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L'acteur Michael J. Fox dans "Retour vers le futur II"

Zemeckis, grand cinéaste de la norme américaine

4 min
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Et si c'était Zemeckis, le dernier des classiques ?

L'acteur Michael J. Fox dans "Retour vers le futur II"
L'acteur Michael J. Fox dans "Retour vers le futur II" Crédits : D.R.

Les films de Zemeckis c’est comme les boîtes de chocolats : on ne sait jamais sur lequel on va tomber. Un chef d’oeuvre sautillant ou un film qui court bizarrement ? Roger Rabbit ou Forrest Gump ? 

Depuis quand Zemeckis fait-il des films bizarres, d’ailleurs ? Au moins depuis 1992 et cette scène, entre Hitchcock et le film de zombis,  dans La mort vous va si bien, qui voit Meryl Streep, se relever et réassembler son corps disloqué de star vieillissante en bas de l’escalier d’où Bruce Willis vient de la précipiter. On y a vu ce qu’il fallait y voir, une satire d’Hollywood, de la chirurgie esthétique et de la vie éternelle — ainsi qu’un grand démonstrateur technique de la puissance des images de synthèses. C’est la version freak show de Terminator 2. 

On a d’ailleurs toujours fait de Zemeckis une sorte de second. C’est un innovateur, incontestablement, mais pas tout à fait au niveau de Cameron. Un peu au-dessus, tout au plus, de Joe Dante, le réalisateur de Gremlins, souvent ramené au simple rang de marionnettiste. 

De même, Zemeckis, cela n’a jamais été tout à fait Spielberg. Les films bizarres de Spielberg, d’Empire du soleil à Amistad, avaient au moins pour eux d’être des films à thèse. Mais quelle est la thèse chez cet insatiable formaliste de Zemeckis ? Qu’un colis confié à FedEx parviendrait toujours à destination, quelles que puissent être les mésaventures qui affecteront son porteur. Je suis retombé, justement, sur la grande scène de tempête de Seul au monde à la télé l’autre jour : c’est incroyablement réussi, plastiquement, la façon dont les masses d’eau se réarrangent entre deux éclairs : le cinéma, comme prestidigitation, comme art forain à son meilleur. 

Et j’ai en tête au moins un cas où, à contraintes égales, Zemeckis a dépassé le maître : le gag avec Hitler de Contact est plus drôle et plus fin que celui d’Indiana Jones et la dernière croisade. Certes, de faire dédicacer le mac guffin par le führer lui même en pleine nuit de cristal, c’était audacieux. Mais faire, comme dans Contact, que les extraterrestres envoient comme premier message, pour établir une liaison pacifique avec l’humanité, des images de celui-ci haranguant la foule aux jeux de 36, car ce sont, naïvement, les premières images jamais transmises par ondes hertziennes, et le plus ancien visage que l’humanité ait livré aux étoiles — le négatif, si l’on veut, de la blue marble : c’est d’une audace cinématographique hallucinante.

Mais ce qu’on retient mécaniquement de Zemeckis, c’est qu’il est l’auteur, avec Retour vers le futur, de la troisième plus importante trilogie de la pop culture — après Star Wars et Indiana Jones

Ainsi que d’une trilogie plus contestable, les trois premiers films à être intégralement tournés en décors synthétiques et en performance capture, dont on salue en général le caractère innovant, sans voir qu’il sont tous trois d’excellents films, évidemment virtuoses, mais un peu plus que cela : les fantômes du Drôle de Noël de Scrooge valent les meilleurs dessins de Don Rosa, La légende de Beowulf vaut toutes les saisons de Game of Thrones, scènes sexys comprises, et si la scène du chocolat dans le Pôle Express est géniale, le film vaut surtout pour sa scène finale, rare et émouvante représentation visuelle de la croyance, et en tant que tel pur moment de mysticisme. 

Il faudrait parler de Flight aussi, meilleur film jamais tourné sur la dépendance à l’alcool — et unique justification esthétique, peut-être, de quatre siècles de puritanisme. 

Spontanément,  ce que je retiens d'ailleurs de Zemeckis, ce n’est pas le  bizarre, mais la représentation positive de la norme. Zemeckis, c’est le grand cinéaste de la norme américaine, le dernier à avoir su représenter l’american way of life comme un mythe universel. J’ai grandi dans un lotissement à Hill Valley, la petite ville californienne fictive de Retour vers le futur. J’y ai vécu dans le passé dans le présent et dans le futur, j’ai assisté à la naissance du rock, du frisbee et du skate, et si j’ai vu un instant Biff Tanen régner sur Hill Valley, j’ai trop confiance dans l’éternel retour du bien pour m’inquiéter vraiment de Donald Trump. 

Et j’ai retrouvé ce monde, intact et paradoxal, dans Bienvenue à Marwen, le dernier Zemeckis, qui se déroule presque entièrement entre deux pavillons qui se font face, comme si toute l’Amérique était encore là, dans cette ville minimale — mais aussi dans cette autre ville, moitié en carton-pâte et moitié en images de synthèse, dans laquelle le héros, traumatisé par une agression homophobe, rejoue la seconde guerre mondiale. "Pourquoi la seconde guerre mondiale", lui demande sa voisine, dont la Toyota est la seule trace de contemporanéité du film ? "Parce qu’à cette époque nous étions les gentils", lui répond Steve Carell. 

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