LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Karol Beffa

Anagrammes et mélomanie

1h01
À retrouver dans l'émission

"La physique quantique et les anagrammes ont ceci de commun qu’elles doivent leur existence à la non-commutativité." Etienne Klein

Karol Beffa
Karol Beffa Crédits : Damien Faber

Prenez une particule classique, par exemple une boule de billard, dotée d’une vitesse et d’une position bien déterminées. Vous pouvez d’abord mesurer sa position, puis sa vitesse. En effectuant ces deux mesures, vous ne faites en somme qu’enregistrer des grandeurs qui existent « objectivement », c’est-à-dire qui sont ce qu’elles sont, qui ont les valeurs qu’elles ont, indifférentes au fait qu’elles soient mesurées ou non. Vous pourriez donc tout aussi bien faire les mesures dans l’ordre inverse, c’est-à-dire mesurer d’abord la vitesse, puis la position. Cela ne changerait rien à l’affaire.

Prenez maintenant une particule quantique, par exemple un électron. Là, les choses changent radicalement, car une particule quantique n’est pas un corpuscule : elle n’a pas une vitesse et une position déterminées. Cela n’empêche pas qu’on puisse mesurer une vitesse ou une position la concernant, mais dans ce cas, c’est le fait de faire une mesure qui « actualise » le résultat de la mesure. Et alors, l’ordre des opérations n’est plus indifférent : mesurer d’abord la vitesse (action A), puis la position (action B), ce n’est pas faire la même chose que mesurer d’abord la position (action B), puis la vitesse (action A).

En clair, AB ≠ BA

C’est cela qu’on appelle la « non-commutativité » des opérations de mesure. Elle se manifeste en physique quantique et pas du tout en physique classique. En physique classique, ça commute. En physique quantique, ça ne commute pas.

Est-ce que cela ne vous évoque rien ? Si ! Les anagrammes ! 

Les anagrammes surgissent lorsqu’on mélange les lettres d’un mot ou d’une expression, en vue de former un nouveau mot, une nouvelle expression : c’est ainsi que Marie contient les mêmes lettres que le verbe aimer et que La Conversation scientifique a pour anagramme Ce qu’on sait à côté, vers l’infini. 

Voilà, vous en savez désormais assez pour comprendre la collusion secrète qui relie la physique quantique et les anagrammes : les anagrammes doivent elles aussi leur existence charmante à la non-commutativité, en l’occurrence à celle de la position des lettres à l’intérieur des mots : changer l’ordre de succession des lettres d’un mot, c’est changer le mot. En d’autres termes, si écrire ab était la même chose qu’écrire ba, il n’y aurait pas d’anagramme. 

Ce qui amène à une conclusion foudroyante : la physique quantique et les anagrammes ont ceci de commun qu’elles doivent leur existence à la non-commutativité.

Cela donne aux anagrammes une certaine dignité épistémologique, que nous allons honorer en nous concentrant sur les anagrammes qui concernent la musique, les musiciens, les œuvres musicales, en compagnie de...

Nos invités : 

Jacques Perry-Salkow, pianiste, poète, trouvère et trouveur surdoué d’anagrammes vertigineuses qui laisseraient pantois n’importe quel logiciel prétendant lui faire concurrence, coauteur d'Anagrammes à quatre mains (Actes Sud, 2018)

Karol Beffa, compositeur, pianiste, maître de conférences en musicologie à l’Ecole Normale Supérieure, lauréat de nombreux prix, auteur de plusieurs ouvrages, coauteur d'Anagrammes à quatre mains (Actes Sud, 2018)

Jacques Perry-Salkow
Jacques Perry-Salkow Crédits : Natacha Giraldo
Intervenants
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......