certain, à ce propos, que Hugo n’aurait jamais écrit Notre-Dame de Paris s’il n’avait pas discerné un énorme H dans la façade de l’édifice.

Les journaux présentent régulièrement, depuis l’incendie de la cathédrale, les projets de fins d’étude de tous les cabinets d’architecture qui se sont lancés dans le défi de la reconstruction.

Le verre est très présent, ainsi que le végétal : vouloir que tout ressemble à une serre, c’est, après les monstrueux murs végétaux des années 2000, l’un des plus agaçants tics de l’architecture contemporaine, quand elle veut plaire au grand public.

On remarque aussi de nombreux projets raffinés, ciselé et décoratifs : la chose a toujours plu et j’ai moi-même pu trouver, dans le même genre, les verroteries de l’entrée du métro Palais-Royal élégante, avant de remarquer le grand huit en aluminium qui sous-tend la structure, et qui ridiculise l’ensemble, en indiquant que l’artiste, si précieux, si habile, si doué en apparence, avait surtout échouer à donner à son intuition une autonomie architectonique.

Une autonomie architectonique : c’est encore aujourd’hui la grande leçon de Notre-Dame.

L’autonomie architectonique : en langage moderne, cela se dit architecture durable. 

Ce n’est d’ailleurs pas Notre-Dame qui a brûlé, la structure est intacte : c’est pour l’essentiel le décor de Viollet-le-Duc qui s’est évaporé. 

Le scandale principal n’était pas d’ailleurs de son fait : il n’était pas dans la réinvention d’une flèche, mais dans l'agrandissement contre nature du parvis — les cathédrales ne sont pas faites pour être vues ainsi, toute petite, au fond d’une place trop grande. Ce qui vaut pour Saint Basile à Moscou ne vaut rien pour Notre-Dame. L’île de la Cité est peut-être le grand échec du baron Haussmann. Le boulevard du Palais est la plus triste des avenues parisiennes, le marché aux fleurs est grotesque, l’Hôtel Dieu abominable — quoi que cela m’enchante qu’on puisse encore naître et mourir sur l’île primitive, comme il y a peu encore y être baptisé et condamné à mort. 

L’incendie de Notre-Dame a par ailleurs éclipsé un projet, à sa manière, tout aussi dévastateur : celui que Hollande avait commandé à Dominique Perrault, et que l’architecte avait dévoilé à la Conciergerie. Il s’agissait alors d’imaginer le futur de l’île après le déménagement du Palais de Justice et de la PJ aux Batignolles. L’avant-projet montrait quantité de verrières, joyeuses, dans les cours des administrations enfin rendues au public.

À moins, qu’il ne s’agisse plutôt de puits de lumières destinés à éclairer cette longue barre souterraine, dont les plans spécifiaient peu la fonction mais qui ressemblait à un centre commercial.

13 millions de visiteurs annuels, la chose devait faire rêver chez Séphora. 

Le parvis serait enfin lui aussi rendu transparent, tandis que des marches mèneraient majestueusement à la Seine.

Je ne sais pas ce qu’il en est de tout cela, mais de là que je partirais, pour reconstruire la flèche de Notre-Dame, et lui donner le caractère durable qui séduit tant aujourd’hui.

Je ferais d’abord du parvis une descenderie chronologique, en utilisant, du no man’s land touristique au parking en passant par la crypte archéologique, toutes ces couches comme des degrés. 

Je restaurerais ensuite les berges telles qu’elles étaient à la création de Lutèce. Et la flèche, comme une métaphore du retour à la terre prophétisé par Latour dans « Où atterrir », au lieu de monter au ciel viendrait s’abreuver là, dans la boue babélienne du fleuve ensauvagé.

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