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Pluton

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A l’été 2015, la sonde New Horizon a réussi à ressusciter Pluton d’entre les astres morts.

Pluton
Pluton Crédits : AFP photo Handout-NASA/Jhuapl/Swri - AFP

J’avais cherché, il y a quelques années, une photo de Pluton dans un moment d’insomnie. Ce n’était plus, déjà, la neuvième planète du système solaire mais un planétoïde transneptunien, un corps parmi des millions d’autres dans la ceinture glacée de Kuiper. 

Pluton d’ailleurs ressemblait moins à une planète qu'à un écran regardé de trop près, qu’à une tache sur le miroir de Hubble : la planète mort-née se résumait alors à un tas de petit de pixel gris, à la mauvaise photo en noir et blanc de la face irrésolue d’un Rubik's Cube. 

C’était un peu décevant ; j’avais vu, dans un tas de faire-parts caché dans un tiroir du bureau de ma grand-mère, de plus jolies photos d’enfants morts. 

Mais à l’été 2015, la sonde New Horizon a réussi à ressusciter Pluton d’entre les astres morts. 

Pluton était enfin net. 

On était passé du flou des toits de Saint-Loup-de-Varennes, tel que l’avait photographié Nicéphore Niepce à sa fenêtre en 1827, à la netteté du boulevard du Temple, immortalisé par Daguerre en 1838. 

J’ai acheté le livre qui raconte l’histoire de cette longue mise au point : Chasing New Horizon, d’Alan Stern et David Grinspoon. 

Tout commence par une tâche blanche sur une plaque lumineuse au début de l’année 1930.

L’homme qui vient de photographier Pluton pour la première fois s’appelle Clyde Tombaugh. Il est né dans Kansas, le plus plat, le plus rectangulaire des Etats américains et cela fait déjà presque un an qu’il photographie le ciel dans un observatoire, en Arizona, à la recherche de l’hypothétique pic de lumière qui signalerait l’existence d’une planète au delà de Neptune — une planète qui n’existe pour l’heure qu’à l’état d’hypothèse, dans les remous mathématiques de l’orbite de celle-ci. 

Cela fait un an que Clyde Tombaugh photographie méthodiquement les mêmes arcs du ciel à quelques jours de distance.

Il fait défiler ensuite les deux photographies à deux ou trois secondes d’intervalle pour que ses yeux repèrent le point qui aurait, miraculeusement, changé d’emplacement — c’est à peu près aussi fastidieux que de chercher une coquille dans un dictionnaire. 

Un jour, enfin, un point s’est déplacé de quelques centimètres. 

Longtemps Pluton sera ce point — il n’aura tout au plus gagné, comme un grain de beauté placé sous surveillance, que quelques pixels en un siècle.

Le livre raconte comment tout s’est finalement accéléré.

Les choses avaient plutôt mal commencé quand Pluton avait été déprogrammé du Grand Tour de la fin des années 70, cette conjonction stellaire exceptionnelle, qui ne se produit qu’une fois tous les 175 ans, et qui permet, par un savant usage de la catapulte gravitationnelle des planète effleurées, de traverser en un temps acceptable la totalité du système solaire. 

On réalise, à lire la préhistoire de la photographie de Pluton, que les sondes traversent des épopées terrestres plus passionnantes encore que leurs orbites lointaines. 

Elles doivent passer à travers la ceinture d'astéroïdes de la technocratie spatiale. 

Elles doivent rechercher l’assistance gravitationnelle de l’opinion publique.

Calculs mathématiques et stratégies sociales se complètent, comme avec la fabrication ad hoc d’un séminaire sur Pluton et ce mot d’ordre sans cesse répété qu’il était du devoir de la NASA d’achever l’exploration du système solaire. 

Ou encore cette décision symbolique de faire emporter à la sonde un peu des cendres de Clyde Tombaugh, mort en 1997, et d’offrir ainsi au découvreur de Pluton un tombeau dans la ceinture de Kuiper. 

Le programme était maintenant assez solide pour résister à la catastrophe de Prague — la rétrogradation de Pluton au rang de planète naine, en 2006, au 26 e congrès de l’Union Astronomique Internationale. 

La sonde était de toute façon lancée depuis quelques mois.

Et toutes les controverses se sont finalement éteintes, 9 ans plus tard. 9 ans et 5 heures : le temps qu’a mis la photo pour venir jusqu’à nous. 

Personne n’avait imaginé que Pluton serait si joli, avec son grand cœur mordoré. 

Pluton, cuivré comme une poignée de porte, n’était plus une planète, mais la porte que l’humanité refermait doucement sur son berceau natal. 

Pluton comme ultime crochetage du système de Ptolémée. 

Pluton, avec son orbite inclinée et presque en porte à faux, comme le godet glaiseux et rouillé d’une pelleteuse qui fouillerait le ciel profond à la recherche des trésors enfouis de l’espace. 

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