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Couvertures : "L'entaille" d'Antoine Maillard et "Tout est vrai de Giacomo Nanni

Bande dessinée : « L’Entaille” d'Antoine Maillard et "Tout est vrai" de Giacomo Nanni

26 min
À retrouver dans l'émission

Pour cette première partie d’émission consacrée à l’actualité de la bande dessinée, nos critiques ont lu "L’entaille" d'Antoine Maillard (Editions Cornelius) et "Tout est vrai” de Giacomo Nanni (Editions ici-même). Découvrez leurs avis…

Couvertures : "L'entaille" d'Antoine Maillard et "Tout est vrai de Giacomo Nanni
Couvertures : "L'entaille" d'Antoine Maillard et "Tout est vrai de Giacomo Nanni Crédits : Editions Cornélius // Ici même

La Critique : commentaire expert et subjectif de l’actualité culturelle. Chaque semaine, des critiques invités par Lucile Commeaux se rencontrent autour de deux disciplines dans l’amour de l’art et de la dispute. 

Sous les feux de la critique cette semaine, deux romans graphiques : "L’entaille d'Antoine Maillard, un thriller envoûtant sur l'adolescente et la violence du passage à l'âge adulte et "Tout est vrai" de Giacomo Nanni qui a reçu en 2020, pour "Acte de Dieu", le Fauve de l'Audace  au Festival d’Angoulême.

Pour en parler aux côtés de Lucile Commeaux : Théo Ribeton, Chef de rubrique culture chez Slylist et critique aux Inrocks, Victor Macé de Lepinay, producteur du Rayon BD sur France Culture.

💬 -  Roman graphique : "L’entaille” de Antoine Maillard

La première chose qui frappe quand on ouvre ce livre c'est la grande maîtrise graphique d’Antoine Maillard

Couvertures et planches : "L'entaille" de Antoine Maillard
Couvertures et planches : "L'entaille" de Antoine Maillard Crédits : Antoine Maillard / Editions Cornélius

Présentation de l’éditeur :  Le quotidien d’un groupe d’adolescents est chamboulé lorsque deux jeunes filles sont retrouvées un matin, sauvagement assassinées aux abords du lycée. La présence de la police empêche Pola de dealer autour de l’école, le discret Daniel a des pulsions de plus en plus morbides, et la populaire Laurie commence à se remémorer des souvenirs traumatisants. La vie de la petite bourgade est très vite rythmée par les flashs télévisés et la rumeur d’un dangereux meurtrier armé d’une batte se propage rapidement dans la ville. La fin des cours approchant, l’avenir semble incertain, pourtant chacun veut préserver l’illusion d’une éternelle insouciance. Mais le mal est pourtant bien là, dissimulé sous leurs yeux… Véritable hommage au cinéma de genre américain, L’Entaille nous plonge dans le quotidien d’une petite ville de bords de mer dont la tranquillité est soudainement rompue pars l’arrivée d’un tueur en série. On y retrouve ainsi tous les codes du slasher ou du teen movie qui sont ici habilement adaptés en bande dessinée. Les planches, entièrement réalisées au crayon papier, provoquent un sentiment d’irréalité proche du rêve éveillé et nous baignent instantanément dans une ambiance feutrée. Avec L’entaille, Antoine Maillard signe un récit initiatique contemporain où les adolescents quittent subitement le monde préservé de l’enfance pour affronter un univers d’adulte, inconnu et menaçant. Ainsi, l’intrigue centrale met en exergue les états d’âme juvéniles des personnages, leurs doutes et leur mal-être quotidien, dans des moments introspectifs qui renferment une forme de poésie.

►►► L'avis des critiques : (Extraits)

La première chose qui frappe quand on ouvre ce livre c'est la grande maîtrise graphique d’Antoine Maillard. Il y a beaucoup de grandes planches et d’images pleines pages qui sont vraiment des modèles d’illustration au crayon à papier. Il y a un équilibre des masses, un équilibre des ombres et pour rendre compte des matières et des textures un nombre de nuances de gris étonnant. Il y a aussi une profondeur de champ qui donne parfois l’impression que ces images sont en trois dimensions et un sens de la lumière absolument saisissant.  J’y vois quelque chose du cinéma des années 50/60 à la Hitchcock ou John Huston et tout cela donne au récit un côté un peu étouffé, étouffant et finalement un peu onirique aussi. On se demande ce qui est vrai et ce qui est rêvé. Victor Macé de Lépinay

