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Le Jeune Dark Vador joué par Hayden Christensen

Je n'ai regardé Star Wars que pour une image

3 min
À retrouver dans l'émission

Star Wars n’est pas pour moi une expérience de la salle, mais du magnétoscope.

Le Jeune Dark Vador joué par Hayden Christensen
Le Jeune Dark Vador joué par Hayden Christensen Crédits : Lucasfilm Ltd

Longtemps, l’épisode III a été le seul Star Wars que j’ai vu au cinéma.

J’avais snobé l’épisode I et II, en 1999 et en 2002 : avec ces picots sur la tête, Dark Maul m’avait paru ridicule, entre Drazic, le héros aux cheveux sculptés de la série Hartley Cœur à vif, et le Justin Timberlake de l’époque, à sa période nouilles chinoises. Ce n’était pas sérieux, comme ce Jar Jar Binks qui semblait sortir tout droit du groupe de reggae que j’étais allé voir au Plan, à Ris Orangis — le chanteur, pris d’un désir soudain de prédication, nous avait fait asseoir pour nous convertir à une version francilienne du rastafarisme, mais tout ce dont je me rappelle, c’était que si 800 personnes pouvaient tenir debout dans la salle, la chose était impossible à 800 personnes assises, et qu’un tiers du public s’était retrouvé écrasé contre le mur du fond, dans ce petit Heysel musical. Les doubles sabres lasers, enfin, ne m’avaient pas convaincu, de même que la surabondance des effets numériques dans les versions remastérisées des films de la trilogie originale, ressortis en 1997.

Star Wars n’était de toute façon pas pour moi une expérience de la salle, mais du magnétoscope : j’avais ainsi profité de la fonction arrêt sur image pour tenter d’apercevoir le visage monstrueux qui se cachait sous le masque de Dark Vador — mais j’ai toujours eu l’impression de passer à côté de cet instant d’horreur fugace. 

Les Star Wars étaient plus généralement associés à une expérience proprement télévisuelle. Ce Luke Skywalker suspendu par les pieds au début de L’empire contre-attaque, c’était moi et ma télécommande. Jamais nous n’avons autant ressenti le besoin de la force que lorsque nos doigts étaient à quelques centimètres de l’objet convoité ; jamais nous n’avons autant ressenti sa puissance qu’en réussissant, une fois l’objet dans notre main, à changer de chaîne — c’était en termes de transmission de pensée aussi fou que quand Luke Skywalker enlevait son casque de visée pour détruire, à l’instinct, la première Étoile de la Mort.

J’ai cependant fini par voir un Star Wars en salle : l’épisode III, « La revanche des Sith », à sa sortie, au printemps 2005. 

Je me souviens que nous avions particulièrement apprécié le combat final, sur la planète de lave Mustafar, entre Anakin Skywalker et son maître Obi-Wan Kenobi.

La mise en scène était impressionnante — grandiloquente, avait lâché Thomas, mon ami peintre, qui avait vu dans tout cela des réminiscences de Gerôme, Bouguereau et Cabanel. Mais il sauvait un plan, un décadrage génial, qui montrait les deux combattants sur une passerelle, puis sur une plateforme, et enfin au milieu d’une mer de lave déchaînée : Gaspard David Friedrich perçait soudain sous Meissonier.

Nous avions en tout coup assez apprécié les aventures cinématographiques du beau Hayden Christensen pour aller voir, quelques mois plus tard, l’excellent Jumper — un adolescent du Michigan se découvre un pouvoir de téléportation qui l'emmène jusqu’à Rome, où les Paladins, ses sombres rivaux, le retrouvent en plein Colisée, en suivant ses “jumptrace.” 

L’échec relatif du projet, qui ne donna jamais lieu à la trilogie attendue, signa hélas la fin de la carrière commerciale d’Hayden Christensen, qui restera pour toujours associé au rôle d’Anakin Skywalker, et plus spécialement à l’épisode III de Star Wars — à moins que Tarantino, dont c’est la plus attachante spécialité, ne se souvienne un jour de son existence.

C’est ma fille qui joue en attendant le rôle de ce Tarantino : l’épisode III est son Star Wars préféré, et elle le regarde au moins deux fois par ans : je crois qu’elle est un peu amoureuse du jeune Dark Vador, dont elle a tendance à excuser les terribles exactions, au regard de sa rédemption finale, quand il tuera enfin l’ignoble Palpatine. Il est possible, aussi, que la sublime Padmé ne la laisse pas indifférente.

J’ai en tout cas revu l’épisode III l’autre jour, et je n’ai presque plus aucun doute : c’est le meilleur film de la première décennie du XXIe siècle, la meilleure tragédie depuis Phèdre. Je ne vois aucun autre film qui soit à la hauteur de sa dernière demi-heure — ce sommet du montage alterné qui montre en parallèle le combat sur Mustafar et la lutte héroïque, en plein sénat galactique, de Yoda contre Palpatine.

Et la fin, à chaque fois, me bouleverse, avec d’un côté la naissance tragique de Leila et de Luke, de l’autre le masque de Dark Vador qui se referme une dernière fois sur le visage défiguré d’Anakin, et la première trilogie qui s’achève ainsi sur la seule image que je voulais voir.

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