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Couvertures, Manuel Vilas "Alegria" et Sylvain Prudhomme "Les Orages"

Rentrée littéraire : "Les Orages" de Sylvain Prudhomme et "Alegria" de Manuel Vilas

26 min
À retrouver dans l'émission

Nos critiques s'intéressent aujourd'hui au rayon littérature, ils ont lu « Les Orages » de Sylvain Prudhomme et « Alegria » de Manuel Vilas. Découvrez leurs avis…

Couvertures, Manuel Vilas "Alegria" et Sylvain Prudhomme "Les Orages"
Couvertures, Manuel Vilas "Alegria" et Sylvain Prudhomme "Les Orages" Crédits : Editions du sous-sol / Gallimard

Chaque vendredi à l'heure du déjeuner, Lucile Commeaux et ses critiques invités, débattent des oeuvres ou des événements (films, livres, expositions, séries, bandes dessinées...) qui font l'actualité culturelle de la semaine...

Sous les feux de la critique cette semaine, deux romans. Le premier Les Orages est signé Sylvain Prudhomme (Par les routes, Prix Femina en 2019) et le second, Alegria, d’une figure de l’avant-garde littéraire espagnole, Manuel Vilas.
Pour en parler, aux côtés de Lucile Commeaux : Elisabeth Philippe, journaliste et critique littéraire à L'Obs et Laurent Nunez, écrivain et éditeur

📖   -   Les orages de Sylvain Prudhomme, tentative de compréhension de l’altérité

Avec Les orages, Sylvain Prudhomme explore ces moments où un être vacille, où tout à coup il est à nu. Heures de vérité. Bouleversements parfois infimes, presque invisibles du dehors. Tourmentes après lesquelles reviennent le calme, le soleil, la lumière.

Couverture : Les orages de Sylvain Prudhomme
Couverture : Les orages de Sylvain Prudhomme Crédits : L'arbalète/Gallimard

Quatrième de couverture : « Lorsque j'ai rencontré Ehlmann, il était debout sur le bord de la route, sa voiture garée en catastrophe sur la bande d'arrêt d'urgence, feux de détresse allumés. J'ai vu qu'il souriait, que tout son visage était tordu de larmes et de rires à la fois, j'ai pensé qu'il était fou. »

L’avis des critiques

Une écriture délicate

Dans ce livre, Sylvain Prudhomme travaille sur ce qu’on appelle en philosophie, les hapax existentiels, c'est à dire des moments de la vie qui n'arrive qu'une seule fois et où l’on comprend que la vie bascule. Dans ce livre, ces histoires vont se répéter comme des moments de vie très intenses et très intéressants (…) Sans aucun voyeurisme, on accède à treize histoires très différentes qui sont vraiment de la littérature. Laurent Nunez

J’aime beaucoup les romans de Sylvain Prudhomme, mais j’ai été un peu moins électrisée par Les Orages. Prudhomme échappe à l’écueil du Pathos avec une très grande aisance car le récit est servi par une écriture très simple, très délicate. C’est très ténu, il ne va jamais dans les grands effets de style, les grands mouvements de manche. Malgré cette très grande simplicité de la langue, on a affaire à un style très limpide, très pur. En racontant des scènes assez quotidiennes, Prudhomme arrive à nous faire sentir, toucher du doigt les gouffres existentiels auxquels on peut être confrontés. Elisabeth Philippe

Un bon apéro...

Pas une seule fois, on se dit : « Whaou ! c'est bien écrit, ce sont des effets de manche » et Sylvain Prudhomme le fait exprès, il disparaît toujours. (…) Les dialogues sont incroyables de justesse, on a l'impression qu'il les a enregistré avec un dictaphone avant de les restituer. Cette manière d'écrire sans être l'écrivain qui se montre du doigt est vraiment épatante. Il y a néanmoins un défaut majeur, c'est que toutes les fins sont assez banale, moins intéressantes que les milieux. Ce livre reste néanmoins un très bon apéro en attendant son prochain grand livre. Laurent Nunez

J'aime la façon très sensorielle dont Sylvain Prudhomme raconte ces histoires. Pour autant, j'ai trouvé qu'il y avait quelque chose d'assez statique dans ces nouvelles. Le livre s’appelle les orages et j'ai l'impression que finalement, ses textes sont tous habités de la même philosophie quasiment proverbiale, qui serait, après la pluie, le beau temps. Il ne tombe pas complètement dans ce travers-là, mais on est un peu sur la crête, sur le fil. Elisabeth Philippe 

  • Les orages de Sylvain Prudhomme, l’Arbalète/Gallimard 

📖   -   Alegria de Manuel Vilas, confessions intimes

“La joie venait toujours après la peine”, chante Apollinaire, Alegría tend résolument du côté de la lumière et Manuel Vilas offre, après Ordesa, un grand livre solaire. Son audace littéraire et sa capacité à transfigurer l’intime en universel le désignent comme un de nos écrivains contemporains majeurs. 

