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La Critique2509

Théâtre : Le théâtre et son double et A l'abordage // Littérature : Mathilde Alet et Julian Barnes

1h
À retrouver dans l'émission

Chaque vendredi à l'heure du déjeuner, Lucile Commeaux et deux critiques invités, débattent des oeuvres ou des événements (films, livres, expositions, séries, bandes dessinées...) qui font l'actualité culturelle de la semaine...

La Critique2509
La Critique2509 Crédits : AND 2509

Aux côtés de Lucile Commeaux, deux commentateurs passionnés de l’actualité culturelle aborde deux disciplines différentes pour que vive la critique, ce goût partagé et contagieux de la dispute esthétique, qu’elle concerne des films, des livres, des expositions, des séries, des bandes dessinées... bref tout ce qui s’aime et se discute. 

Au programme cette semaine : 

Tout d'abord, nos critiques se pencherons sur l'actualité théâtrale de la semaine. Nous intéresserons à deux spectacles, deux adaptations de grands textes : Le théâtre et son double d'après Antonin Arthaud dans une mise en scène de Gwenaël Morin au théâtre des Amandiers à Nanterre et A l'abordage, une adaptation du Triomphe de l'Amour de Marivaux signée Emmanuelle Bayamack-Tam dans une mise en scène de Clément Poirée à voir au Théâtre de La Tempête.  

En deuxième partie, nous continuerons notre exploration de cette foisonnante rentrée littéraire avec L'homme Rouge de  Julian Barnes  qui signe et Sexy Summer, le troisième roman, de l'autrice belge, Mathilde Alet.

Pour en parler : Marie Sorbier, rédactrice en chef de I/O Gazette et productrice à France Culture (Affaire en cours), Philippe Chevilley, Chef du Service Culture aux Echos et Laurent Nunez, écrivain et éditeur

T   H   E   A   T   R   E

➔ "A l'abordage" d'après "Le Triomphe de l'amour" de Marivaux, une relecture jubilatoire de l’utopie formulée trois siècles

A l'abordage
A l'abordage Crédits : Morgane Delfosse

L'avis des critiques : ( A venir )

C'est un spectacle qui m'a galvanisé. D'abord par son parti osé et par sa dynamique. Ce n'est pas simplement une adaptation de Marivaux mais une vraie réécriture à l'aune d'aujourd'hui, avec tout ce que ça comporte de difficultés […] avec en plus une volonté de coller vraiment à l'intrigue de la pièce. On la retrouve, mais avec des mots d'aujourd'hui ce qui, bien que ça ajoute un peu de longueur dans le texte, me semble pertinent. Et puis, ce qui est fascinant, c'est que l'auteure arrive à transmettre son discours sur le désir, sur le polyamour, avec en plus ce petit côté amusant de dénoncer un peu, par exemple les excès de l'écologie en envoyant quelques scuds aux écologistes dans un spectacle qui n'est pas pour autant réactionnaire. J'aime ce metteur en scène, Clément Poirée, pour la dynamique, l’énergie qu’il arrive a créer. Il sait diriger les acteurs et arrive à créer en plus une atmosphère assez belle avec peu de choses, finalement. Philippe Chevilley

L’expérience spectateur est tout à fait plaisante. C'est drôle par moments, jouissif à d'autres, un peu gênant à d'autres. Pour moi, c'est vraiment un spectacle adolescent dans tous les sens du terme, c'est-à-dire qu'on a tous les excès de l'adolescence : parfois un jeu un peu outré qui est, je crois, tout à fait volontaire de la part de Clément Poirée, qui sonne très juste à des moments, mais qui est peut être un poil trop outré parfois. C'est un spectacle assez coloré, il y a un côté un peu cartoon, même dans le jeu des acteurs, dans les faciès, dans les grimaces qu'ils peuvent avoir, dans les chansons. […] J’ai beaucoup aimé l’idée du dispositif quadri frontal. Le spectateur se retrouve vraiment en position d'observateur. On est en hauteur par rapport à cette scène. J’ai eu l'impression  d'être un peu une entomologiste en train de regarder cette dissection du sentiment amoureux. C'est un spectacle qui réunit toutes les générations et c'est agréable d'être dans une salle avec des âges aussi différents, des collégiens et lycéens jusqu'à public traditionnel de théâtre, et de vivre tout ça ensemble. Marie Sorbier

  • A l'abordage_,_d’ Emmanuelle Bayamack-Tam, d’après Le _Triomphe de l’amour_de Marivaux, mis en scène par Clément Poirée jusqu'au 18 octobre au Théâtre de la Tempête à Paris - Tournée à venir saison 2021/2022

