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Épisode 8 :

1963 : Hannah Arendt, "Eichmann à Jérusalem"

59 min
À retrouver dans l'émission

Le "rapport sur la banalité du mal" suscite un intense débat international dès sa parution, dans le prolongement du procès Eichmann.

Hannah Arendt
Hannah Arendt Crédits : Fred Stein Archive - Getty

Eichmann à Jérusalem, rapport sur la banalité du mal, suscite un intense débat international dans le prolongement de ce qui a été présenté et vécu comme le "Nuremberg du peuple juif". Il s'agit d'une forme de portrait, réalisé par Hannah Arendt, philosophe allemande naturalisée américaine, d'Adolf Eichmann, l'un des grands organisateurs de la solution finale et de la déportation du peuple juif dans les années 1930-1940.

Hannah Arendt est-elle nazie ? Se demanda le Nouvel Observateur quand paru en France Eichmann à Jérusalem. Le ton est donné quant à l'accueil réservé à "la banalité du mal" dès sa publication en 1963. Cela ne devait être qu'un reportage pour le New Yorker sur le procès d'un dirigeant nazi tenu à Jérusalem en 1961, et la philosophe n'y est restée qu'un mois. 

Dressant un portrait ordinaire du dirigeant nazi, l'occidentale qu'elle est ne cacha pas son dégoût de la population orientale, "et la méfiance que lui inspirait l'establishment israélien", mais son regard froid et décalé fit scandale. 

Arendt aura osé prendre à bras le corps le mystère sans convoquer une mystique ou conforter son public. Annette Wieviorka

On ne trouva nulle grandeur satanique chez le monstre, un fonctionnaire sans imagination presque dupe de ses euphémismes. Les victimes de l'holocauste sont décrites comme des collaborateurs actifs de leurs assassins. Le propos suscite l'indignation, y compris celle des meilleurs amis de la grande Hannah Arendt, qui resta proche d'Heidegger

À ce sujet, Pierre Nora rapporte les propos de l'historien Léon Poliakov, qui critique vivement l'ouvrage, et le point de vue d'Hannah Arendt : 

Il a fallu une seconde lecture pour me rendre compte qu'il s'agit d'un ouvrage ignoble pour autant que l'expression ait un sens. Il ne peut laisser le lecteur moyen que sur l'impression que parmi les complices du génocide hitlérien, les juifs eux-mêmes se trouvent en bonne place de choix (...) Hannah Arendt parvient à créer cette impression grâce à ses talents dialectiques et aussi grâce au (...) fait qu'elle ne connaît que de troisième main tout, en philosophie, en histoire, en journaliste et en amateur. Léon Poliakov

En relisant le compte rendu qu'elle fait du procès, Hannah Arendt ne comprend pas l'émotion de la salle ou l'émotion de la population israélienne, d'où cette écriture scandaleuse. "Une grande philosophe et un petit livre", conclut Régis Debray.

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