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Comment composer avec le monde « non-humain » ?

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Le « monde non-humain » est constitué de tout ce avec quoi les humains sont en interaction constante, c’est à-dire les plantes, les animaux, les virus, le CO2 de l‘atmosphère, l’air que nous respirons, le gibier que nous chassons, les glaciers s’il y en a dans notre environnement, et beaucoup d’autres choses encore.

Les ethnologues ont montré une chose importante, décisive, l’équivalent pour eux sans doute de ce qu’a représenté la découverte de l’atome pour les physiciens. Cette découverte, c’est que mise à part la société occidentale, aucune autre société humaine ne cohabite avec le monde non-humain sur le mode de la séparation : il n’y a pas la nature d’un côté, une nature qui serait close sur elle-même, et de l’autre côté l’humanité qui serait une entité à part, installée avec sa culture à l’intérieur de la nature, le plus souvent dans une position de surplomb.

En d’autres termes, partout ailleurs qu’au sein de l’Occident moderne, « les frontières de l’humanité ne s’arrêtent pas aux portes de l’espèce humaine »[1]. S’y trouve également inclus l’ensemble des « corps associés » , ces entités que nous considérons, nous, comme subalternes et que nous reléguons pour cette raison « dans une simple fonction d’entourage ». À rebours de nos propres habitudes de pensée, dans toutes les autres cultures, les entités du monde non-humain sont considérées et traitées comme de véritables partenaires sociaux avec lesquels on peut composer de mille et une manières différentes.

Un décalage de nos façons de penser en direction de ces autres cultures mérite donc le détour, si je puis dire, surtout si l’on prend acte de la réalité suivante : c’est bien la séparation que nous avons, nous, installée entre nature et culture qui a notamment permis à notre science de devenir si efficace. Mais c’est aussi à cause de cette séparation que la nature, finalement traitée comme si elle était à notre seule disposition, s’est peu à peu abîmée. Nous la marquons désormais d’une empreinte irréversible, oubliant qu’elle est poreuse, réactive, fragile, supraconductrice des effets que nous induisons en elle. Alors, en ces temps où elle semble même se retourner contre nos assauts, où nous nous inquiétons du changement climatique, de la raréfaction des ressources fossiles, de la dégradation de la biodiversité, nous devons nous poser cette question : n’est-ce pas notre conceptualisation de la nature, fondée sur l’idée que nous serions autonomes par rapport à elle, qui avait préparé le terrain à la situation que nous connaissons aujourd’hui ?

[1] Philippe Descola, Par-delà nature et culture, NRF, Gallimard, 2005, p. 15.

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