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"6 Underground" de Michael Bay

6 Underground, film de la décennie

3 min
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Je n’aurais jamais cru dire ça un jour, mais je place dorénavant Michael Bay un cran au dessus de Roland Emmerich.

"6 Underground" de Michael Bay
"6 Underground" de Michael Bay Crédits : Netflix

C’est l’époque des tops 10 annuels et décennaux, mais j’allais bêtement passer à côté de l’exercice. D’abord car j’avais laissé passer trop de choses : pas un César, pas un Oscar, pas même la palme coréenne, ni même Get Out, Roma ou Holy Motors — j’ai même oublié de visionner les meilleures scènes de La Vie d’Adèle sur Pornhub.

La décennie n’avait pourtant pas trop mal commencé, grâce à Kim Dotcom, qui non seulement m’avait permis de regarder un film par jour sur Megaupload, mais qui en plus, par la magie de son étrange système d’abonnement qui coupait les films à la 70ème minute, m’avait épargné d’en regarder la fin — je déteste les fins de films, je n’aime que les scènes d’introduction et les climax centraux. L’arrestation du pirate allemand en Nouvelle-Zélande aura été fatale à ma cinéphilie, et j’avais perdu toute légitimité pour proposer un top 10.

D’un autre côté, comme ce qui compte dans ce genre d’exercice, c’est moins la sincérité que la mauvaise foi, je peux me lancer quand même. 

Peut-être en commençant par mon flop 2 : rien ne m’a plus irrité que la présence répétée, dans différents top 10, des films de Terrence Malick et de Bruno Dumont, dont j’ai toujours pensé que leurs auteurs contrevenaient intrinsèquement à l’éthique cinématographique, l’un en allant taper trop haut dans la transcendance, l’autre beaucoup trop bas dans l'immanence, les deux, celui qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas ayant la même fâcheuse tendance à croire que le cinéma est, exclusivement, une affaire de grâce, quitte à faire du fameux voile de Véronique un équivalent du supplice du drap mouillé, pour leurs spectateurs : il y a dans tout cela une curieuse croyance envers les pouvoirs, suffocants et thaumaturges de la beauté, qui me ramène, au mieux, à la lapidaire critique que ma mère avait faite autrefois du Patient anglais — les paysages sont très beaux, il faut absolument aller le voir au cinéma — au pire à l’idée bizarre que le cinéma serait la réponse délirante du jansénisme aux merveilleux tableaux d’autel du Rubens de la contre-réforme, le véritable inventeur du blockbuster hollywoodien : donnez-moi le même mur, la même quantité de toile, j’en ferais, en froissant bien le temps, en pliant plus douloureusement et plus minutieusement qu’un origami le concept de grâce, une petite image pieuse pour festivaliers exigeants.

J’évite depuis le cinéma de paysage et le cinéma d'édification esthétique, qui sont souvent le même, et n’aime le sable du désert que lorsqu’il frémit sous les pales d’un hélicoptère — les hélicoptère comme grâce suffisante qui suffit largement à mon bonheur.

Cela tombe bien, mon film de la décennie, est plein d’hélicoptères, et c’est une production Netflix, que j’ai vue sur mon téléphone.

D’ailleurs, c’est pour cela que j’aime Netflix, moi qui n’aime ni les séries interminables ni les films qui dépassent les 70 minutes : je peux auto-feuilletonner le film en autant de séquences que je souhaite, et toujours le reprendre où je m’étais arrêté. Et j’avoue, d’ailleurs, que mon film préféré de la décennie, je ne l’ai même pas fini encore — c’est dire si j’ai confiance.

Et s’agit du dernier Michael Bay, réalisateur souvent moqué de la franchise des Transformers, et le film, 6 Underground, m’a d’abord paru si moche que j’ai cru un instant que Tony Scott avait été ressuscité pour donner une suite au crépitant Domino. Mais c’était encore pire que cela, de prime abord, à commencer par le casting qui réunissait, entre autre, Ryan Reynolds et Mélanie Laurent, et qui racontait l’histoire assez stupide d’un groupuscule paramilitaire et messianique qui montait des coups d’états positifs.

Sur le papier, c’était idiot. Mais j’ai basculé quand j’ai vu une Alfa Romeo verte rentrer en dérapages dans le Musée des Offices au son d’un remix techno des Carmina Burana, avant de voir un méchant se faire transpercer par des tubes d’acier encore mieux que dans un Destination fatale : à ce moment j’ai compris que cela allait être terriblement fun, et que le cinéma n’était pas une manière de questionner la grâce, mais qu’il était là grâce elle-même — le pur plaisir d’être et de le manifester, de l’attaque coordonnée d’un rooftop à Hong-Kong, avec l’inoubliable usage d’une piscine comme d’une arme par destination — chef d’oeuvre — à celle d’un yacht au moyen d’un aimant — chef d’oeuvre. Et ce méchant, si méchant qu’on lui avait donné le Louvre Abu Dhabi comme Palais présidentiel — chef d’oeuvre.

Je n’aurais jamais cru dire ça un jour, mais je place dorénavant Michael Bay un cran au dessus de Roland Emmerich. 

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