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Enfant en costume de roi

Les scandales politiques

3 min
À retrouver dans l'émission

On voudrait que la politique soit digne de nous, mais si la politique existe, c’est que nous ne sommes pas vraiment dignes, et incapables de nous gouverner nous-mêmes.

Enfant en costume de roi
Enfant en costume de roi Crédits : Imgorthand - Getty

La dernière fois que je me suis engagé en politique c’était en 1987. 

J’omets volontairement mon imitation, plutôt réussie, d’André Lajoinie à la cantine, l’année suivante, imitation qui consistait essentiellement à retenir ma respiration pour me rougir le visage. Être candidat du PCF en 1988 ça n’avait de toute façon pas besoin de moi pour être drôle.

D’ailleurs je finirais par parfaire mon imitation au point de me débarrasser du personnage lui-même : en retenant ma respiration un peu plus longtemps — le temps peut-être de dire glasnost et perestroïka — je m’évanouirai un jour, encore plus rouge et encore plus mal en point que l’URSS, dans mon assiette de ratatouille.

Mais je veux parler d’une expérience plus fondatrice de résistance passive et de non-violence. 

Il est peu probable que je devienne jamais un héros politique. Je n’en ai pas besoin, je l’ai déjà été. Je suis le frère de Martin Luther King et du Mahatma Gandhi.

C’était en CE1. Un garçon de ma classe avait monté une sorte de club, de phalange autour de lui. Il avait les meilleures billes de la cour de récréation et la chose avait rapidement tourné au culte de la personnalité. 

J’avais toujours refusé de participer à leurs jeux de 36 et je m’étais rapidement retrouvé sans amis — sinon quelques francs-tireurs perdus pour la vie sociale dont l’un, je m’en souviens, tentait inlassablement de fabriquer un circuit électrique avec trois brosses à dents. J’avais tenu comme cela quelques récréations plus longues que des années quand un midi, soudain, des membres du parti unique sont venus m’annoncer qu’ils faisaient sécessions et qu’ils rejoignaient ma bande. 

Je crois que c’est encore à ce jour le plus beau moment de ma vie — un triomphe politique comme il n’y en a qu’un par millénaire, Lénine qui n’y croit plus et qui remporte finalement la révolution d’octobre. 

Mais j’allais faire encore mieux que Lénine et me montrer soudain magnanime — au point de refuser le pouvoir suprême : ma bande, quelle bande ? Ici nous sommes des individus libres. 

J’ai ainsi connu le pouvoir suprême et goûté aussitôt au frisson démocratique de l’impouvoir : ma carrière politique était un accomplissement que ni l'échec de la grève que j'avais organisée l’année suivante, pour exiger que les élèves soient payés, ni mon éviction rocambolesque, quelques années plus tard, du poste de délégué de classe, ne sauront me faire oublier.  

Tout cela relevait de l’enfantillage, par rapport à ce que j’avais connu de la politique à 7 ans. 

Des enfantillages, mes poussées d’enthousiasme éphémères à chaque présidentielle.

Des enfantillages ce jeu pour grande personnes se découvrant un intérêt soudain pour la chose publique et un destin présidentiel.

Je sais depuis mes 7 ans que le roi est nu et que la politique est plus une comédie qu’une activité sérieuse.

Je me demande souvent, devant le scandale hebdomadaire du  Canard enchaîné, et surtout devant ses reprises indignées sur twitter, qui sont tous ses gens capables de s’indigner autant pour des frais de taxi, de cigare ou de bouche, pour un HLM, un vol intérieur ou un badge d’accès.

La corruption, le népotisme, l’abus de pouvoir : je vois que cela n’est pas bien, mais je suis absolument incapable de m’en indigner. 

Je ne comprends pas la demande d’exemplarité et de transparence adressée aux politiques.

On voudrait que la politique soit digne de nous, mais si la politique existe, c’est que nous ne sommes pas vraiment dignes, et incapables de nous gouverner nous-mêmes.

Nous sommes tous des enfants qui faisons des bêtises et parmi ses bêtises, la plus grande est sans doute de vouloir installer, au-dessus de nous, des adultes exemplaires — pour s’étonner ensuite qu’ils fassent ces bêtises au carré qu’on appelle scandales.

Ce sera peut être la grande leçon des années Trump : nous aurons appris à confondre la politique et le scandale permanent. 

J’ai eu, à 7 ans, le pouvoir suprême sur les CE1 de mon école : j’ai refusé de l’exercer. La cour de récréation n’a pas basculé dans le chaos. La saisons de caches-caches, comme chaque année, a succédé à la saison des billes. Nous nous sommes organisés très vite pour décider qui compterait, et jusqu’à combien. 

Je crois que c’est le roi déchu qui, pour se faire pardonner, à accepté de s’y mettre pendant que ses anciens sujets s’évanouissaient dans la nature. 

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