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Couvertures : L'Envol de Kuniko Tsurita et "Wanted Lucky Luke" de Matthieu Bonhomme

BD : « L’Envol » de Kuniko Tsurita et « Wanted Lucky Luke » de Matthieu Bonhomme

26 min
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Pour cette première partie d’émission consacrée à la bande dessinée, nos critiques ont lu « L’Envol », de la mangaka Kuniko Tsurita et le dernier volume des aventures du cow-boy le plus célèbre, « Wanted Lucky Luke », signé Matthieu Bonhomme. Découvrez leurs avis…

Couvertures : L'Envol de Kuniko Tsurita et "Wanted Lucky Luke" de Matthieu Bonhomme
Couvertures : L'Envol de Kuniko Tsurita et "Wanted Lucky Luke" de Matthieu Bonhomme Crédits : Editions : Atrabile // Dargaud

La Critique : commentaire expert et subjectif de l’actualité  culturelle. Chaque semaine, des critiques invités par Lucile Commeaux se rencontrent autour de deux disciplines dans l’amour de l’art et de la dispute. 

Sous les feux de la critique cette semaine, deux monuments de la bande dessinée : « L’Envol », un panorama inédit en France de l’œuvre de la mangaka japonaise Kuniko Tsurita publié aux éditions Atrabile et « Wanted Lucky Luke », cinq ans après « L'Homme qui tua Lucky Luke », Matthieu Bonhomme renoue avec le cow-boy le plus célèbre de la bande dessinée franco-belge (Dargaud).

Pour en parler, aux côtés de Lucile Commeaux : Sarah Ihler-Meyer, critique d’art et commissaire d’exposition et Antoine Guillot, producteur de l’émission Plan Large sur France Culture.

Manga : « L’Envol » de Kuniko Tsurita (Editions Atrabile)

Couvertures et planches : "L'envol de Kuniko Tsurita
Couvertures et planches : "L'envol de Kuniko Tsurita Crédits : Atrabile

Présentation de l’éditeur : La publication du travail de Kuniko Tsurita, complètement inédit en français, est en événement en soi, aussi bien pour ses qualités intrinsèques que pour sa valeur patrimoniale. L’Envol présente sur 496 pages un panorama, si ce n’est complet, en tout cas très représentatif de l’œuvre de Kuniko Tsurita, et la trentaine d’histoires qui composent ce recueil montrent ainsi l’évolution d’une artiste au parcours et au profil atypiques, et dont le travail, profondément ancré dans son époque, se rattache en grande partie au mouvement du «gekiga». 

Réalisées entre 1965 et 1981, ces histoires (plus ou moins) courtes dessinent aussi en creux le portrait d’une artiste en prise directe avec son époque ; des histoires de science-fiction en vogue dans les années 60 à des récits aux accents autobiographiques, de moments plus expérimentaux et poétiques aux interrogations franchement politiques et féministes, L’Envol nous permet de découvrir une des voix les plus versatiles et attachantes du manga d’auteur. 

Dessinatrice frénétique, elle semble prendre plaisir à passer d’un genre à un autre, maniant souvent un humour noir, n’hésitant pas à s’auto-parodier et à porter un regard facétieux sur ses semblables, mais aussi, à se faire la voix des marginaux et des sans-voix, voire la porte-parole d’une jeunesse révoltée et contestataire. 

Souvent présentée comme étant « la première femme à avoir été publiée dans Garo (revue de bande dessinée d’avant-garde aujourd’hui défunte, et ayant publié des auteurs majeurs comme Yoshiharu Tsuge, Shigeru Mizuki, Yoshihiro Tastumi, Sanpei Shirato, etc.) Kuniko Tsurita livrera hélas une œuvre qui s’étalera tout juste sur une quinzaine d’années. Publiée précocement dès l’âge de 18 ans déjà, Kuniko Tsurita décède prématurément en 1985, à l’âge de 37 ans. 

L’avis des critiques : 

Ce livre est une très belle découverte. On peut remercier les éditions Atrabile pour cette publication qui met en avant une figure, une dessinatrice, qui a été un peu oubliée de l'histoire du manga. La diversité des genres et des registres abordés, en un peu moins de trois décennies, par Kuniko Tsurita est étonnante. Elle peut aller aussi bien du côté de la science-fiction que du côté du polar, du côté de récits beaucoup plus autobiographiques ou d’essais plus expérimentaux et énigmatiques.   
En termes de style graphique, on voit une nette évolution. Elle débute avec un trait volontairement un peu caricatural, très expressif et tout en rondeur, pour ensuite développer un trait plus rugueux, plus contrasté et irrégulier. Cela correspond aussi à un changement de ton, puisque qu'au fur et à mesure que les années passent, la dimension comique très forte de ses débuts s'atténue pour une dimension plus grave. Dans ses planches, j'aime la façon qu'elle a de conjuguer des descriptions qui sont très détaillées avec des dessins beaucoup plus épurés, très synthétiques et quasiment abstraits. J'ai trouvé aussi assez remarquable son inventivité en termes de narration, puisque qu'on voit que les cases peuvent s'enchaîner de manière assez classique ou, au contraire, de manière beaucoup plus elliptique avec des échappées oniriques ou cauchemardesques quasi psychédéliques. Ce sont ces endroits plus expérimentaux, synthétiques et épurés, que je trouve les plus saisissants. L’'ensemble est vraiment très agréable à lire. Sarah Ihler-Meyer

