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Jonas Kaufman dans "Aïda" (© Vincent Pontet) et Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersmaeker dans "La Ronde" (© Damien Meyer)

Spectacle : "Aïda" à l'Opéra Bastille et "La Ronde" de Boris Charmatz

34 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire : une relecture politique de l'opéra de Verdi et des duos de danse enchâssés sous une nef mythique.

Jonas Kaufman dans "Aïda" (© Vincent Pontet) et Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersmaeker dans "La Ronde" (© Damien Meyer)
Jonas Kaufman dans "Aïda" (© Vincent Pontet) et Boris Charmatz et Anne Teresa de Keersmaeker dans "La Ronde" (© Damien Meyer)

La Critique : commentaire expert et subjectif de l’actualité culturelle. Chaque semaine, des critiques invités par Lucile Commeaux se rencontrent autour de deux disciplines dans l’amour de l’art et de la dispute.

Au sommaire de La Critique cette semaine, Aïda de Verdi dirigé par Michele Mariotti et mis en scène par Lotte de Beer avec Jonas Kaufmann, Sondra Radvanovsky et Ludovic Tézier (à voir sur arte concert dans une réalisation de Francois-René Martin), et La Ronde de Boris Charmatz (à découvrir le 12 mars à 20h50 sur France 5, le spectacle filmé sera également disponible sur france.tv).

Nos critiques du jour : Marie Sorbier, rédactrice en chef de I/O Gazette et productrice d'Affaire en cours sur France Culture, et Charles Arden, musicologue et journaliste pour Ôlyrix.

"Aïda" de Verdi par Michele Mariotti (direction musicale) et Lotte de Beer (mise en scène)

Présentation : Créé à l’Opéra du Caire en 1871, Aida nous plonge dans le fantasme d’une Antiquité reconstituée. Au cœur de l’intrigue, un choix impossible entre l’amour et le devoir patriotique : une princesse éthiopienne captive et un militaire égyptien trahissent leur peuple et défient une puissante rivale, s’unissant jusqu’à la mort. Marquée par le contraste entre un spectacle démesuré et la transition vers une dramaturgie de l’intimité, la partition de Verdi réussit à distinguer le drame intérieur de ses protagonistes de l’imposant cadre historique. L’œuvre réunit les thématiques chères au compositeur : la nostalgie de la patrie perdue, la délivrance par la mort, l’opposition entre un présent décevant et un ailleurs idéalisé, le poids des pouvoirs religieux et politiques, éléments régulateurs d’un monde conçu comme un piège.

La metteure en scène hollandaise Lotte de Beer, pour ses débuts à l’Opéra national de Paris, choisit de porter un regard critique sur la représentation européenne des peuples colonisés, nous incitant à repenser notre rapport aux productions esthétiques du passé et du présent.   

Au plateau, notamment : Jonas Kaufmann, Sondra Radvanovsky, Ludovic Tézier et des marionnettes...

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Extraits : 

La mise en scène assurément variée, un peu "fourre-tout", se résout par l'axe fort qui consiste à mettre l'opéra en abyme pour nous faire entrer dans un musée qui oppose aux beaux-arts de l'occident hantés par le colonialisme les arts dits premiers. Ce n'est pas Aïda au musée mais Aïda comme un musée. Charles Arden

Je n'ai ressenti aucune émotion au visionnage mais les marionnettes m'ont intéressée intellectuellement, leur utilisation maligne en lien notamment avec la figure de l'esclave choséifié.  [...] _C_haque geste posé a ouvert en moi un tas de questions et de réflexions. Quelque part, je n'ai pas du tout suivi la pièce mais j'ai été happée par ce que la mise en scène fait de l'objet manipulé. Marie Sorbier

Les chanteurs sont les médiums des personnages esclaves figurés par les marionnettes, ils sont les voix de ceux qui veulent s'exprimer et, à cet endroit, le choix de la forme marionnettique montre le triomphe de l'opéra et du chant lyrique. [...] Au plateau, on est pas loin d'avoir les plus belles voix du monde.  Charles Arden

  • Aïda de Verdi dirigé par Michele Mariotti et mis en scène par Lotte de Beer est à voir sur arte concert (captation réalisée par Francois-René Martin)

"La Ronde" de Boris Charmatz

Pour l’événement célébrant le Grand Palais avant ses travaux de restauration, Boris Charmatz a imaginé La Ronde, inspirée de celle d’Arthur Schnitzler. Comment investir le Grand Palais, cette cathédrale profane bâtie pour l’exposition universelle comme un « Monument consacré par la République à la gloire de l’art français » ?

