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Louis XIV

Les cordons bleus

3 min
À retrouver dans l'émission

Pour qu’un Dauphin survive, il fallait beaucoup de Dauphins.

Louis XIV
Louis XIV Crédits : Pezet Anil / EyeEm - Getty

Des trois fils légitimes de Louis XIV, l’aîné seul atteint la maturité. Ce Grand Dauphin finit cependant par mourir du vivant du roi, et perdit ses trois fils, dont le Petit Dauphin, son successeur — deux de maladie et un par le traité qui l’établissait roi d’Espagne à condition qu’il renonce à ses prétentions sur le trône de France. A la mort de Louis XIV, en 1715, il ne lui restait qu’un seul héritier direct, le troisième fils du Petit Dauphin  — les deux autres étant morts à leur tour : le trône revint ainsi à un enfant de 5 ans, l’arrière-petit-fils du grand roi.

Louis XIV devait ainsi laisser, à sa mort, la monarchie aussi puissante que secrètement minée par cette quasi béance dynastique — d’où ses tentatives multiples et un peu désespérées pour légitimer ses batards. 

Louis XV, son successeur, a finalement régné presque 60 ans et la catastrophe a été évitée — ou simplement retardée : après tout la construction politique géniale du souverain, l’absolutisme, n’allait pas tenir un siècle de plus, et la Cinquième République n’est déjà  plus très loin de ce record de stabilité politique. 

On se dit que peut-être Louis XIV aurait du allouer les ressources du royaume à développer une politique ambitieuse de santé publique plutôt qu’à la construction de Versailles : la mortalité infantile dans la France d’Ancien Régime était, aussi, un problème politique.

Mais c’est tout le charme, peut-être, des monarchies, que d’être ainsi des systèmes essentiellement fragiles et métastables : les rois n’ont jamais découvert de méthode infaillible ni pour pérenniser leur descendance, ni pour se reproduire.

Il y a une part irrationnelle irréductible dans le système dynastique et il n’est pas tout à fait exclue qu’elle ait assuré, d’une certaine façon, sa pérennité. Le chaos historique était peut-être lissé par les hasards de la génétique. Le royalisme était un darwinisme : pour qu’un Dauphin survive il fallait beaucoup de Dauphins, et pour qu’un roi soit grand, on ne pouvait compter que sur la chance.

Tout desservait Henri IV qui devint pourtant le roi préféré des français ; on éduqua si parfaitement Louis XVI à crocheter des serrures qu’il finit la tête coincée dans un modèle de démonstration.

Il y a dans la quête contemporaine de l’homme providentiel quelque chose de cela : on déplore souvent que les compétences qui permettent à un candidat d’être élu excluent à peu près complètement les compétences qui le rendraient apte à l’exercice du pouvoir — c’est la grande malédiction d’un Chirac, d’un Sarkozy ou d’un Hollande : des génies tactiques assez vite débordés par l’exercice du pouvoir.

C’est pour cela que Napoléon est devenu notre grand mythe politique : il a fait Austerlitz et le code civil.

Après un été plutôt catastrophique, Emmanuel Macron, l’homme qui avait sauté toutes les classes d’âges, et presque une génération, et dont on a pu penser qu’il allait lever la malédiction, a vu ses compétences politiques soudainement remises en question. 

Il vient de faire sa rentrée politique dans un collège lavallois et on a pu constater, une nouvelle fois, qu’il avait placé sa vie entière sous la dépendance d’une passion enfantine : être le chouchou de ses professeurs, c’est à dire non seulement avoir le le meilleur bulletin mais être aussi celui qu’on ne peut s’empêcher d’interroger quand il lève la main.

S’il y avait une matière appelée Présidence enseignée à l’école Emmanuel Macron serait le plus grands des dirigeants de la France. Hélas, la matière existe bien, mais sous un autre nom : on l’appelle l’histoire et c’est le récit de la victoire inévitables des cancres sur les bons élèves, des successions ratées, des révolutions réussies.

Réservé autrefois aux grands du royaume, aux membre de l’ordre du Saint-Esprit, le cordon bleu a ainsi été supprimé à la Révolution et c’est aujourd’hui devenu le nom d’un plat de cantine. On a vu dans un reportage le président, encore candidat, tenter d’en obtenir un au self.

La faveur lui a été refusé, au prétexte qu’il était au menu enfant.

Mais le prince, c’est que nous apprend la sagesse politique de l’ancienne monarchie, est toujours un enfant.  

Ce que la démocratie a changé, c’est seulement que cela peut être aujourd’hui n’importe lequel.

Le professeur cherche son meilleur élève mais tout le monde a la main levée et il ne parvient plus à distinguer la main légitime. 

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