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Foule dansant lors d'un concert.

Les tubes de l'été

3 min
À retrouver dans l'émission

Quel titre restera le tube de l'été 2019 ?

Foule dansant lors d'un concert.
Foule dansant lors d'un concert. Crédits : Flashpop - Getty

J’ai toujours mis Nuit de folie, du groupe Début de soirée, très haut dans ma liste des tubes de l’été — presque aussi haut que la pulpeuse et lancinante Lambada. Je me revois, à neuf ans, sur le petit parking de la plage des Anglais au Pouldu, dans la Scorpio de ma tante, avec mes cousins : j’avais trouvé cette chanson prodigieuse, fantastique et immense. Le Stairway to Heaven, le Bohemian Rhapsody français : tellement de changements de rythme, une telle ampleur narrative, un tel génie mélodique : j’irais plus tard jusqu’à en apprendre par cœur l’exubérante, la proto-eminemienne partie rappée. 

Ainsi, j’ai été surpris, plus surpris que déçu, d’ailleurs, que le passage soudain de la chanson sur Nostalgie laisse mes filles à ce point indifférentes. L’imparable mélodie, la netteté de la voix, l’aspect futuriste de l’ensemble était resté à jamais, enfermé dans la Scorpio de mon enfance, une Scorpio designée, comme le prouvait un écusson sur son aile, par le carrossier Ghia, le rival oublié de Bertone et Pininfarina.

Tout cela avait aussi mal vieilli que l’immeuble circulaire de la Sacem, à l’entrée de Neuilly, la Sacem qui sert de caisse de retraite aux chanteurs de variété ringards, aux vedettes oubliées et paranoïaques qui, pour avoir moins à marcher sont finalement venues s’installer ici, à Neuilly, dans de petits hôtels particuliers d’où ils n’ont qu’à passer la main à travers la grille pour toucher leurs royautés. 

J’ai guetté avec eux les passages radiophoniques de Marc Lavoine et Julien Clerc, de Goldman et de Barbelivien, avec l’idée naïve que le paysage radiophonique était immuable. C’est précisément, plus encore que le mépris de mes filles pour mes années de jeunesse, la rareté relative des chansons de Goldman qui m’a alerté. Etait-ce le départ de la personnalité préférée des Français de la tournée des Enfoirés ? J’ignorais alors tout de son imminent comeback sur les plateformes de streaming. En attendant, plus de Goldman à la radio, cela restait inédit, étrange, presque un peu inquiétant. Un ami m’a fait part un jour de sa théorie, sur Goldman : de toute l’histoire de la pop music, ils ne sont que deux à avoir possédé vraiment le démon de la mélodie, le génie instantané du tube, McCartney et Goldman — la seule vraie différence est que le registre du second est plus limité, et c’est la raison, sans doute, de sa discrétion légendaire. Goldman aurait toujours vécu son don comme une malédiction, celle d’être à McCartney ce que Jul est à lui-même, ou ce McCartney était à Purcell : un diabolique amenuisement.

Mais la raison de la disparition de Goldman, si j’en crois mes filles, relève plus simplement de l’apparition de Gims : c’est lui qui occupe désormais sa place hégémonique sur les ondes. Et cet ancien rappeur converti, par la puissance de sa voix, à la variété, et presque à l’opéra — on entend déjà Carmen poindre sous Bella — finira peut-être dans le chant liturgique. Qui a en effet mieux chanté que lui le péché originel : “Et quand les enfants me demandent, “pourquoi la mer est-elle salée” / je suis obligé de répondre que les poissons ont trop pleuré (...) car en effet, le mal est fait”.

La bataille entre les anciens et les modernes était de toute façon perdue d’avance, et on vit ainsi cet été le triomphe d’une artiste post-empire sur une artiste empire, pour emprunter la typologie de Bret Easton Ellis, qui opère une distinction judicieuse entre des artistes mystérieux et secrets, dont le modèle serait Sinatra, et des artistes, comme Eminem ou Britney Spears, pour lesquels l’exercice de la célébrité inclut essentiellement de rendre public les tourments liés à celle-ci : c’est ainsi que mes filles ont fait de la méta-chanson dans laquelle Angèle prend pour sujet son propre rapport au succès leur tube de l’été — ”tout est devenu flou / un peu trop fou, pour moi” —, et sont restées insensibles à la sombre splendeur de Clara Luciani, dont la chanson Nue, en cela profondément empire, témoignait bizarrement d’une pudeur authentique, malgré ses paroles explicites : ici la star jouait encore à l’icône, même en venant nue vers nous, et quelque chose était irrémédiablement cassé entre les générations, entre les vieux, qui voulaient encore admirer Clara Luciani, et les jeunes, qui voulaient simplement sympathiser avec Angèle.

Heureusement Le coach, l’imparable tube de Soprano, a mis tout le monde d’accord dans la voiture : il était là, le vrai tube de l’été, l’entêtant hymne de nos vacances : “Faut taffer le cardio pour mieux endurer / Faut taffer les abdos pour mieux encaisser / La vie c'est musclé ouais ouais ouais.

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