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Le drapeau soviétique sur le Reichstag, Berlin, 1945
Épisode 2 :

La mort de Lady Diana et la fin de l'âge d'or des paparazzis

59 min
À retrouver dans l'émission

Les photos de la mort de Lady Diana ont été confisquées et n’ont jamais été publiées. Une imagerie invisible qui a contribué à créer un mythe et marqué la fin de l'âge d’or des paparazzis. Paradoxalement, le "people" n’a depuis cessé d’envahir toujours plus le monde médiatique.

Unes des journaux français consacrées à Lady Diana, décédée des suites d'un accident de voiture dans la nuit du 30 au 31 août 1997 dans le tunnel du Pont de l'Alma à Paris.
Unes des journaux français consacrées à Lady Diana, décédée des suites d'un accident de voiture dans la nuit du 30 au 31 août 1997 dans le tunnel du Pont de l'Alma à Paris. Crédits : Gabriel Bouys - AFP

Une carcasse de voiture noire, mais aucune photo des corps, même cachés sous une couverture. Les photos de la mort de Lady Diana sont confisquées par la police. Celles qui échappent à leur vigilance ne seront jamais publiées. La scène va nourrir l'imaginaire et sceller la fin de l'âge d'or des paparazzis.

La mort de Lady Diana

Ce fut un banal accident de la route, en plein Paris, provoqué par un excès de vitesse. Il est 00h25, c’est la nuit du 30 au 31 août 1997, la Mercedes-Benz se fracasse contre un pilier du tunnel du Pont de l’Alma.  

Jacques Langevin, photographe et grand reporter, connu pour sa couverture des événements de Tiananmen en Chine, était présent sur les lieux de l’accident. 

Je travaillais pour l'agence Sygma. Chaque week-end, des photographes étaient de permanence, supposés partir immédiatement s'il arrivait quelque chose. L’histoire de Diana et Dodi Al-Fayed durait depuis près d'un mois sur la Côte d'Azur, c'était devenu un feuilleton. Jacques Langevin 

On apprend très vite que Dodi Al Fayed, fils aîné du milliardaire égyptien Mohammed Al-Fayed, est mort sur le coup, ainsi que l’homme qui conduisait la voiture. Mais une seule information compte : le sort de la princesse. 

Diana Spencer, dont le mariage avait rassemblé 750 millions de téléspectateurs à travers le monde. Lady Diana, récemment divorcée du prince Charles, qui arrivait tout juste de Saint-Tropez, bronzée, radieuse, où elle avait ouvertement affiché son bonheur devant la presse people. La photographie était son arme de prédilection pour se rebeller contre la Couronne anglaise. 

Le pire, c'est que Diana ne demandait que ça. Il lui fallait des photographes. Moi qui étais à Saint-Tropez, je voyais trente Anglais sur un bateau qu'elle saluait tous les matins quand elle sortait de chez Dodi. Daniel Angeli 

Lady Diana à Saint-Tropez en 1997
Lady Diana à Saint-Tropez en 1997 Crédits : © FDD Angeli / Daniel Angeli

Dès l’annonce de la nouvelle, les photographes qui suivaient la voiture sont incriminés. Sept d’entre eux sont conduits au poste de police, interrogés par la brigade criminelle. La voiture fuyait « la meute », lancent immédiatement les journaux télévisés. Les paparazzis sont accusés d’avoir provoqué l’accident, et même d’avoir pris des images de Diana mourante. La photographie, doublement responsable donc :  couverte d’opprobre, elle se voit reprocher une pratique immorale

Paris-Match, par exemple, a toujours fait des couvertures de people. C'est comme ça qu'on vend un magazine, et non avec une actualité de news. Jacques Langevin 

On doit le terme de paparazzi au personnage emblématique de Paparazzo dans le film La Dolce Vita de Federico Fellini. Le cinéma ne cessera de forger l’image du paparazzi, photographe baroudeur, perçu comme un voyou. 

Pour Alain Genestar, ancien directeur de Paris-Match et actuel directeur de Polka Magazine, le paparazzi est à distinguer du journaliste people : « le paparazzi recherche une forme d'information, tandis que le journaliste people va souvent mettre en valeur une vedette. Il va faire du tapis rouge, ça n'a pas grand-chose à voir. Avec le paparazzi, il y a cette notion de risque, parfois même physique ».