C’est un livre qui m’a plutôt plu. Toutes les planches sont assez sculpturales avec des jeux très contrastés d'ombres et de lumières et tout un référentiel culturel autour du cinéma des 90 : « Le Slasher », le cinéma de Daniel Clowes ou de John Carpenter et toute une esthétique qui vient aussi beaucoup d’une photographie qui pourrait se rapprocher de celle de Gregory Crewdson ou de Stephen Shore. On sent vraiment toutes ces influences, mais Antoine Maillard nous en propose une réinterprétation. On sent la mélancolie de l’après. On est dans le fantasme. C'est un livre de fan formellement très réussie. Une fois qu'on y plonge, ça devient assez beau. Sur le papier c'est très velouté, il y a une espèce de foudroiement du gris, c'est un peu comme du du sable. C’est très sensuel. Mais il y a le côté un peu inopérant d’une œuvre qui regarde de loin la fiction à laquelle elle voudrait appartenir. Théo Ribeton

💬  -  Roman graphique : « Tout est vrai” de Giacomo Nanni 

« Le but de cette histoire n’est pas seulement de raconter la violence d’un attentat terroriste, mais aussi d’évoquer la brutalité des faits par rapport à l’invention littéraire et artistique» Giacomo Nanni

Couverture et planches de "Tout est vrai" de Giacomo Nanni
Couverture et planches de "Tout est vrai" de Giacomo Nanni Crédits : Giacomo Nanni / Ici Même

Présentation de l’éditeur : À Paris, une corneille est témoin d’un attentat terroriste. Se remémorant l’anecdote selon laquelle Rod Taylor, l’acteur principal des Oiseaux d’Hitchcock, aurait durant tout le tournage été harcelé par l’une des corneilles utilisées pour le film, Giacomo Nanni part du postulat selon lequel l’animal est capable d’identifier les visages humains et de s’en souvenir. De là, il imagine l’une d’elles en témoin des préparatifs d’attentat de la filière jihadiste dite «des Buttes-Chaumont », suspecte des attentats survenus en France en janvier 2015. Il reprend pour ce faire le procédé si original et poétique déployé dans Acte de Dieu de l’enchaînement et du croisement des regards et points de vue. La vision d’une corneille a la même valeur que celle d’une petite fille, le Parc des Buttes-Chaumont comme le piège à corneilles deviennent des protagonistes à part entière. Documentation, procédés narratifs, mise en image, Nanni se surpasse ici à nouveau, et réussit le tour de force de provoquer l’émotion avec l’évocation d’éléments cliniques, comme la description d’une cage à oiseaux ou le récit d’une scène de torture dans les locaux de la police. Entre tension et fluidité, radicalité et poésie.

►►► L'avis des critiques : (Extraits)

C’est un livre hétérogène qui peut dérouter. Giacomo Nanni a décidé de continuer de travailler et de développer le processus graphique qu’il avait utilisé dans son précédent livre (« Acte de Dieu", le Fauve de l'Audace au Festival d’Angoulême 2020), mais cette fois, il fait basculer ce procédé dans la matérialité et dans le concret. Toutes ses trames sont faites à la main sur des transparents avec trois couleurs primaires le bleu, le jaune, le rouge. Ça donne une esthétique vraiment particulière. Ces images ne sont pas évidentes pour tout le monde. Au début, j'ai été un peu déconcerté, mais je m’y suis fait et je suis rentré dans ce livre avec beaucoup de plaisir. Quant aux propos du livre à la structure du livre, c'est encore une fois très composite et très hétérogène. (…) Il y a parfois un côté un peu notice Wikipédia et quelques longueurs. (…) J'ai quand même trouvé ce livre vraiment intéressant. Pour les amateurs de bande dessinée c’est un livre très étonnant. Un livre qui ne ressemble à rien d’autre. J'en conseille vraiment la lecture. Victor Macé de Lépinay

Visuellement, c’est très réussi. Cette espèce de trame pointilliste est vraiment très élégante. Giacomo Nanni a une qualité de dessin indéniable, avec un côté un peu comics des années 60 très réussi, mais je trouve qu’il se répète un peu. Il a obtenu le Fauve de l'audace à Angoulême en 2019 pour son précédent livre et je ne trouve pas très audacieux d’utiliser à nouveau ce modus operandi.  
Du côté du récit, l'idée de Giacomo Nanni, est de revenir au point de vue de la nature parce que l'homme n'est pas à la mesure de toute chose. Ça m'agace un petit peu à la vue de l'enchaînement de ses deux derniers livres (« Acte de Dieu » et « Tout est vrai »). Je trouve qu’il adopte une posture de vieux sage un peu systématique. Il empile des bouts de connaissances, on a l'impression de se balader dans une encyclopédie alors qu’en réalité, la trame profonde est une histoire de la violence que je trouve finalement assez simple. C'est beau, il beaucoup de travail mais pour une réflexion assez banale et tout cela est fait depuis une position de surplomb qui manque pas mal d'empathie. C'est un peu un truc de vieux sage qui se regarde être un vieux sage. Ça m'horripile un peu. Théo Ribeton

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