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Veules-les-roses

Le charme du plus petit fleuve de France

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On trouve à Veules-les-Roses, c’est un élément important du folklore local, le plus petit fleuve de France.

Veules-les-roses
Veules-les-roses Crédits : ullstein bild - Getty

On trouve à Veules-les-Roses, c’est un élément important du folklore local, le plus petit fleuve de France : 1149 mètres, un modèle réduit de la Loire au millième. Un parcours touristique serpente tout autour, on aperçoit les ruines d’une turbine électrique, les grandes roues à aubes de deux ou trois moulins, les bassins d’une cressonnière et dans l’eau peu profonde des carpes transparentes. Il existait même, dans ses derniers mètres — on peut en discerner les soubassements —, un moulin qui fonctionnait autrefois avec la marée. 

Longtemps d’ailleurs, comme une Bièvre condamnée, la Veules finissait là dans une conduite forcée, un gros égout parallèle à celui de la station d’épuration. On a rétabli, il y a sept ou huit ans, son embouchure naturelle, en éventrant un parking et en cimentant une petite cascade — le fleuve a perdu 50 précieux mètres dans l’opération, une bénédiction touristique, et son delta changeant s’en est trouvé réhabilité — une sorte de Camargue anéantie deux fois par jour, et par deux fois reconstituée.

Quand quelqu’un taille ses rosiers dans le village, on retrouve, comme à la Fête du 15 août, des roses un peu partout dans la mer.

L’une des portes de la petite maison de la mère de ma compagne donne directement sur l’eau, c’est une apparition à chaque fois infime et considérable : un fleuve qui serait comme une pièce de sa maison.

Il existe d’ailleurs, entre sa maison et celle de ses voisins, un mystérieux passage, aujourd’hui fermé, mais qui ménageait autrefois un accès à l’eau aux riverains du côté pair : le plus petit fleuve de France était alors, comme il l’est redevenu en ces temps touristiques, une ressource économique majeure. 

Les maisons qui bordent la rivière ont parfois voulu s’en approcher au maximum en précipitant sur elle de minuscules annexes — des briques qui, par capillarité, auraient gonflé jusqu’à devenir habitables. 

Par contraste, l’église toute proche a l’air énorme ; elle tient, toutes les heures, le village entier sous sa cloche gigantesque. 

Il faut la contourner et prendre la rue parallèle à la rue principale pour bien apprécier la morphologie du village : il y a d’un côté la plage et le front de mer, c’est une photo que je prends à chaque fois, il doit y avoir chez Twitter un serveur entier dédié à elles — j’ai eu d’ailleurs la surprise de la voir un jour reprise sur la couverture d’un livre, j’ai mis quelques secondes à comprendre qu’il s’agissait d’une monographie consacrée à l’Atelier Ruelle, l’auteur invisible de ce joli paysage. 

Les aménagements paysagers ne sont jamais aussi réussis que quand on peut les imaginer, naïvement, sortis tout seuls du sol. 

Mais il faut tourner la tête de l’autre côté pour apercevoir mon paysage urbain préféré. Des grands murs de soutènement en pierre le rendent difficile à appréhender, et plus mental que visuel, plus littéraire que photographique. Mais on voit là tout le village, les maisons, l’église, la mairie et même, au loin, une éolienne intriguée.

Veules-les-Roses livre là sa forme complète, et c’est la forme gauchie de son fleuve dont on aurait rehaussé l’argent en y jetant des morceaux d’ardoises. 

Le village entier ressemble, comme l’énorme créature boueuse du Voyage de Chihiro, à une divinité des eaux devenue paradoxalement plus grosse qu’elles, et qui, encombrée de maison et de tout un fatras humain, pataugerait désespérément, de toutes les aubes de ces moulins, pour ne pas être avalée par la mer. 

Il est longtemps resté après-guerre, comme un épi d’orge coincé dans une gorge, un char d’assaut détruit dans une cavée verdoyante : Veules-les-Roses parfois m’évoque cette figure chlorophyllienne d’une fuite désespérée devant la future montée des eaux. 

Une tragédie, sans doute, mais à un rythme très lent — les belles villas familiales en sont déjà à leur cinquième ou sixième testament, elles ont connu bien pire.

La route de Saint-Valery-en-Caux à Dieppe passait autrefois par quatre grosses pierres en grès qui forment encore un pont près des sources de la Veules. 

Et observant le tracé de la route moderne, j’ai été pris d’un doute sur la longueur réelle du fleuve : celle-ci semble se confondre avec le talweg d’une vallée que sa construction aurait asséché. 

La source, située juste à l'aplomb de la route, pourrait être truquée, et n’être que le collecteur d’eau redécoré de la départementale.

Cela, cependant, n’est pas sans habileté ni sans charme.

Comme de voir qu’on a donné une compagne à la petite chapelle désaffectée du Val, en construisant près d’elle une station de pompage, qui en industrialise avec délicatesse les fonds baptismaux.

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