Note d'intention de Boris Charmatz : "Le Grand Palais est une cathédrale de la république. Même déserté au printemps de toutes ses activités, le lieu vide parlait encore. Il continue à résonner de sa longue histoire. Il me semble être un écrin gigantesque aux désirs les plus intimes. Comme on ne peut passer abruptement du confinement à la foule, j’ai imaginé une ronde, La Ronde. Arthur Schnitzler a écrit ce texte extraordinaire de couples enchaînés les uns aux autres au moment où se construisait le Grand Palais. En 1900, le lieu ouvre alors que Schnitzler publie à compte d’auteur son œuvre qui fera scandale, en raison de la thématique sexuelle... ou de la judaïté de l’auteur.
Fermeture autour de la figure du duo, et ouverture infinie de la chaîne qui déplace les corps, les transperce. Schnitzler dit crûment amour et sexe des personnages sociaux (la comédienne, le soldat, la prostituée, le comte...). Il invente un protocole du désir perméable, passé et transmis à l’autre, parfois dans la tension, dans l’absence de concordance. La dramaturgie de ce livre est déjà une danse où les couples jamais ne se referment mais toujours rencontrent l’autre. Le Grand Palais est démesuré, il est difficile d’imaginer là une demi-mesure. Soit on peut y déclencher une tempête avec 6 000 personnes en présence, soit le considérer comme un écrin et y déposer délicatement un joyau prosaïque : une chaîne infinie de duos dansants, chantants, parlants. Les corps bougent, se heurtent, s’embrassent, se quittent et pourtant restent, se lient dans l’espace mental, s’ancrent pour maintenir une continuité du vivant et du désir.

"La Ronde" de Boris Charmatz
"La Ronde" de Boris Charmatz Crédits : © Damien Meyer

J’imagine une série de couples enchâssés, un paysage de duo dansants, parlants, chantants, avec des artistes hors normes, qui se suspendent au temps pour entretenir ce foyer plusieurs heures durant. Des morceaux iconiques sortis de l’Histoire (de Don Quichotte à Dirty Dancing en passant par Anne Teresa De Keersmaeker), des duos inventés pour l’occasion, des extraits de Schnitzler, des artistes qui ouvrent les sens et entraînent les visiteurs. Un événement dont la durée sera embrassée par tous, interprètes et public, dans un doux et long embrasement chorégraphique partagé.

Puis, avec le jour nouveau, le public sera invité à rejoindre un collectif de corps dans une tempête de gestes -isolés-. Un échauffement XXL. Un gigantesque atelier pour tous. Une performance fugace, avant la clôture pour travaux. Quand même. Une explosion d’amour pour la clôture du Grand Palais." Boris Charmatz 

Extraits : 

J'ai eu un grand intérêt pour cet objet. La performance donnée au Grand Palais durait douze heures, on la trouve ici ultra montée dans un film d'une heure trente - ce qui est une gageure - et on ne peut taire, il faut le dire, une certaine frustration. [...] Ce projet, c'est tout ce que le COVID interdit. C'est fascinant à voir, et il y a des talents dans tous les sens. Charles Arden

Boris Charmatz s'est fait plaisir en invitant un casting incroyable. [...] Tous les types de corps représentés, tous les types de danse qu'on trouve dans cette pièce, forment une sorte de grande famille et c'est en cela que, selon moi, ce projet, c'est une déclaration d'amour. Dans l'aridité à priori, il y a une grande générosité. Marie Sorbier

  • La Ronde de Boris Charmatz est à découvrir le 12 mars à 20h50 sur France 5 et sera également disponible sur france.tv

Ecoutez la première partie de La Critique du 5 mars 2021 : 

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