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Comment les livres changent le monde
Épisode 11 :

1973 : Jean Raspail, "Le Camp des Saints"

1h
À retrouver dans l'émission

Plus un cauchemar en forme de parabole qu'un roman, le fantastique n'y vise pas à distraire mais à réveiller, où rôde l'angoisse de l'effondrement.

Jean Raspail
Jean Raspail Crédits : Micheline Pelletier - Getty

L'effondrement de l'Occident

"Roman", est-il écrit sur la couverture. Le camp des Saints, publié à Paris en 1973, est en réalité un cauchemar en forme de parabole. Le fantastique n'y vise pas à distraire, mais à réveiller; La sombre prophétie a aussitôt rebondi en anglais, aux États-Unis, relaye par Ronald Reagan, avant de revenir en France. 

L'auteur, Jean Raspail, déjà Consul de Patagonie, devint alors un sonneur de tocsin. Et la mauvaise conscience générale baisse les bras devant la submersion, la subversion venue du Gange. Le Big Other réussit là où le Big Brother avait échoué. 

C'est un tournant, l'angoisse de l'effondrement succède en Occident aux espérances de développement. (Régis Debray)

Le tiers-monde, jadis promesse de rédemption, l'est désormais d'expiation vengeresse. Le livre est un appel que l'on peut largement discuter à ce que Régis Debray nomme la "résistance, la renaissance d'un occident capitulard" 

La question qui le hante est : que fait-on lorsque le monde auquel on tient est en train de s'effondrer ? Pour répondre, il met en place une forme d'éthique de l'amitié qui doit irriguer la civilisation. C'est ce qu'on pourrait appeler une conscience apocalyptique. Le politique est présent dans son oeuvre, mais à travers une mutation poétique. (Mathieu Bock-Côté)

Récupération politique du poétique

Même s'il n'a pas peu contribué au simplisme de sa réception, il ne faut pas se faire une idée trop simple de Jean Raspail, prophète de malheur qui voit dans l'exotisme une possible résurrection des chevaleries d'antan. Une idée qui explique peut-être la récupération du livre par les mouvements identitaires et les nationalistes, notamment aux États-Unis, lorsque des proches conseillers de Donald Trump se réfèrent à l'ouvrage. 

Le monde américain pense la culture sous le signe de la race, ce qui peut expliquer les interprétations politiques. (Mathieu Bock-Côté)

Quoi qu'on pense du livre, l'auteur nomme une angoisse de notre temps, il parvient à capter une inquiétude, non déterminée sur le plan politique, ce qui explique que le livre ait trouvé de l'écho dans le débat contemporain.  

C'est un livre qui peut susciter la peur, mais qui peut aussi susciter des sursauts de noblesses. Par exemple, la solution, partagée ou non, présente l'amitié comme une valeur principale. (Etienne de Montety)

C'est peut-être un auteur réactionnaire, dans le bon sens du mot, pour un retour de l'homme occidental à sa source. Une source qui peut prêter à toutes sortes d'interprétations, mais qui, si elle est bonne, doit être d'ordre esthétique. (Régis Debray)

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