LE DIRECT
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.
"Une avant-garde polonaise" (© Muzeum Sztuki, Lodz & Ewa Sapka-Pawliczak), "Jean-Jacques Lequeu - Bâtisseur de fantasmes" (© BnF), "Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat et Pierre-Auguste Renoir, "La Balançoire" (© Musée d’Orsay)

Arts plastiques : Bâtisseur de fantasmes, "enfin une exposition Jean-Jacques Lequeu !"

57 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de cette émission arts plastiques, trois expositions : "Jean Jacques Lequeu (1757-1826)" au Petit Palais, "Renoir père et fils" au Musée d'Orsay, "Une avant garde polonaise" au Centre Pompidou et un livre coup de cœur : "Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat.

"Une avant-garde polonaise" (© Muzeum Sztuki, Lodz & Ewa Sapka-Pawliczak), "Jean-Jacques Lequeu - Bâtisseur de fantasmes" (© BnF), "Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat et Pierre-Auguste Renoir, "La Balançoire" (© Musée d’Orsay)
"Une avant-garde polonaise" (© Muzeum Sztuki, Lodz & Ewa Sapka-Pawliczak), "Jean-Jacques Lequeu - Bâtisseur de fantasmes" (© BnF), "Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat et Pierre-Auguste Renoir, "La Balançoire" (© Musée d’Orsay)

"Jean Jacques Lequeu (1757-1826) - Bâtisseur de fantasmes", jusqu'au 31 mars au Petit Palais

"L’Île d’amour et repos de pêche", BnF, département des Estampes et de la photographie (© BnF)
"L’Île d’amour et repos de pêche", BnF, département des Estampes et de la photographie (© BnF)

Commissariat : Laurent Baridon, Jean-Philippe Garric, Martial Guédron, Corinne Le Bitouzé et Christophe Leribault

Présentation officielle : Six mois avant de disparaître dans le dénuement et l’oubli, Jean Jacques Lequeu déposait à la Bibliothèque nationale l’une des œuvres graphiques les plus singulières et les plus fascinantes de son temps. Cet ensemble de plusieurs centaines de dessins présentés ici au public dans toute son étendue pour la première fois, témoigne, au-delà des premières étapes d’un parcours d’architecte, de la dérive solitaire et obsédante d’un artiste hors du commun.

Fort de l’outil précis et technique de l’épure géométrique et du lavis, qu’il truffe de notes manuscrites, Lequeu, à défaut de réaliser des projets, décrit scrupuleusement des monuments et des fabriques imaginaires peuplant des paysages d’invention. Mais ce voyage initiatique qu’il accomplit sans sortir de son atelier enrichi des figures et des récits tirés de sa bibliothèque, et qui le conduit de temples en buissons, de grottes factices en palais, de kiosques en souterrains labyrinthiques, se résout en fin de compte par une quête de lui-même. Tout voir et tout décrire, avec systématisme, de l’animal à l’organique, du fantasme et du sexe cru à l’autoportrait, est dès lors la mission qu’il s’assigne.

Typique représentant de ce milieu artisanal, qui tente à la faveur des Lumières et de la Révolution de s’élever socialement et de s’affranchir du monde des métiers, mais qui rapidement déchante, quand se reconstruisent un nouvel ordre et de nouvelles hiérarchies, Lequeu, fils de son siècle, celui du libertinage et des jardins anglo-chinois, n’en poursuit pas moins une voie entièrement libre et singulière. Réduit à un emploi de bureau subalterne, ignoré des gens en place, loin désormais de ses racines, mais affranchi de tout poids social ou académique, avec l’obstination tenace du bâtisseur, il a su traquer sans concession ses chimères.

L'avis des critiques :

Enfin une exposition Jean-Jacques Lequeu ! C’est la première consacrée à ce génie méconnu et mystérieux. Son œuvre n’a eu qu’une gloire posthume. Ce sont des dessins extrêmement beaux et détaillés. On ne sait plus dans quel ordre ces feuilles ont été données et Lequeu lui-même pratique l’auto-fiction, faisant de ces dessins un vrai jeu de piste. Stéphane Corréard

On voit une perfection graphique absolument inouïe, on est happé. Il a une formation de dessin technique et connaît parfaitement la géométrie. On a une symétrie, une rigueur tout à fait étonnante. C’est vraiment une exposition où l’on a le regard posé sur des choses absolument sidérantes. Il y a un plaisir de la difficulté à dessiner, ça frémit, ça gonfle. Corinne Rondeau

