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Le temps : maîtrise ou abandon ?

Le temps nous ressemble-t-il ?

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Sans doute le succès de cette expression - « le temps s’accélère » - en dit-il moins sur le temps et sur notre époque que sur le rapport que notre époque entretient avec le temps. Paul Valéry, en son temps, déjà, parlait d’une « intoxication par la hâte ». Le poète avait-il tout vu venir ?

Le temps : maîtrise ou abandon ?
Le temps : maîtrise ou abandon ? Crédits : Adrien Baron / EyeEm - Getty

André Breton terminait son poème intitulé « Le verbe Être » par ces lignes : 

« Il fait un temps de temps. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. A-t-on idée d'un désespoir pareil ? Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal. Tas de sable, espèce de tas de sable ! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt, c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins, c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie ». 

Ce poème se trouve dans le recueil Le Revolver à cheveux blancs, un revolver dont on devine qu’il est pointé sur la tempe. Car c’est souvent là-haut que ça commence à mal finir. Quelqu’un a d’ailleurs dit : « Le temps, c’est de l’argent, surtout sur les tempes. » Quoi qu’il en soit, Breton avait raison : il fait vraiment un temps de temps. Le temps, plus exactement nos problèmes de temps, semble être devenu LA grande affaire de notre temps. On lui consacre des colloques et on le met à toutes les sauces – il y aurait le temps de ceci, le temps de cela, ceci et cela pouvant désigner mille choses différentes. 

Par exemple, constatant que nos agendas sont sursaturés et que tout fonce, à commencer par nous-mêmes, déplorant même que nous soyons devenus des Cyber-Gédéon ou des Turbo-Bécassine, nous nous exclamons : « Le temps passe de plus en plus vite ! », comme si la dynamique du temps se devait d’épouser consciencieusement le rythme de nos petites trépidations. 

Mais sans doute le succès de cette expression - « le temps s’accélère » - en dit-il moins sur le temps et sur notre époque que sur le rapport que notre époque entretient avec le temps. Paul Valéry, en son temps, déjà, parlait d’une « intoxication par la hâte ». Le poète avait-il tout vu venir ?

Invitée : Carole Lembezat, journaliste, responsable des pages sciences du Courrier International

Intervenants
  • Journaliste, responsable des pages sciences du Courrier international
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