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Hippocrate refusant les présents d'Artaxerxès

Quelle éthique pour l'innovation?

1h02
À retrouver dans l'émission

Quand l’avancée des sciences permet d’envisager une nouvelle possibilité technique, comment répondre à des questions telles que celles-ci : devons-nous faire tout ce que nous pouvons techniquement faire ? Si non, comment faire le tri ? Comment choisir ? Et au nom de quoi ?

Hippocrate refusant les présents d'Artaxerxès
Hippocrate refusant les présents d'Artaxerxès Crédits : Anne-Louis Girodet (1767-1824)

En 1939, Albert Einstein, invité à prendre la parole au séminaire de théologie de l’université de Princeton, déclara : « Il est indéniable que des convictions ne peuvent trouver de confirmation plus sûre que l’expérience et une pensée consciente claire. On ne peut sur ce point que donner raison aux rationalistes extrêmes. Mais le point faible de cette conception est que les convictions indispensables pour agir et pour porter des jugements ne peuvent en aucun cas être obtenues par la seule voie scientifique. La méthode scientifique ne peut en effet rien nous apprendre d’autre qu’à saisir conceptuellement les faits dans leurs déterminations réciproques. Le désir d’atteindre à une connaissance objective fait partie des choses les plus sublimes dont l’homme est capable. Mais il est d’autre part évident qu’il n’existe aucun chemin qui conduise de la connaissance de ce qui est à celle de ce qui doit être [1]. »

Le père de la relativité n’a-t-il pas dit là quelque chose d’essentiel ? Grâce à la démarche scientifique, nous sommes en effet devenus capables d’acquérir des connaissances aussi objectives que possible sur le monde, mais pour autant, la science ne peut pas tout, contrairement à ce qu’avaient espéré les scientistes radicaux, les « rationalistes extrêmes » comme les appelle Einstein. Ceux-là pensaient que la science pourrait répondre à la totalité des questions que nous nous posons : au bout du compte, elle parviendrait à expliquer non seulement l’univers physique, mais aussi la vie et la conscience dans tous leurs aspects, nous prescrivant ainsi ce qui est bon ou mauvais. Philanthropes souvent zélés, fascinés par les succès de la science, ils avaient su trouver des accents lyriques pour annoncer que leur nouvelle déesse finirait par apporter une heureuse réponse à toutes nos interrogations, et éclairerait ainsi nos vies dans leur ensemble. 

Quatre-vingt ans après la conférence d’Einstein, un tel optimisme se fait plus rare. Nous avons compris que les sciences ne traitent vraiment bien que des questions… scientifiques. Or celles-ci ne recouvrent pas l’ensemble des questions qui se posent à nous. Du coup, l’universel que les sciences mettent au jour est, par essence, incomplet. Il n’aide guère à trancher les questions qui restent en dehors de leur champ. En particulier, il ne permet pas de mieux penser l’amour, la liberté, la justice, les valeurs en général, le sens qu’il convient d’accorder à nos vies. L’universel que produisent les sciences ne définit pas davantage la vie telle que nous aimerions ou devrions la vivre, ni ne renseigne sur le sens d’une existence humaine : Comment vivre ensemble ? Comment se tenir droit et au nom de quoi le faire ? De telles questions sont certes éclairées par la science, et même modifiées par elle, –mais leur résolution ne peut se faire qu’au-delà de son horizon.

Dès lors, quand l’avancée des sciences permet d’envisager une nouvelle possibilité technique, comment répondre à des questions telles que celles-ci : devons-nous faire tout ce que nous pouvons techniquement faire ? Si non, comment faire le tri ? Comment choisir ? Et au nom de quoi ?

Invité : Jean-François Delfraissy, médecin, professeur de médecine, spécialisé en immunologie, président du Comité consultatif national d’éthique.

[1]. Albert Einstein, Œuvres choisies, Paris, Le Seuil/Éditions du CNRS, 1991, vol. 5, p. 165.  

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