L’exposition met l’accent sur ce lien entre l’architecture et le corps qui est d’une ambiguïté totale. Le dessin qui fait l’affiche de l’exposition, « Il est libre », donne l’impression d’être une sculpture se détachant d’une arche en pierre. C’est tout l’éclectisme de Lequeu que montre cette exposition. C’est aussi un travail plein d’humour. Une fantaisie se dégage de cette œuvre. Anaël Pigeat

"Renoir père et fils. Peinture et cinéma.", jusqu'au 27 janvier au Musée d'Orsay

Jean Renoir (1894-1979), "Le Déjeuner sur l’herbe", 1959. Photogramme du film Paris, Studio canal "Le déjeuner sur l’herbe" (© 1959 STUDIOCANAL. Tous droits réservés)
Jean Renoir (1894-1979), "Le Déjeuner sur l’herbe", 1959. Photogramme du film Paris, Studio canal "Le déjeuner sur l’herbe" (© 1959 STUDIOCANAL. Tous droits réservés)

Commissariat : Sylvie Patry et Paul Perrin

Présentation officielle : L'exposition veut explorer le dialogue fécond et parfois paradoxal entre un père, Pierre-Auguste Renoir, et un fils, Jean Renoir, entre deux artistes, entre peinture et cinéma. Les points de contact entre l'oeuvre du cinéaste et du peintre vont au-delà d'un jeu d'influence et de transposition. Tout se passe comme si c'est en interrogeant la peinture de Renoir et de ses contemporains et, plus généralement, le XIXe siècle finissant, que Jean forge sa personnalité artistique et établit son autonomie de cinéaste. L'exposition revient de façon neuve sur son rôle dans la diffusion de l'oeuvre de son père, ses relations avec le milieu artistique et sa pratique de céramiste qu'il met en parallèle avec celle du cinéma, car potiers et cinéastes composent avec le hasard.

Les relations entre Pierre-Auguste et Jean sont jalonnées de portraits croisés, entre un fils qui a posé pour son père sans jamais l'avoir filmé, mais qui prépare pendant près de vingt ans sa biographie encore très lue aujourd'hui. A travers des tableaux, des extraits de films, des photographies, des costumes, des affiches, des dessins, et des documents, pour certains inédits, cette exposition pluridisciplinaire explore des thèmes (le rôle du modèle féminin par exemple) et des géographies (la Seine, Montmartre, le Midi) communs à deux oeuvres que réunissent peut-être plus sûrement encore un goût de la liberté et une profonde humanité.

L'avis des critiques :

C’est une exposition qui se situe plutôt du point de vue de cinéma, en examinant la manière dont l’œuvre de Renoir père remonte dans celle de son fils. L’exposition se situe forcément du point de vue de l’humain. On est saisi par ces destinés singulières. On examine aussi le rapport de Jean Renoir aux tableaux de son père. C’est la présence indirecte du père chez le fils qui est pour moi la plus intéressante. Anaël Pigeat

On a eu une exposition assez similaire il y a 12 ans à La Cinémathèque, qui dans mon souvenir se déroulait beaucoup mieux. Je regrette qu’il n’y ait pas des sculptures ou des gravures de Renoir père. On voit que les rares interactions de Jean Renoir avec son père ont finalement lieu quand il pose pour lui. Stéphane Corréard

Je suis contente de la première salle, de revoir ses paysages. Les personnages ne sont pas déterminés, on a des silhouettes lointaines et floues. En revanche, je ne suis pas réconciliée avec les gros plans et les portraits. L’exposition se tient sur son fil, elle s’en sort. Toute cette question de la nature et du mouvement qui est jeu se présente de manière très simple dans l’exposition. Corinne Rondeau

"Une avant garde polonaise : Katarzyna Kobro et Wladyslaw Strzeminski", jusqu'au 14 janvier au Centre Pompidou

Katarzyna Kobro, "Kompozycja przestrzenna (4)", "Composition spatiale (4)", 1929, Muzeum Sztuki, Lodz. (© Muzeum Sztuki, Lodz & Ewa Sapka-Pawliczak)
Katarzyna Kobro, "Kompozycja przestrzenna (4)", "Composition spatiale (4)", 1929, Muzeum Sztuki, Lodz. (© Muzeum Sztuki, Lodz & Ewa Sapka-Pawliczak)

