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Spilliaert : 1 Autoportrait 1907 et 2 plage à marée basse 1909 // Parr : 1 et 3 The Last Resort - New Brighton, England, 1985 , 2 Think of England - Dorset, England, 1996

Léon Spilliaert et Martin Parr, deux expositions à voir quand les musées rouvriront

26 min
À retrouver dans l'émission

Nos critiques ont vu "Léon Spilliaert (1881-1946) - Lumière et solitude" au musée d'Orsay et "Parrathon, une rétrospective de Martin Parr" au FRAC Bretagne à Rennes. Decouvrez leurs avis...

Spilliaert : 1 Autoportrait 1907 et 2 plage à marée basse 1909 // Parr : 1 et 3 The Last Resort - New Brighton, England, 1985 , 2 Think of England - Dorset, England, 1996
Spilliaert : 1 Autoportrait 1907 et 2 plage à marée basse 1909 // Parr : 1 et 3 The Last Resort - New Brighton, England, 1985 , 2 Think of England - Dorset, England, 1996 Crédits : 1 ©Metropolitan Museum Art,© RMN-GP - 2 @ privée // © Martin Parr - Magnum

Chaque vendredi à l'heure du déjeuner, Lucile Commeaux et ses critiques invités, débattent des oeuvres ou des événements (films, livres, expositions, séries, bandes dessinées...) qui font l'actualité culturelle de la semaine…

Comme une anticipation de la réouverture prochaine des musées, cette semaine ce sont deux expositions qui seront sous les feux de la critique. Nous irons tout d’abord au musée d’Orsay pour y contempler l’œuvre lumineuse et solitaire de Léon Spilliaert puis nous nous dirigerons vers Rennes, afin d’y découvrir près de 500 photographies de Martin Parr dans le cadre de la rétrospective que lui consacre le FRAC Bretagne. Et pour patienter quelques semaines, les oeuvres de Spilliaert sont à découvrir également dans le très complet le catalogue d'exposition paru aux éditions Flammarion/Musée d'Orsay, Quand à Martin Parr, une partie de l'exposition est en plein air dans les jardins du Thabor à Rennes. 

Pour en parler aux côtés de Lucile Commeaux :  Sarah Ihler Meyer, critique d’art et commissaire d’exposition et Marie Sorbier, rédactrice en chef de I/O et productrice d'Affaire en cours sur France Culture

🎨     Léon Spilliaert (1881-1946) - Lumière et solitude       

Cette exposition raconte des histoires et chaque histoire est une histoire intérieure. Marie Sorbier

Léon Spilliaert est l'homme des solitudes inquiétantes, des perspectives infinies. Entre interrogations métaphysiques et culture flamande, il surprend, déroute par des oeuvres inclassables, inventant un symbolisme de la nuit intérieure qui marquera l'art belge. 

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Il se nourrit des oeuvres picturales d' Odilon Redon ou James Ensor mais aussi des écrits d'Emile Verhaeren et Maurice Maeterlinck. Toutefois, s'il subit l'influence du symbolisme fin de siècle, son oeuvre s'étend au-delà. Ses visages hallucinés flirtent avec l'expressionnisme ; ses paysages épurés semblent annoncer le minimalisme. L'exposition, la première en France depuis près de 40 ans, se concentre sur les années 1900 à 1919, les plus intenses de Spilliaert, et présente ses oeuvres les plus radicales. 

L'avis des critiques :

► Une déambulation mélancolique. 

L'exposition est construite très sobrement, de façon très efficace. Il y a beaucoup de petits formats. Ca n'est pas dans une expo tape à l'œil du tout. Il faut rentrer, déambuler et s'approcher de ses ancres. Spilliaert est vraiment un peintre de la symbiose. D'abord, de la symbiose avec une ville, Ostende, le personnage principal du travail qui est présenté. Ostende est partout. Elle est tellement intégrée, dans le peintre-même, qu'elle fait totalement corps avec lui, et que je crois que c'est cette intégration parfaite qui fait que il nous attrape, nous spectateurs, dans chacune de ses toiles. On s'approche et on est totalement plongé dans son univers. Marie Sorbier

► Un vocabulaire original et singulier

J’ai été heureuse de découvrir ce travail que je ne connaissais pas. Le vocabulaire de Spilliaert est vraiment original et singulier pour l'époque, il fait d'ailleurs penser dès 1908 aux peintures métaphysiques de Chirico. Néanmoins, je trouve que ce vocabulaire, à force d'être repris et repris, est devenu aujourd'hui une sorte d'iconographie un peu toute faite de la mélancolie, avec des figures de style largement identifiées et répertoriées, ce qui fait que, pour ma part, j'identifie l'intention de l'artiste, mais j'ai du mal à éprouver ce qui est manifestement donné à sentir.(…) Il n'empêche que j'ai vraiment été intéressée par ce travail, notamment pour sa modernité quand même surprenante qui passe par l'épuration des formes et l’aspect quasi géométrique, abstrait, de certaines compositions. Sarah Ihler Meyer

► Une dimension métaphysique

Ce qui est remarquable, c'est que Spilliaert mobilise dans ce travail des sensations de vide, de néant anxiogène qui sont traduites par des éléments qui leur sont a priori étrangers. Des éléments matériels quasiment abstraits, comme par exemple des masses sombres d'eau qui occupent toute la surface du support, des horizons placés très haut et qui bloquent le regard… Il y a aussi des perspectives assez vertigineuses - qui sont créées par les diagonales abruptes des digues, des promontoires et des brise lames - et puis, évidemment, tous les jeux de dégradés, d'ombre et de lumière liés à l'encre de Chine. C’est d’ailleurs aussi à travers ces sensations que son travail présente une dimension métaphysique, dans le sens où ces sensations de vide, de néant et de vertige, impliquent peut être moins des tourments intérieurs qu'un certain rapport au monde, une interrogation sur son sens et sa signification, qui semblent ici précisément échapper, voire ne pas exister du tout, comme si, finalement, il nous présentait un monde sans Dieu. Et c'est ce qui contribue d'ailleurs aussi, je crois, à sa modernité. Sarah Ihler Meyer