Pésentation : “L’amour existe.” C’est sur ces mots, cette promesse d’éden, que s’achève Arcadie, le roman d’Emmanuelle Bayamack-Tam, autrice à qui Clément Poirée a commandé la réécriture du Triomphe de l’amour de Marivaux y décelant comme une figure inversée d’Arcadie. D’un côté, l’amour libre à Liberty House, de l’autre l’abstinence moralisatrice. Quel dialogue possible entre ces deux utopies ? Quelle voie choisir pour ces personnages porteurs de désir, qu’ils le clament ou qu’ils le cèlent au plus profond d’eux-mêmes ? L’effraction de Sasha dans ce monde fermé ne fait que le révéler davantage. Elle séduit tout le monde sans exception, comme le héros de Théorème de Pasolini. L’usage du faux emporte tout, l’amour devient une véritable arme de combat dans ce clash générationnel entre la jeunesse ardente des uns et la frilosité quasi sénile des autres. Emmanuelle Bayamack-Tam propose dans une langue d’aujourd’hui une relecture jubilatoire de l’utopie formulée trois siècles avant, une mise à l’épreuve de la philosophie d’Hermocrate devenu Kinbote. Un triomphe de nos corps désirants, l’amour inconditionnel comme horizon. À l’abordage ! ou comment conquérir son désir et gagner sa liberté. - Théâtre de la Tempête - 

➔ "Le théâtre et son double" "un programme touffu, échevelé, contradictoire et fascinant"

Le théâtre et son double mis en scène par Gwenaël Morin d'après Antonin Artaud - Scénographie Philippe Quesne
Le théâtre et son double mis en scène par Gwenaël Morin d'après Antonin Artaud - Scénographie Philippe Quesne Crédits : Martin Argyroglo

L'avis des critiques :

C'est un spectacle qui m’a beaucoup marquée et qui, je crois, va me rester en tête longtemps. D'abord par sa scénographie, absolument majestueuse. Il y a dans cette pièce un sens esthétique doublé d’un sens très fin du texte.
J'ai trouvé l’inconfort très pertinent, parce qu’ Artaud, est dans un inconfort permanent avec les mots, avec lui-même et je trouve que nous mettre dans une position d'inconfort (on est assis par terre pendant une heure et demie), c'est quand même pas si simple à vivre. Cet inconfort permanent, de notre propre corps à nous, est en résonance assez juste avec ce qui est entrain d'être dit, ça fait écho à ce qui est essentiel dans ce spectacle, le fait que ce soit un spectacle pour moi très premier degré (avec tout ce que ça englobe de positif). C’est un théâtre frontal, ce sont des mots qui tapent, qui résonnent. Le spectacle nous bouscule, c'est certain. Marie Sorbier

Ce qui est d’abord très réussi, c’est le dispositif. C'est important parce que Gwenaël Morin nous habitue plutôt à faire des spectacles où Il n'y a pas de décor. Là ça s'intègre totalement, ça paraît naturel. Pendant le spectacle on va être traversé par les acteurs traversés par les mots, tout à fait naturellement. Le propos de Gwenaël Morin, c'est d'aller humblement, vers le théâtre de la cruauté, de faire en sorte que ce soit le spectacle dans son ensemble, que les mots nous traversent. C'est un spectacle qui vous rentre de façon bizarre dans la tête et qui nous emporte ailleurs dans une forme de transe.  Philippe Chevilley

  • Le théâtre et son double, d'Antonin Artaud, mis en scène par Gwenaël Morin jusqu'au 14 novembbre au Théâtre Nanterre-Amandiers

Extrait de la présentation : C’est un programme touffu, échevelé, contradictoire et fascinant que propose Antonin Artaud dans la série d’essais réunis dans Le Théâtre et son double. Son livre présente ce paradoxe d’être à la fois une invitation pressante à faire du théâtre mais aussi à s’interroger sur sa possibilité ou son impossibilité. Artaud non seulement voit grand, mais son langage sans concession bouscule radicalement nos certitudes.  Comment restituer cette parole, qui tient autant du chuchotement que de la déflagration, dans l’espace de la scène ? Après s’être abondamment penché sur la question, Gwenaël Morin se frotte aujourd’hui à cette expérience vertigineuse en installant public et acteurs dans un espace aux vastes proportions, imaginé par le scénographe Philippe Quesne : une bulle immense dont la voûte élevée évoque une cathédrale, et la blancheur le ventre de Moby Dick, la baleine rêvée par Herman Melville. « Le plus bel art est celui qui nous rapproche du chaos », écrit Artaud, voulant dire notamment par là que l’art nous met en contact avec le mystère de la condition humaine. - Hugues Le Tanneur - 

