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Le Pape François

Les papes, fruits d'une histoire providentielle ?

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Les trois derniers papes étaient excellents. Faut-il y voir un signe de la providence ?

Le Pape François
Le Pape François Crédits : Franco Origlia - Getty

Je ne suis pas encore devenu absolument papiste mais j’observe, à l’heure de la crise mondiale de la démocratie, que la monarchie élective du Vatican se porte résolument bien : c’est simple, depuis que je m’intéresse à elle, l'Église n’a produit que des grands hommes. 

J’exagère sans doute, ou j’anticipe un peu. Mais si on se projette dans mille ans — permettre ce genre de projection, c’est l’un des charmes de l’Église —, il se passe incontestablement quelque chose, entre Jean Paul II, le fin politique, le géopoliticien, le vainqueur possible de la Guerre froide, son successeur Benoît XVI, le théologien intraitable, et maintenant François, le simple, le héros de la charité et le champion des pauvres contre les puissants. 

Il faudrait peut-être remonter aux grands papes de la Réforme grégorienne, aux héros de la querelle des investitures, des premières croisades et des réformes du clergé, au grand XIe siècle, à Leon IX, Grégoire VII et Urbain II, pour retrouver une pareille trinité, ou bien aux grands papes de la Renaissance. 

L’époque contemporaine fait plutôt pâle figure, par comparaison, sur fond de crise des vocations, de déclin du baptême, de sécularisation générale de l’occident chrétien. Les affaires de pédophilie actuelles ont même l’air un peu plus grave que le commerce des indulgences, et que les affaires de simonie et de népotisme qui conduisirent autrefois Luther à partir en guerre contre la papauté. Le pape François semble même avoir donné raison à ceux qui craindraient le pire, en évoquant publiquement, l’autre jour, un risque de schisme — autre grande spécialité de l’église catholique. 

Mais à force de se représenter celle-ci en pleine crise, voire sur le point de mourir, on en oublie que cette tension, ce drame historique sans cesse relancé est une autre de ses spécialités. 

Alors qu’un nouvel empereur avait surgi en occident, en la personne de Bonaparte, et que peu disposé à aller en pénitence à Canossa, celui-ci projetait plutôt d’enlever le pape, on rapporte la réponse rassurante de ce dernier à l’un de ses cardinaux, qui s’inquiétait du coup porté à l’Eglise : “cela fait bientôt 2000 ans que nous essayons, et nous n’avons pas réussi à la détruire nous-mêmes.”

Certain moi-même du proche effondrement de l’église, je m’en étais autrefois inquiété auprès de mon prof d’histoire, qui était l’un de ses fidèles. Enfin j’avais un peu plus diplomatiquement tourné la chose, en lui demandant dans quelle mesure l’Eglise avait le devoir de recourir aux moyens modernes de communication — le souvenir des JMJ n’était pas loin, et il était alors convenu de dénoncer en Jean-Paul II une sorte de rock star. Sa réponse avait été absolument papale : inutile d’avoir peur, puisque tout cela ressortait, en dernier lieu, de l’histoire providentielle. Discipline dont il rêvait d’ailleurs d’écrire les manuels.

Cela m’avait semblé alors un peu fumeux : à quel moment faire intervenir la causalité divine ? Quels pouvaient être les équivalents modernes du songe de Constantin — d’une formidable bascule historique, le passage de Rome du monde païen au monde chrétien, appuyé sur un miracle, l’apparition de la croix dans les cieux avant une bataille. 

Le seul équivalent de cela, et c’est une histoire de fait un peu rocambolesque, serait l’affaire du troisième secret de Fatima, partie occulte d’une révélation faite par la vierge à des enfants, en 1917, juste avant la révolution d’octobre : « La Russie répandra ses erreurs à travers le monde, favorisant guerres et persécutions envers l'Église. Les bons seront martyrisés, le Saint-Père aura beaucoup à souffrir, diverses nations seront détruites » Si la partie la plus providentielle de la chose tient sans doute au caractère vague de la prophétie, digne de celles de Nostradamus, le fait intéressant tient à la façon dont celle-ci a été désoccultée : en deux temps, et par le pape lui-même, en 2000 pour le grand public, et plus secrètement en 1982, quelques mois après l’attentat qui avait failli lui coûter la vie. Si la chronologie, aisément manipulable, et l’absence d’authentification par la blockchain, peuvent laisser l'historien sceptique, la révélation évoque facilement une prophétie, pour un public naïf — dont je suis à moitié. 

Car, comment mieux expliquer cette succession de papes parfaits, ce triple 6 de l’histoire ecclésiale, que par le soin qu’aurait pris la providence, en cette période troublée et dangereuse,  de placer ses meilleurs pions sur le trône de Pierre ? Et il est plaisant, au cas où la chose nous aurait échappé, de considérer que l’affaire du troisième secret de Fatima serait un signe qui nous aurait été adressé pour que nous prêtions une attention particulière à la séquence en cours. 

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