  • Plus d’informations : Léon Spilliaert (1881-1946) - Lumière et solitude à partir du 15 décembre au musée d'Orsay
    Catalogue Léon Spilliaert. Lumière et solitude Ed. Flammarion/Musée d'Orsay

Pour aller plus loin : 

  • Livre : _Léon Spilliaert : oeuvre au noir (Ostende 1881-Bruxelles 1946)_d'Eva Bester - Editions Autrement
  • Livre :Etre moi toujours plus fort : les paysages intérieurs de Léon Spilliaert de Stéphane Lambert- Editions Arléa

📷     Parrathon, une rétrospective de Martin Parr     

Les photos sont compréhensibles très rapidement, le décalage aussi, c'est vraiment une expo qui se partage en famille de façon très réjouissante. Marie Sorbier

Intitulée Parrathon, cette rétrospective de l’iconique photographe anglais retrace la carrière de l’artiste du milieu des années 1970 à aujourd’hui, à travers 14 séries emblématiques. 

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Comptant aujourd’hui parmi les photographes les plus célèbres au monde, sans conteste un des regards les plus espiègles de la photographie actuelle, Martin Parr est le « chroniqueur de notre temps » d’après Thomas Weski, spécialiste international de la photographie contemporaine et biographe officiel de l’artiste.

Ses images colorées et décalées, pleine de dérision et d’ironie, semblent, à première vue, exagérées voire grotesques. Les motifs qu’il choisit sont étranges, les couleurs criardes et les perspectives inhabituelles.
Tourisme de masse, loisirs de classes ou objets du quotidien glanés autour du monde, les sujets de ses images nous montrent de façon pénétrante comment nous vivons, comment nous nous présentons aux autres, et ce que nous valorisons. 

L'avis des critiques : 

► Un ton espiègle toujours présent

Cette exposition est l'occasion de voir à quel point Martin Parr est un formaliste de génie. Ce qui fait événement dans ses photos, c'est moins la captation de situations et de détails saugrenus liés au tourisme, à la consommation de masse - qui constitue quand même en grande partie sa signature et son originalité - que la manière dont il les met en forme dans _un style qui est aujourd'hui immédiatement reconnaissable_, avec des couleurs vives, des gros plans, des coups de flash en plein jour. Il y a aussi des contrastes assez forts entre les premiers et le second plan et des angles inhabituels, légèrement basculés. Ce sont des photos qu'on pourrait croire un peu facile, un peu publicitaires du fait de leur sujet mais c'est en réalité cet aspect plastique et formel qui participe au ton spécifique de Martin Parr, qui a un ton pince sans rire espiègle. Sarah Ihler Meyer

Ce que j'ai aimé dans cette exposition, c'est le début de l'exposition avec des séries plus anciennes en noir et blanc que je ne connaissais pas. (…) On est là aussi sur les mêmes ingrédients, la vie quotidienne, le décalage et on y retrouve aussi son ironie, même si ces photos sont plus douces et peut être moins « publicitaires ». Marie Sorbier

Une photographie plus politique qu’il n’y parait

A travers les séries qui sont réunies, on voit qu'avec Martin Parr tout le monde y passe, toutes classes confondues. Sont épinglés, aussi bien les comportements et les habitudes des classes populaires et moyennes que celles de l'élite anglaise et de la jet set internationale. Cela fait que le ridicule, le grotesque et la vulgarité qui se retrouvent de partout concerne tout le monde, et donc, on rit aussi bien des autres que de nous-mêmes. De ce point de vue, on voit aussi qu'il n'y a jamais de condescendance chez Martin Parr, puisqu'il est lui-même l'objet de son regard pince sans rire. Sarah Ihler Meyer

► L'art de l’accumulation

500 photos c'est beaucoup ! Mais je crois que cette accumulation fait dénonciation. C'est parce qu'il y a cette masse qu'on comprend bien le regard critique que Martin Parr peut avoir sur cette société de consommation, qui n'est pas que le regard amusé ou ironique qu'on voit au premier regard. Marie Sorbier

► Une exposition accessible

_Les images de Martin Parr font partie de notre inconscient collectif_, on les connait même sans les avoir vues car ce sont des images qui nous entourent. Parr photographie le quotidien, la société de consommation ou le tourisme de masse et ces images volées font vraiment partie de notre vie contemporaine. Marie Sorbier

Sur un immense mur mosaïque on peut voir la série peut être la plus célèbre, 200 photos d'une série, commencée en 99 et inachevée à ce jour. On peut y voir des gros plans vers des objets peu ragoûtant. Ce sont des photos copies couleurs, ce ne sont pas de beaux tirages. Il y a le hot dog qui coule, les mains grasses, les tongs, son goût particulier pour les effigies de ces gloires un peu passées et tout cela est réuni sur cet immense mur, c'est quand même assez impressionnant.. Marie Sorbier

Plus d’informations : exposition, Parrathon, une rétrospective de Martin Parr, jusqu'au 24 janvier au FRAC Bretagne et dans les jardins du Thabor à Rennes

Pour aller plus loin : 

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Intervenants
  • Rédactrice en chef de I/O et productrice d'Affaire en cours sur France Culture
  • Critique d'art et commissaire d'exposition indépendante
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