L   I   T   T   E   R   A   T   U   R   E

➔ "L'homme en rouge", une plongée dans la Belle Époque, sous le regard acéré de Julian Barnes

Couverture du livre, L'homme en rouge de Julian Barnes
Couverture du livre, L'homme en rouge de Julian Barnes Crédits : Mercure de France

L'avis des critiques : 

C'est mon livre Doudou. _On sent clairement que l'époque avait besoin de ce livre_. Ce n'est pas un roman, c'est quelque chose d'autre, un livre très très documenté, magnifique ! C'est l'histoire d'un homme et d'une époque. D’une époque qui est très loin de la nôtre et en même temps qui lui ressemble beaucoup. C'est vraiment un livre qui m'a passionné. Laurent Nunez

J’ai bien aimé cet aspect livre érudit, un peu débridé, un mélange de biographie autour d'un personnage qu'on connaît peu ou pas, d'essai historique sur une époque. Et puis, cette réflexion sur l'esprit français, l'esprit anglais sans cesse mis en parallèle avec un regard assez amoureux de Jeanne d'Arc pour la France.. c'est vraiment un roman qui m'a beaucoup plu. Philippe Chevilley

Quatrième de couverture : «L’homme en rouge», peint par John Sargent en 1881, s’appelait Samuel Pozzi. Né à Bergerac en 1847, il allait vite devenir à Paris LE médecin à la mode, particulièrement apprécié des dames de la bonne société en tant que chirurgien et gynécologue. Beaucoup d’entre elles, dont Sarah Bernhardt, étaient aussi ses maîtresses et le surnommaient «L’Amour médecin».  À travers sa vie privée, pas toujours heureuse, et sa vie professionnelle, exceptionnellement brillante, c’est une vision en coupe de la Belle Époque qu’on va découvrir sous le regard acéré de Julian Barnes. Il y a d’une part l’image classique de paix et de plaisirs et, de l’autre, les aspects sombres d’une période minée par l’instabilité politique, les crimes et les scandales.  Un grand récit.

♥ Le coup de Coeur de Philippe Chevilley ♥ 

Pour Ohio de Stéphen Markley  chez Albin Michel

Un précipité de l'Amérique, époque pré-Trump, qui est totalement sombre et terrifiant. C'est vraiment un de mes coups de cœur de la rentrée. Philippe Chevilley

➔ "Sexy Summer", un récit initiatique de Mathilde Alet au coeur de l'été 

Couverture de Sexy Summer de Mathilde Alet
Couverture de Sexy Summer de Mathilde Alet Crédits : Flammarion

L'avis des critiques : 

C’est un joli roman initiatique. Il y a quand même une noirceur à certains moments et j'aime bien cette écriture. Il y a quelques facilités, mais je trouve que Mathilde Alet arrive, avec ce côté chronique hyper réaliste, à nous donner des couleurs très franches, des scènes très fortes. Il  y a du talent dans cette façon de traiter le sujet, de raconter cette histoire d'adolescence qui lui tient à cœur. Ce n'est pas un livre trop moraliste, c'est juste un petit livre sur la surface des choses qui effleure un personnage, qui effleure des êtres. C'est un roman sensible, Ça n’est pas le livre de l'année, mais c’est un joli roman. Philippe Chevilley

Il y a un désir de bons sentiments. On est vraiment dans un roman qui veut donner une leçon. Je m’interroge beaucoup sur la notion de leçon de bien dans la littérature,  Qu'est-ce que ça vient faire là-dedans ? Est ce qu'on ne peut pas raconter autre chose que de donner des leçons aux gens ? Ça doit passer par autre chose que littérature. La littérature n’est pas de la rhétorique, c'est de d'abord de l'art. La littérature a autre chose à faire selon moi. Laurent Nunez

Quatrième de couverture : « Elle n’a pas vraiment peur, de quoi aurait-elle peur ? Des chiens de garde assoupis, des curieux mal planqués, du mouvement d’un voilage ? Ce ne sont pas les inconnus qui l’effraient, ce sont ceux qui savent. Ici en un sens elle est sauve. Personne ne connaît le poids de l’amour dans son ventre. »
Juliette souffre de la « maladie des ondes ». Raison de son déménagement au cœur d’une zone blanche loin de Bruxelles. Fille de la ville, que va-t-il lui arriver dans ces paysages plats et mornes où la violence couve autant que l’humanité ?
L’étrangeté des campagnes belges forme le décor de ce roman âpre, l’histoire d’une jeune fille dont les rêves enfantins se heurtent à la difficulté de grandir.

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