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Emmanuel Macron au Louvre, le 7 mai 2017 à Paris

Les sciences politiques

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La France, qui faisait autrefois une révolution tous les 27 ans en moyenne, en est aujourd’hui à sa troisième génération de constitutionnalistes morts sans avoir rédigé de constitution.

Emmanuel Macron au Louvre, le 7 mai 2017 à Paris
Emmanuel Macron au Louvre, le 7 mai 2017 à Paris Crédits : David Ramos - AFP

Le science de Sciences Po prend un s, pas le Po, évidemment, c’est pour ça qu’on se trompe. Les sciences politiques sont plurielles alors qu’il n’y a, tout au bout de l’ENA, là-bas, à Strasbourg, qu’une seule administration : l’Etat est éternel alors que la République en est déjà à sa cinquième constitution. 

L’absolutisme est peut-être le mode par défaut du gouvernement de la France. Les sciences politiques manquent de toute façon de sérieux : une présidentielle tous les sept ou cinq ans, c’est trop peu pour en faire des sciences expérimentales solides. Des spécialistes de la carte électorale, des sondeurs, des éditorialistes qui ont suivi les cours de René Rémond à Sciences Po ou fait un peu de droit constitutionnel en première année hantent les plateaux télés les soirs d’élection. 

Leurs visages sont graves ; ils ont vu le passé de la France et aperçu son futur dans les décimales du chiffre de la participation à midi. Ils ont regardé, comme à chaque élection, les institutions se remettre normalement en marche, après des années d’inactivité. Mais leurs prédictions atteignent rarement la précision des reporters dépêchés dans les QG de campagne pour sentir l’ambiance — des reporters aux visages plus carrés et plus transparents que des urnes. 

La France, qui faisait autrefois une révolution tous les 27 ans en moyenne, en est aujourd’hui à sa troisième génération de constitutionnalistes morts sans avoir rédigé de constitution. On comprend que l’élection de Macron ait pu apparaître comme exceptionnelle. Le fait de savoir s’il était un candidat d’alternance était indécidable — comme l’était son positionnement sur l’axe droite-gauche. 

Je me suis amusé hier à inventer, pour apporter ma contribution au débat — pour ajouter encore un s à Sciences Po — mon propre outil, ma propre métrique : j’ai modélisé l’espace politique de la Cinquième République sur une feuille quadrillée. J’ai mis de Gaulle au centre, et j’ai laissé agir le mouvement brownien du suffrage universel. Droite, droite, droite, droite, de Gaulle, de Gaulle encore, Pompidou et Giscard, carré parfait, retour au point de départ — ou plutôt, si on tient compte de la durée exacte des mandats, de la démission de de Gaulle et de la mort de Pompidou, j’ai constaté un léger progrès : Giscard arrive en 81, exactement un mouvement de cavalier au dessus de de Gaulle.

Gauche, gauche, droite, droite, Mitterrand deux fois, Chirac aussi, mais un peu moins : on est passé au quinquennat. Droite, gauche, Sarkozy fonce vers de Gaulle, Hollande l’en empêche, et finit son mandat tout en haut à gauche. Macron a sa suite, ni droite, ni gauche, en marche, tout droit, nous fait monter encore vers des espaces inconnus.  C’est, selon les différents diagrammes politiques que j’ai consulté, l’emplacement traditionnel de la gauche libertarienne — d’où cette conclusion un peu radicale, qui tendrait à faire de notre président un anarchiste proudhonien. 

J’ai pondéré mon résultat en rajoutant les virages intermédiaires des trois cohabitations, ce qui ramène soudain Macron en haut à droite, à côté d’Ayn Rand, la grande libertarienne américaine. A la tentative suivante, j’ai gardé les cohabitations mais je ne n’ai plus marqué de virage aux élections sans alternances, — j’ai dû supprimer le décompte des années de mandat, faute de place, sur mon quadrillage, pour l’interminable séquence 58-81. Macron se retrouve cette fois entre Berlusconi et Pinochet. 

La partie en bas à gauche de mon diagramme restant désespérément vide, j’ai rajouté, en vain, le tournant de la rigueur et la trahison du discours du Bourget, pensant pouvoir atteindre, pour rire, le coin des communistes, mais ne réussissant, in fine, qu’à faire coïncider Macron et Giscard : c’était vexant pour lui, pour moi, et pour la France.  Je n’ai enfin gardé que les alternances, aboutissant à placer, après un nombre pair de mouvements binaires, Macron tout au centre, comme un nouveau roi soleil, un doppelganger de de Gaulle. 

J’étais extrêmement satisfait de ma sérendipité courtisane, jusqu'à ce que je comprenne que mon résultat était dû à une propriété de mon algorithme de classement, plutôt qu’à une quelconque des qualités de notre président. Je resterais donc prudent sur le résultat de cette expérience. Mais je note que le président Macron n’est pas communiste. C’est peu, mais c’est toujours bon à savoir.

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