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Quand la pesanteur engendre la grâce

45 min
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Un beau jour de 1907, Einstein a l’idée qu’il juge « la plus heureuse de sa vie » : « J’étais assis sur ma chaise au Bureau Fédéral de Berne… Je compris que si une personne est en chute libre, elle ne sentira pas son propre poids. J’en ai été saisi. Cette pensée me fit une grande impression. Elle me poussa vers une nouvelle théorie de la gravitation. »

Cette idée selon laquelle une personne qui tombe en chute libre ne sent pas son propre poids peut paraître énigmatique. Car d’un certain point de vue, tomber, c’est céder à son propre poids, et donc, effectivement, l’oublier. Mais d’un autre côté, si l’on tombe, si l’on se sent tomber, n’est-ce pas précisément parce qu’on continue de sentir son propre poids ?

En réalité, et c’est ce que veut nous dire Einstein, lorsque nous tombons en chute libre, tout ce qui est proche de nous (parapluie, chapeau) tombe comme nous puisque la vitesse de chute des objets est la même pour tous. Nous avons donc l’impression que toute pesanteur a disparu alors même que nous sommes en train de chuter. Curieuse situation : l’effet produit par la cause semble annuler la cause.

Une légende veut que le bonheur théorique des uns se paie du malheur expérimental des autres. On a donc raconté que c’est en voyant un homme chuter d’un toit que cette idée serait montée au cerveau d’Einstein. Le doute reste permis. Ce qui est plus vraisemblable, c’est qu’il a pu interroger un jeune couvreur qui était effectivement tombé d’un toit dans l’espoir de connaître les sensations physiques qu’il avait ressenties. Décevant toutes les attentes du père de la relativité, le jeune homme aurait répondu à peu près ceci : « Monsieur le professeur, j’étais juste mort de frousse ! »

À la suite de cette trouvaille, Einstein énonce le « principe d’équivalence » : une accélération peut soit effacer un champ gravitationnel réel, soit créer un champ gravitationnel apparent. En En s’appuyant sur lui, il donne corps à une nouvelle théorie de la gravitation, la « relativité générale ». Selon son formalisme, la gravitation n’est plus une véritable force, mais une manifestation locale de la courbure de l’espace-temps : celle-ci « dit » à la matière comment se mouvoir et la matière « dit » à la géométrie comment se courber. Masse et énergie deviennent ainsi les grands arbitres de la topologie du mol espace-temps de l’univers.

Pour parler de l’espace, du temps, de l’énergie, de la gravité, de la chute des corps, de la pesanteur et l’apesanteur, il semblerait naturel d’inviter un astrophysicien. Mais pourquoi ne pas inviter plutôt une artiste, une trapéziste, une acrobate, une femme qui a le goût du vertige et ressent l’appel du vide ?

Chloe Moglia
Chloe Moglia
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