Ce qui est passionnant dans le travail et le parcous de Kuniko Tsurita, c’est la façon dont elle tente de trouver sa place en permanence. On a le sentiment de quelqu'un qui ne va jamais entrer dans un système mais qui va explorer des tas de voies jusqu'au bout. Ses échecs successifs ou cette volonté de ne jamais s'enfermer dans un système rend le livre passionnant parce qu'il est très divers. C’est très déstabilisant de lire ce livre, dans le bon sens, parce qu'on ne peut jamais se raccrocher à quelque chose de constitué. C’est mouvant sans arrêt, en mutation. C’est une excellente vue rétrospective de son travail. Antoine Guillot

BD : « Wanted Lucky Luke » de Matthieu Bonhomme  

Couverture de Wanted Lucky Luke" de Matthieu Bonhomme
Couverture de Wanted Lucky Luke" de Matthieu Bonhomme Crédits : Editions Dargaud

Présentation de l’éditeur : Lucky Luke, qui vient d'être attaqué par un chasseur de primes, apprend que sa tête est mise à prix ! À peine a-t-il le temps de digérer la nouvelle qu'il vole au secours de trois soeurs aussi belles qu'intrigantes, en bien mauvaise posture avec leur convoi de bétail. Gentleman comme toujours, Lucky Luke propose de les escorter jusqu'à leur destination finale ; il ne se doute pas de ce qui l'attend... 

L’avis des critiques : (à venir ⌛)

C’est une bande dessinée complètement déconcertante, car je la trouve beaucoup moins moderne dans son rapport aux codes du western que ne l’étaient les BD originales de Lucky Luke, pleines d'humour et de second degré. Ici, Matthieu Bonhomme s’oriente volontairement du côté d'un registre beaucoup plus sérieux et semi réaliste, qui, je trouve, n'enrichit pas du tout notre lecture.  Le personnage de Lucky Luke perd toute dimension parodique et décalée au profit d'une dimension qui se voudrait psychologique. On sent que Matthieu Bonhomme pourrait déjouer les clichés sexistes mais il saute à pieds joints dedans. Cependant, c’est une bande dessinée qui en jette visuellement.  Le style graphique, plus réaliste que dans la bédé originale, donne lieu à des paysages et à des décors très beaux et très détaillés. Il y a cette couleur aussi, avec ses rouge, orange, jaune, bleu, très vif en accord avec l'esprit de la BD originale. Je reconnais aussi le talent et la virtuosité de Matthieu Bonhomme en termes de narration, avec des cadrages et des enchaînements assez cinématographiques. De ce point de vue là, il y a des séquences assez remarquables. Malgré toutes ces qualités plastiques et narratives, je trouve que le récit manque d'épaisseur pour un public adulte.Sarah Ihler-Meyer

C'est vraiment Lucky Luke, vu par Matthieu Bonhomme. Ce qui est très intéressant, c'est que le livre ne parle que de personnes qui sont obsédés par l'envie de posséder Lucky Luke pour se faire beaucoup d'argent. J’y vois une façon méta de dire : qu'est-ce que c'est que posséder un personnage ? C’est aussi une immense leçon de mise en scène de bande dessinée à laquelle se livre Matthieu Bonhomme ici. Il s'était déjà essayé au western avant même de faire de cette reprise de Lucky Luke avec « Texas Cowboys » en compagnie de Lewis Trondheim, mais là, c'est un bonheur de réflexion sur comment mettre en scène. Il y a aussi toute une réflexion sur la couleur, où il va encore plus loin que ce qu'avait inventé Morris à l’époque. Il y a quelque chose d'assez sombre, de noir et de déplaisant chez ce Lucky Luke. Je ne suis pas sûr que j'aime beaucoup le personnage de Lucky Luke dans les reprises de Matthieu Bonhomme et c'est précisément ce qui me plaît. Antoine Guillot

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Intervenants
  • Critique d'art et commissaire d'exposition indépendante
  • journaliste, critique de cinéma et de bandes dessinées, producteur de l'émission "Plan large" sur France Culture
L'équipe
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