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Capture d'écran de Red redemption 2

La violence dans les jeux vidéo

3 min
À retrouver dans l'émission

Le filtre parental ne doit pas être tout à fait étanche.

Capture d'écran de Red redemption 2
Capture d'écran de Red redemption 2

Ma fille de deux ans a fait une tête bizarre quand elle m’a vu dépecer une biche à l’écran. 

C’est drôle, d’ailleurs, que je l’ai laissée regarder ça alors que je me suis toujours interdit de lui montrer Bambi. 

D’un autre côté voir dépecer des bêtes doit faire partie, quelque part, de son capital génétique de sapiens. 

J’évite sinon toutes les missions armées. Presque toutes : elle était là quand j’ai tiré en l’air pour intimider des bergers et disperser leur troupeaux, mais je l’ai couchée avant que les hommes de main de leur propriétaire prennent d’assaut le saloon

La violence dans les jeux vidéo : une question d’arbitrage. 

Sa grande sœur est restée et a pu assister à quelques headshot, et aux ralentis qu’ils déclenchent, quand la balle emporte avec elle des filets de sang baveux à l’extérieur du corps. 

Bizarre. Le Far-West

Je demande en général à ma fille de fermer les yeux à ses instants critiques et elle obéit de bonne grâce. 

Je sais d’un autre côté que mes filles ne verront aucun 20 heures tant que la guerre en Syrie ne sera pas terminée : ce n’est pas spécialement responsable, mais j’ai eu trop peur, enfant, des charniers de Timisoara. 

Je possède, néanmoins, tout en haut de ma bibliothèque, une revue pro-Daesh avec à l’intérieur un enfant qui joue au foot avec une tête humaine — un peu comme ces BD de Pichard et Wolinski que mes parents cachaient dans leur bibliothèque.

Le filtre parental ne doit pas être tout à fait étanche : éviter à tout prix de devenir, comme dans le film The Village, de  Shyamalan, un fondamentaliste du bien qui ferait croire à ses enfants, dans une utopie amish artificielle, que le mal n’existe pas.

Avant de nous lancer dans l’aventure de Red Dead Redemption, j’ai ainsi  longtemps laissé ma fille jouer seule à GTA 5. 

Red Dead Redemption, GTA : des jeux du studio Rockstars. 

On est plutôt dans une parodie de violence à la Tarantino que dans quelque chose de réaliste, mais ce sont ces jeux qui sont le plus souvent parodiés à leur tour quand on parle de la violence dans les jeux vidéo. 

On peut tuer les piétons. Écraser les passants sur les trottoirs. Sniper les gens du haut d’une tour.

Tous ces modus operandi sont connus des amateurs de BFM TV et nombreux sont les exégètes de la violence contemporaine  à voir dans GTA l’unique source du mal. 

Ça me rappelle, au soir du 11 septembre, un reportage de France 2 qui montrait que l’attentat pourrait avoir été répété dans Flight simulator.

Il fallait bien n’avoir jamais joué à Flight Simulator pour s’étonner de ce qu’on y cherche prioritairement le crash spectaculaire. 

Même dans le doux Sim City l’irruption inopinée de Godzilla était plutôt vécue comme une bonne nouvelle. 

En théorie GTA ou Red Dead Redemption ne sont pourtant pas des jeux violents. Livrée à elle-même ma fille a beaucoup pratiqué la nage et l’équitation et m’appelle en général quand une arme apparaît dans sa main. 

C’est, strictement, pour elle, un simulateur de marche. Elle se balade. Je reprends de temps en temps la main pour tenter la même chose, toujours, à son grand désespoir  : je vole une voiture, je sors de Los Santos par l’ouest, je longe la côte jusqu’au tunnel, je prends soudain à droite pour entrer dans la base militaire, on me tire dessus de partout mais je parviens en général jusqu’au hangar, je rentre dans le jet, je décolle, j’explose en plein vol et je rends la manette à ma fille, qui ressort en marchant du petit centre médical de Paleto Bay, tout au nord de l’île. 

Elle s’engage rapidement dans un chemin qui mène à la plage et sa jeune sœur qui l’accompagne en pensée crie : lapin, mer, bateau, soleil. 

C’est un peu long et je leur conseillerais bien de voler un quad mais je m’en voudrais d’altérer la moralité de leur balade. 

Je crois d’ailleurs qu’elles n’ont jamais saisi que quand je me réincarnais en Trevor j’apparaissais au milieu d’une boîte de strip-stease. J’évite les salons privés et je sors discrètement en laissant s’évanouir la chanson de Britney. 

Elles n’ont pas besoin de savoir que j’ai laissé le cadavre de l’ancien propriétaire dans le frigo des loges. 

Même si je sais que les charniers de Timisoara étaient faux, leur véracité me traumatise encore. 

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