Couverture Alegria de Manuel Vilas
Couverture Alegria de Manuel Vilas Crédits : Editions du sous-sol

Quatrième de couverture : “Je suis arrivé par la douleur à la joie”, écrit le poète José Hierro.
De chambres d’hôtel en aéroports, assailli par une profusion de souvenirs, Manuel Vilas poursuit la mise à nu de son narrateur. Il orchestre la symphonie de la mémoire et enrichit son tableau de nouveaux motifs comme celui de l’allégresse. Toujours entouré de ses musiciens, ombres de son passé, en dialogue incessant avec les doubles de ses fantômes, auxquels il ajoute Arnold (pour Schönberg), sa part sombre, son ange de la dépression. Le passé coule partout, vague sans cesse rabattue, il est dans les machines à presser les oranges, dans les chemises jamais assez blanches, dans les cours d’eau, comme sous le sol que l’on foule.

L’avis des critiques

Un livre dans l’ombre d’Ordessa…

J’avais vraiment été éblouie par "Ordessa", son précédent livre, qui était pourtant un livre de deuil. C'était une sorte de soleil noir et j'avais été très, enthousiasmée par cette langue particulière. Ce chaos narratif et effectivement, "Alegria" forme un diptyque avec ce livre. On retrouve exactement la même structure, la même façon de procéder (…) Manuel Villas, pourrait faire penser à un Thomas Bernhardt mais qui aimerait sa famille, ce qui fait une différence de taille. Ce livre est un abîme et c'est peut être d'ailleurs la faiblesse d’ "Alegria" de rester trop accroché au précédent livre. Par moments, j'avais l'impression d'être dans une redite de ce que j'avais pu lire et l'effet de surprise qui m'avait tant saisie à la lecture d’ "Ordessa" est fatalement émoussé en lisant, en lisant "Alegría". Malgré tout, il y a des choses très belles. Si on n'a pas lu "Ordessa", je pense qu'on peut être tout à fait saisi par cette forme. C'est un livre qui vaut en tant que tel. Mais si on a lu "Ordessa", je pense qu'on est un peu confronté à une forme de redondance. Elisabeth Philippe

Alegria est un livre qui est construit sur le succès énorme qu'a connu "Ordessa", le précédent livre de Manuel Garcia. Plus j'avançais dans la lecture de ce livre et plus j'étais attristé car je m'attendais à autre chose. Ca me rappelle beaucoup « Quitter la ville » de Christine Angot. On y retrouve une sorte de fascination, de narcissisme de ce qu'on a vécu.  (...) Manuel Vilas n'est pas un intellectuel, c'est un écrivain et il tente de faire d’une histoire individuelle qui tend vers l'universel. Pour l’universaliser, il est tenté de faire des généralités, qui, à force agacent. Laurent Nunez

Une romantisation de la dépression ?

Le livre est traversé de pensées suicidaires, de considérations sur la dépression, sur la mort et cela en fait presque un livre stoïcien. Quand il est dans dans cette veine là, je trouve que c’est plutôt réussi. J'aime sa façon de parler de la mort avec énormément de commentaires, sans grandiloquence. Il y a quelque chose d’assez baroque dans la façon dont il mêle constamment la mort et la vie. Elles ne font qu'un. J'aime beaucoup quand il parle du fait qu'il n'y a pas de mal mourir. Je trouve ça assez beau. Elisabeth Philippe

Ce livre est une sorte de romantisation de la dépression. Il sous-entend que c'est grâce à la dépression qu'on devient intelligent. Non, la dépression est une maladie et elle ne permet pas de mieux penser ou de devenir plus lucide par rapport à la vie. Il y a certaines choses qui me dérange dans ce livre qui contient néanmoins parfois quelques souvenirs très agréables. Laurent Nunez

Un écrivain profondément espagnol

Toute la réflexion de Vilas est articulée autour du rapport au langage, autour de ce que l'Espagne a fait de ses parents, de ce qu'elle a fait de lui. Il y a de très belles pages sur García Lorca (…) Ce qui est un peu pénible au bout d'un moment, c'est qu'on a l'impression qu'il est empêtré dans cette matrice et qu'il n'arrive pas du tout à en sortir, ça finit par lasser un peu notre lecture. Elisabeth Philippe

  • Alegria de Manuel Vilas, éditions du sous-sol
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