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Tramway à Paris

L'écologie politique

3 min
À retrouver dans l'émission

Paris est sans aucun doute, écologiquement, le seul exemple à suivre.

Tramway à Paris
Tramway à Paris Crédits : Ludovic Marin - AFP

Au lendemain du traditionnel effondrement de l’écologie politique en France, au terme du chemin de croix médiatique de son dernier représentant, ce christ avec une frange qui restera finalement dans l’histoire pour le nom d’un shampoing, je voudrais partager la vision optimiste que j’ai eu devant une carte géologique de la France. 

J’ai trouvé, je crois, comment sauver le monde — animaux, êtres humains et climat tous ensembles.

J’ai très peu de mérite, la solution était là, sous mes yeux, évidente. 

Je crois même que nous l’aurions découverte naturellement — et que nous avons peut-être déjà commencé à la mettre en œuvre. 

Il s’agit d’un projet d’aménagement du territoire. 

Comme tous les projets d’aménagement du territoire en France il remonte à la vision de Gravier : Paris et le désert français. 

Et si ce dont on se désolait depuis un demi-siècle était tout simplement la solution ? 

Lâcher prise, enfin. Laisser la végétation reprendre le viaduc de Millau, les hauteurs cantaliennes de l’A75 et tout réinvestir dans le viaduc de Gennevilliers et dans la Francilienne.

Laisser le bleu et le rose, le magmatique, le cristallin et le vertigineux au monde naturel et réserver toutes nos attentions au jaune et à l’orange clair des grands bassins sédimentaires. 

Il est de tradition de trouver Paris plutôt sale. Ses trottoirs estivaux, sans doute, ont été rendus un peu collants par la bière séchée. 

De par sa densité extrême de population, et son agrément reconnu — cela reste une destination touristique majeure — Paris est pourtant la principale utopie écologique contemporaine.

Il manque sans doute un tram ou deux encore, sur la rive droite et sur l’axe Saint-Jacques / Sébastopol. Il faudrait sans doute instaurer un péage urbain et piétonniser complètement les arrondissements à un chiffre. Il faudrait améliorer l’offre de véhicules en free-floating.

Mais Paris est déjà la seule ville-monde où tous les déplacements peuvent se faire à pied. 

On y mange par ailleurs très bien quoiqu’il faudrait, sans doute, réserver le triangle de Gonesse et le plateau de Saclay aux cultures maraîchères — le triomphe tant attendu des cycles courts et du locavorisme. 

Paris est sans aucun doute, écologiquement, le seul exemple à suivre.

Il suffirait d’ailleurs d’appliquer, de Saint-Germain-en-Laye à Claye-Souilly, les gabarits haussmanniens au bâti francilien existant pour pouvoir loger, sans difficulté, la totalité de la population française dans cette métropole du futur. 

Je suis né en Mayenne et j’habite depuis presque quinze ans, sans sentiment de panique ou de déracinement, dans l’un des arrondissements les plus densément peuplés de la capitale.

Paris a d’ailleurs longtemps accueilli une diaspora auvergnate et bretonne — les deux grandes zones violettes de ma carte de France.

On a longtemps associé le mode de vie écologique à des exils radicaux sur les hauts-plateaux du Massif Central ou dans l’arrière-pays breton mais j’aurais tendance à penser que c’est l’exode rural, vers les centres urbains denses et décarbonés, qui constitue aujourd’hui la vraie révolution écologique.

J’en ai eu la certitude en traversant à vélo le plateau qui sépare la Loire de l’Alliers un peu après leurs sources.

Tout était silencieux à l’exception de l’air qui sifflait  dans mon casque et du cliquetis aquatique de ma roue libre — le bruit agaçant d’un appeau qui signalait mon entrée dans le monde sauvage.

Les humains semblaient survivre là-haut avec de plus en plus de difficultés. La région faisait de la publicité pour l’héroïsme de son action à l’entrée des villages où elle finançait des projet d'aménagement du territoire centrés sur les soins à la personne dans les déserts médicaux. 

Il y avait partout des maisons à vendre pour le prix d’une chambre de bonne.

Cela prendra peut-être un siècle, cela se fera peut-être en douceur ou par l'apparition d’une ZAD gigantesque, mais il faudra se résoudre à abandonner tout cela et à créer, au coeur de l’Europe, une sorte de Yellowstone — une réserve naturelle, un grand puits de carbone, un lieu interdit aux humains, ou réservé à leurs loisirs, entendu au sens le plus large du terme, du canyoning à la jacquerie anti-jacobine, du parapente à la constitution illégale de communautés anti-industrielles. 

Les zones rouges de la carte seront alors devenues à la fois les conservatoires de la liberté humaine et des lieux de réensauvagement du monde : on aura sauvé et l’écologie, et la politique.

L'équipe
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