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Bart, Homer, Maggie, Marge and Lisa Simpson

Les séries animées

4 min
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Si l’univers lui-même arrivait avec un nouveau gag du canapé il serait très certainement refusé.

Bart, Homer, Maggie, Marge and Lisa Simpson
Bart, Homer, Maggie, Marge and Lisa Simpson Crédits : FOX - Getty

Les Simpson l’ont déjà fait. C’est le Chateaubriand ou rien de ce début de siècle. Les Simpson en sont à leur vingt-neuvième saison, à leur 629e épisode. Avec en moyenne deux gags par minutes, Les Simpson ont dépassé les 25 000 gags. Déjà en 2002, quand la barre du 10 000e gag n’était pas encore franchie, South Park, la grande série concurrente, mais irrémédiablement tardive, en avait fait l’objet de son 86e épisode : Les simpson l’ont déjà fait. Chateaubriand ou rien. 

L’épreuve initiatique, ce n’est plus d’écrire Atala ou René — qui lit encore Atala ou René aujourd’hui? — mais d’imaginer un gag original avec le canapé liminaire. C’est comme cela que Les Simpson recrutent leurs scénaristes. Combien de carrière artistique détruites sur ce canapé, ou incorporée à lui ? Existe-il plus de 10 000 choses qui soient drôles ? Même dans les Mémoires d’outre-tombe Chateaubriand n’a pas découvert autant de raisons de pleurer.  Avec des rythmes de productions beaucoup plus serrés que ceux des Simpson, South Park est parvenu à se différencier par la satire, en indexant ses gags sur l’actualité de la semaine passée — elle, au moins, les Simpson ne l’ont pas déjà faite. Même pas, en réalité : de l’élection prophétique de Trump à la récente médaille d’or américaine au curling, les Simpson l’ont souvent déjà traitée. Si l’univers lui-même arrivait avec un nouveau gag du canapé il serait très certainement refusé. 

Si la réalité est si décevante, si normée et si fade, la solution serait de l’écrêter, d’en isoler les pointes les plus saillantes, les conjonctions les plus absurde : c’est la technique du rêve, un art de la fiction à la puissance redoutable. Les Griffin ont ainsi poussé l’art du gag jusqu’à l’absurde, s’attirant les moqueries de South Park, le grand rival, après les Simpson indétrônables, dans un épisode qui montre le fonctionnement de l’usine à gags concurrente : ce sont des lamantins, dans un grand aquarium, qui sélectionnent des boules au hasard, sous les yeux fascinés des scénaristes qui transformeront leurs cadavres exquis en gags. L’épisode met précisément en scène la quête du gag ultime, du dernier tabou du rire —  celui auquel les Simpson eux n’auraient même jamais osé penser : une apparition de Mahomet. Ce qui ressort, littéralement de cet épisode, c’est que le sacré, quel que soit le sens qu’on lui donne, existe bien — comme un point d’arrêt du rire, comme une remise en ordre d’un monde tellement chaotique qu’il ne génère plus depuis longtemps que des rires nerveux. 

Dans sa guerre perdue contre Les Simpson, South Park, sous couvert de provocation et de parodie, adresse une supplique au créateur : faites que tout ne puisse être dit sans fin, faites que le monde ne soit pas une boule en équilibre sur le museau d’un lamantin.  Les deux séries, les Griffin et South Park, sont aujourd’hui challengées par Rick et Morty. Ce qui était au départ une variation sur le couple scientifique fou/adolescent naïf des films Retour vers le Futur est devenu la série la plus intéressante du moment. La question, centrale et borgesienne de l’épuisement final de l’être dans la combinatoire, de la combinatoire comme ricanement probabiliste terminal — celle, autrement, du magistère indétrônable des Simpson trouve ici à s’exercer librement — ou plutôt à rejoindre enfin le bon écosystème : le problème, ce n’est pas tant que les Simpson l’ont déjà fait, mais que leur monde, notre monde, était trop petit. Rick et Morty sont les premiers héros du multivers. Les premiers héros à prendre cette hypothèse au sérieux et à en exploiter tout le potentiel comique en voyageant entre les mondes.

Les gags absurdes des Griffin trouvent soudain à s’incarner dans des mondes véritables. Un monde où des pizzas commandent des être humains. Un monde où des Samouraï en bacon côtoient un Lincoln et un Hitler fusionné, vaine tentative de créer un leader politique moralement neutre.  Les caprices ne sont plus gratuits, ils pèsent, dans Rick et Morty, le poids d’un univers. Et il existe autant de Rick et de Morty qu’il existe d’univers — les ondes cérébrales de l’adolescent neutralisant les pics de génie du grand-père. Mais le Rick dont nous suivons les aventures, comme il l’est répété plusieurs fois, est le plus Rick de tous les Rick. Le monde n’est pas fait pour aboutir à un gag unique mais pour exprimer la singularité d’un caractère. Rick est plus grand que tous les mondes. Plutôt que de se répandre et de se liquéfier entre les intrigues successives, il trouve à s’y incarner de plus en plus.  Son idiosyncrasie commence là où s’arrête l’idiotie d’Homer Simpson.

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