LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
Le drapeau soviétique sur le Reichstag, Berlin, 1945
Épisode 4 :

Cindy Sherman : masques, métamorphoses et détournements

1h02
À retrouver dans l'émission

Cindy Sherman se métamorphose et multiplie les personnages. Masques, artifices, détournement... Comment l'œuvre de la photographe interroge-t-elle la notion d'identité et la représentation du genre ? Que montrent les visages en photographie mais aussi, plus largement, dans la pratique du selfie ?

"Untitled", 1981
"Untitled", 1981 Crédits : © Cindy Sherman Courtesy the artist and Hauser & Wirth

Sans titre. On voit une adolescente blonde, coupe courte, allongée sur le dos à même le sol carrelé, peut-être dans la cuisine d’une maison de campagne. Elle dégage une sorte de nonchalance et de vulnérabilité. Tout est orange… un orange des plus kitsch : le bronzage de la fille, son pull, sa jupe à carreaux qui prolonge le carrelage. Le cadre est serré. Vue du dessus, l’adolescente a l’air songeur, elle tient un papier froissé dans la main droite. L’ensemble dégage un air de pop culture adolescente…

« Je pensais à une jeune fille qui nettoyait peut-être la cuisine pour sa mère et qui a arraché quelque chose dans le journal, quelque chose qui demandait "Es-tu seul ?" ou "Voulez-vous être mon ami ?" ou "Voulez-vous partir en vacances ?" » expliquera Cindy Sherman « elle nettoie le sol, elle arrache ça, et se met à rêvasser. »

L’adolescente, c’est Cindy Sherman. Elle se met en scène dans chacune de ses images. C’est elle, mais ce n’est jamais elle. Déguisée. Maquillée. Transformée. Derrière les yeux bleus de Cindy Sherman, ce n’est pas elle qu’on voit, mais peut-être quelque chose de soi que l’on reconnaît. La spectatrice qui entre dans le personnage. Des portraits au-delà d'elle-même. Des apparitions. Des stéréotypes féminins, dont toute femme est consciemment ou inconsciemment prisonnière.

Je pense que ce qui me touche profondément dans son travail, c'est cette espèce de quête du beau qui est tellement extrême qu'elle en arrive à une disparition de soi-même. Cindy Sherman montre des gens qui veulent être quelqu'un d'autre. Des femmes qui, dans le "je", voudraient être un autre. Et de ce fait, il y a un phénomène d'effacement de soi-même. Valérie Belin, artiste plasticienne et photographe

Une image normative. Une féminité-mascarade. La beauté froide, l’héroïne cinématographique, l’adolescente, la mondaine, la fashion victime, la femme qui vieillit, le garçon. Cindy Sherman joue, s’amuse. Elle interroge l’identité, les codes sociaux, la représentation du genre, le côté artificiel de l’image qui travestit le réel, de l’image par laquelle on se construit. 

De manière ontologique, la photographie est le véhicule de clichés. Elle fabrique des clichés. Je trouve que le travail de Cindy Sherman montre ça aussi. Elle photographie des clichés, elle fait cliché et elle le déconstruit. Valérie Belin, artiste plasticienne et photographe

Plus encore que le modèle, ce qui est important, c’est celui-celle qui le regarde. L'œuvre est interactive… La femme est une autofiction.

À travers les âges, on a commencé, par différents truchements, à essayer d'imaginer l'identité comme quelque chose de fixe, figé, donné, pour bien identifier des catégories d'individus. La multiplication des images a permis de se réconcilier avec une perception de l'identité qui est évidemment multiple qui, grâce à la mascarade, se redécouvre. Marion Zilio, docteure en esthétique

Avec Valérie Belin, artiste plasticienne et photographe, Emmanuelle de l’Ecotais, docteure en histoire de l'art, spécialiste de l'œuvre de Man Ray, fondatrice et directrice artistique de Photo Days, et Marion Zilio, docteure en esthétique, enseignante à l'Université Paris 8 et autrice de l’ouvrage Faceworld, le visage du XXIe siècle (Presses universitaires de France, 2018).

Pour aller plus loin

Archives et références musicales

  • Veruschka part 1 par Herbie Hancock, bande originale du film Blow Up de Michelangelo Antonioni
  • Archive de Marie-Laure Bernadac, co-commissaire de l'exposition Cindy Sherman à la Fondation Louis Vuitton dans l'émission La Grande Table sur France Culture le 29 septembre 2020
  • Archive d'Ellen DeGeneres lors de la 86e Cérémonie des Oscars en 2014
  • Llorando par Rebeka Del Rio, bande originale du film Mulholland Drive de David Lynch
  • Archive de Cindy Sherman en 1986 dans le documentaire State of The Art sur Channel 4 (Grande Bretagne)
  • Virile par The Blaze

Cinq photos révélatrices est une série proposée par Marielle Eudes, directrice de la Photographie de l'Agence France-Presse, ex-directrice de la rédaction, spécialiste de la Russie. En 1995, elle reçoit, avec le bureau de l’AFP-Moscou, le prix Albert Londres pour la couverture de la guerre en Tchétchénie.

Merci à Anne Delaveau pour les archives INA et à Karine Huyghes et la documentation d'actualité de Radio France.

Intervenants
  • Artiste plasticienne et photographe
  • Docteure en Histoire de l'Art, spécialiste de l'œuvre de Man Ray, fondatrice et directrice artistique de Photo Days
  • Docteure en esthétique, enseignante à l'université Paris 8 Vincennes Saint-Denis dans l'UFR Art, Philosophie et Esthétique
L'équipe
Production
Réalisation
Avec la collaboration de
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......