C'est vrai qu'il y a un changement d'époque à la fin des années 90, qui correspond moins à la mort dramatique de Diana qu’à un métier et une société qui évoluent, parce que les paparazzades et les paparazzis ne s'arrêtent pas du tout. Voici, qui est au départ un journal familial, devient en 1997 le Voici que vous connaissez. Closer, un journal inspiré de la presse anglaise, naît en 2005. Quand je suis arrivé à Paris-Match en 1999, j'y suis resté pendant sept ans. A la fin il y avait des rivalités très fortes, y compris en termes de prix. Alain Genestar 

Brigitte Bardot à Saint-Tropez
Brigitte Bardot à Saint-Tropez Crédits : © FDD Angeli / Daniel Angeli

Les coulisses d’une photo de paparazzi

On surnomme Daniel Angeli le « roi » des paparazzis. Il signe son plus gros coup en 1992 avec une série sur la duchesse d’York, Sarah Ferguson, photographiée à Saint-Tropez avec son amant. Cette révélation sonnera sa séparation avec le Prince Andrew. 

J'allais où allaient les stars. Je faisais des saisons. Je louais une maison à Saint-Tropez parce que tout le monde y allait l'été, et un chalet à Gstaad l'hiver. Puis, à la rentrée, quand commençaient les théâtres, je rentrais à Paris. (…) Ce n'était pas désagréable ce métier, fait de cette manière. On n'était pas tout le temps sur des coups comme celui de Diana, qui a mal tourné. J'ai créé des amitiés sur des planques, avec Mathilde Seigner par exemple. Daniel Angeli 

Du côté des patrons de presse, récupérer une photo de paparazzi entraîne une délibération : décider de publier, ou pas. 

Le premier critère (pour décider de publier un document, ndlr.), c'est son honnêteté, son authenticité, ainsi que la dignité de ce que représente la photo. On ne publie pas n'importe quoi. À Paris-Match, comme dans tous les grands magazines d'images, il y a beaucoup de photos qui arrivent, encore plus maintenant avec les technologies modernes. Il y a donc une sélection en fonction de l'intérêt par rapport au public et par rapport au journal. Alain Genestar 

Avant de publier une photo, vous êtes obligé d'analyser toutes ses conséquences, qu'elle fasse partie du grand reportage, du reportage de guerre, avec tout ce que ça représente comme risques juridiques ou physiques, ou du people (...). Ce qui l'emporte toujours, ce sont deux critères mis à égalité : l'information et ce que représente l'image, si elle est destructrice. Alain Genestar

Gregory Peck et son fils Tony à Saint-Tropez en 1972
Gregory Peck et son fils Tony à Saint-Tropez en 1972 Crédits : © FDD Angeli / Daniel Angeli

De l’irrévérence à la révérence 

La photographie de paparazzi peut aussi servir des intérêts. Alain Genestar prend l’exemple de la principauté de Monaco, enclave de 200 hectares sur la Côte d'Azur, que les Américains connaissent mieux que la France. 

Toute la communication organisée par le Rocher était sous forme de presse people. Cela a profité énormément à la notoriété et donc au prix du mètre carré à Monaco. C'est un lieu star du monde et la photographie a mis en valeur cet endroit. Alain Genestar

Autre exemple côté français, le Président Emmanuel Macron a fait entrer à l’Elysée la « papesse » des paparazzis, Michelle Marchand

Archives et références musicales

  • Archive du Journal de 7h sur France Inter le 31 août 1997 annonçant la mort de Lady Diana
  • Extrait de La Dolce Vita, film de Federico Fellini
  • Archive de Clément Chéroux dans Projection privée sur France Culture le 10 mai 2014
  • Musique Gimme more de Britney Spears avec un extrait de la vidéo de Chris Crocker Leave Britney alone et un extrait du reportage Paparazzi à Hollywood : la chasse aux stars réalisé par Stéphane Malterre
  • Extrait du film Reporters de Raymond Depardon
  • Archive d'Emmanuel Macron dans l’Emission politique sur France 2 le 6 avril 2017
  • Musique de fin : Paparazzi de Lady Gaga

Du 7 août 2021 au 30 janvier 2022, les plus grands clichés, volés ou officiels, de Daniel Angeli sont exposés dans « Paparazzi de A à Z » sur le toit de la Grande Arche de la Défense.

Cinq photos révélatrices est une série proposée par Marielle Eudes, directrice de la Photographie de l'Agence France-Presse, ex-directrice de la rédaction, spécialiste de la Russie. En 1995, elle reçoit, avec le bureau de l’AFP-Moscou, le prix Albert Londres pour la couverture de la guerre en Tchétchénie.

Merci à François Cheval, auteur du texte qui a permis de décrire en introduction le poids de l’image invisible de la mort de Lady Diana, Anne Delaveau pour les archives INA et Karine Huyghes et la documentation d'actualité de Radio France.

Intervenants
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