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"Le père de Nafi" de Mamadou Dia / "Nomadland" de Chloé Zhao

Cinéma : « Nomadland » de Chloé Zhao et « Le père de Nafi » de Mamadou Dia , deux films à voir cette semaine

27 min
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Pour cette Critique consacrée au cinéma, nos experts ont vu « Nomadland » de Chloé Zhao et « Le père de Nafi » de Mamadou Dia. Découvrez leurs avis …

"Le père de Nafi" de Mamadou Dia / "Nomadland" de Chloé Zhao
"Le père de Nafi" de Mamadou Dia / "Nomadland" de Chloé Zhao Crédits : JHR Films / Searchlight pictures

La Critique : commentaire expert et subjectif de l’actualité  culturelle. Chaque semaine, des critiques invités par Lucile Commeaux se rencontrent autour de deux disciplines dans l’amour de l’art et de la dispute. 

Sous les feux de la critique cette semaine, deux films multi-récompensés : le très attendu Nomadland, de Chloé Zhao (trois Oscars, un Lion d’or, deux Golden Globes et quatre Bafta), de Chloé Zhao et Le père de Nafi, le premier long métrage saisissant du réalisateur sénégalais Mamadou Dia également auréolé de plusieurs prix (prix du meilleur premier long métrage et le Léopard d’or de la section Cinéastes du présent à Locarno, Prix découverte au Fiff à Naumur…). 

Pour en parler, aux côtés de Lucile Commeaux : Sarah Ihler Meyer, critique d’art et commissaire d’exposition et Philippe Azoury, rédacteur chef culture à Vanity Fair

🎥   -  « Le père de Nafi » de Mamadou Dia, un manifeste pour la paix et la liberté

La père de Nafi est le premier long métrage de Mamadou Dia, réalisateur passé par le photo reportage, qui livre ici une fiction située dans une petite ville du sud sénégalais d’où il est originaire.

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L'histoire : Tierno y est imam, il élève sa fille Nafi dans un islam modéré et tolérant, lorsque l’arrivée de son frère Ousmane vient menacer les équilibres familiaux mais aussi communautaires. Ousmane s’est en effet lié avec des islamistes radicaux qui veulent faire main basse sur la ville, et la première étape, c’est le mariage de leurs deux enfants, Nafi et Tokara. Tierno s’y refuse, les deux jeunes, eux, ont leur propres projets...

► ► ► L'avis des critiques : 

Ce film apporte avec lui de bonnes nouvelles du cinéma sénégalais. C’est un très bon film. Mamadou Dia, qui vient du photojournalisme, s'approche très tôt de quelque chose de très beau avec une sorte de promesse, une image presque fantomatique, un peu ensablés, des corps dont on a l’impression qu’ils sortent du paysage. C’est très fort. Ensuite,  il arrive à une image beaucoup plus douce, très belle et très maîtrisée mais je trouve qu’il n'arrive pas à s'aventurer plus loin dans le film vers cette inquiétude, cette étrangeté qu'il y avait dans ces premières images, sauf vers la toute fin. Je pense qu'il aurait pu. Il touche quelque chose du doigt, mais il n'a pas osé aller plus loin. Cela aurait pu donner à ce film, qui est déjà incroyablement prometteur, une force supplémentaire. Philippe Azoury

Ce qui m'a beaucoup plu dans ce film et ce que je retiens le plus, c'est la façon dont Mamadou Dia a su restituer l'ambiance et le rythme d'une petite ville au Sénégal. L'arrivée de l'intégrisme dans cet endroit paraît d’abord, je pense volontairement, saugrenu. On comprend par la suite qu'il y a des dysfonctionnements au niveau des structures publiques, que les infrastructures pâtissent peut-être d'un manque de financement, et que c'est par ce biais là que l'intégrisme va pouvoir s'insinuer. Sur le plan de la dramaturgie, c’est très intéressant d'aborder l'islam radical comme une tragédie qui a des ressorts à la fois politiques et familiaux, et qui démontre que les premières victimes sont en fait les musulmans. Sarah Ihler Meyer

Plus d’informations : « Le père de Nafi » de Mamadou Dia – Avec Saikou Lo, Alassane Sy, Penda Daly Sy… 

🎥   -  « Nomadland » de Chloé Zhao, Oscar du meilleur film et Oscar de la meilleure réalisatrice

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Nomadland raconte l’histoire de Fern, interprétée par Frances Mc Dormand, elle a tout perdu, son mari emporté par la maladie, son logement, son travail, dans une ville littéralement effacée de la carte après la faillite de l’industrie locale. Elle vit de petits boulots saisonniers, entre les hangars d’Amazon et la cueillette de betteraves, sa maison c’est son van aménagé. Mais Fern n’est pas seule pour autant, elle peut compter sur la communauté mouvante mais fidèle des nomades, ceux qui comme elles ont choisi, à moins qu’ils ne le subissent, de rouler à travers l’Amérique. 

► ► ► L'avis des critiques : 

C’est un film bien sous tous rapports. Par son sujet et l'écriture scénaristique notamment, mais je trouve que la réalisation a quelque chose d'un peu formatée. Le découpage très rapide devient systématique à force de chercher l'efficacité narrative et ne permet pas de donner toute son ampleur au film. Le casting et la direction d'acteurs sont vraiment les points forts. Je trouve très intéressante la façon qu’a Zhao de travailler avec ces comédiens non professionnels, ces nomades. Ils ont une vraie place. Ce ne sont pas des figurants mais des vrais personnages qu’on écoute et dont les témoignages et les vies s’intègrent vraiment au récit et se mêle à la fiction.  
En évitant tout misérabilisme ou manichéisme, pour une forme d'indétermination et dans cette forme de docu fiction qui inclut les personnes dont elle parle, Chloé Zhao a son regard au bon endroit. On ne peut que se réjouir de voir une jeune cinéaste s’emparer de sujets comme celui-là. Sarah Ihler Meyer

Chloé Zhao choisit de filmer en scope grand angle, un récit qui raconte la traversée d'une Amérique par des nouveaux nomades, des gens poussés sur les routes par la crise. Elle choisit de filmer ces visages en gros plan ce qui l'empêche d’intégrer le paysage. Soit elle filme le paysage seul, soit elle filme les visages. Ils n'arrivent pas à fusionner et c’est là que ça devient intéressant. Chloé Zhao filme en gros plan car ce n'est pas la route qui l'intéresse, ni même l'Amérique. Elle s’intéresse aux visages et à la survie, quitte à sacrifier la belle image, celle de la carte postale. Je ne sais pas si c'est un film satisfaisant mais c'est vraiment un film intéressant. Il faut oublier le Lion d'or, les Oscars et le prendre comme un objet à tous les endroits très intéressants. Philippe Azoury

Plus d’information : « Nomadland » de Chloé Zhao d’après le livre « Nomadland » de Jessica Bruder, traduit par Nathalie Perony. Avec Frances Mc Dormand, David Strathairn, Gay DeForest…

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