Commissariat : Mnam/Cci, Karolina Ziebinska-Lewandowska, Jaroslaw Suchan

Présentation officielle : Poursuivant sa politique d’élargissement du canon artistique aux territoires ou figures marginalisés pour des raisons géographiques ou politiques, le Centre Pompidou met à l’honneur l’avant-garde constructiviste polonaise des années 1920. Articulée autour de deux figures majeures du constructivisme, Katarzyna Kobro et Władysław Strzemiński, l’exposition vous conduit au gré d’un parcours historique complet à travers leur création dans tous les domaines, artistique, typographique ou du design industriel. Réalisée avec le musée d’art de Lodz (Pologne), fondé par Kobro et Strzemiński et auquel ils ont confié la majorité de leurs œuvres, l’exposition permet de découvrir leurs univers riches et originaux, méconnus du grand public du fait des tourments de l’histoire qui ont marqué leur vie et leur pays.

Radicaux dans leurs postures artistiques, ces deux artistes inscrivent leurs idées dans une pratique quotidienne à travers l’enseignement, les éditions et l’organisation de la vie artistique. En couple dans la vie privée, ils travaillent main dans la main ; tandis que Kobro développe le langage moderne de la sculpture, Strzemiński développe celui de la peinture. Si ce dernier reste connu pour la théorie de l’unisme poussant à bout l’idée de l’autonomie organique de la peinture, Kobro l’est pour sa théorie de la sculpture comme forme d’organisation de l’espace. Tous deux sont aussi à l’origine d’une des premières collections publiques d’art contemporain en Europe, qui ouvre en 1931. (...)

L'avis des critiques :

Je trouve cette exposition absolument admirable et suis convaincue qu’il faut aller la voir. Il est important de constater qu’il y a eu un travail extrême de deux gens qui se sont retrouvés entre la Russie et l’Allemagne. Ils travaillent sur des spécificités et sont à l’orée de l’utopie réelle. Je crois qu’ils ont fait ce que n’a pas fait Malevitch. On a des tableaux d’une telle densité qu’ils sont d’une immobilité extrême. C’est du volume à plat. Corinne Rondeau

C’est une vraie découverte, mais pour moi la découverte de l’eau tiède polonaise. Leurs œuvres sont similaires à bien des égards. L’exposition est conçue en trois temps. Pour moi ces trois temps ont un intérêt, mais aussi des faiblesses. La troisième partie est une vraie catastrophe. Le pompon c’est les œuvres abstraites socialistes, comme alternative au réalisme socialiste. Stéphane Corréard

Ils ont tout deux une pratique dans le siècle, considèrent que l’art doit être lié à la société. Il faut savoir que ces avant-gardes polonaises ont vécu très retranchées derrière le rideau de fer. C’est une exposition absolument passionnante qui pourrait avoir un peu plus de remise en contexte. Avec les paysages marins des années 30, on opère un basculement et la création d’un lien avec le réel. Anaël Pigeat

>> LE COUP DE CŒUR DE CORINNE RONDEAU : "Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat (Editions Le Bec en l'air)

"Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat (Editions Le Bec en l'air)
"Les métamorphoses de l'argentique" de Denis Brihat (Editions Le Bec en l'air)

Présentation officielle : Denis Brihat, photographe installé en Provence et internationalement célébré, a consacré une œuvre immense à une obsession unique : la nature. Il porte sur elle un regard intense et sensible, mélange de sensualité et de rigueur, d’engagement et de pratique quotidienne. Son œuvre révèle le monde invisible des cerisiers en fleurs, des coquelicots, des oignons, des herbes folles, affirmant une harmonie, une architecture cosmique, une présence énigmatique et sacrée.

La particularité du travail de Denis Brihat réside aussi dans la technique qu’il utilise pour réaliser ses « tableaux photographiques », avec la volonté de reconstituer au plus juste les couleurs de la nature pour mieux les transfigurer. Il a exploré comme peu de professionnels les immenses possibilités chromatiques de la chimie liée à la photographie argentique, faisant appel à des procédés complexes souvent tombés en désuétude notamment pour colorer un tirage en noir et blanc. Chacun de ses tableaux photographiques nécessite au moins une semaine de travail, parfois plusieurs, pour parvenir à cette palette subtile et profonde. Les nombreuses variations qu’il expérimente donnent alors naissance à de grandes séries autour d’un même végétal, comme ses célèbres poires, oignons, kiwis ou citrons.

Cet ouvrage met en lumière, à travers plus de 120 photographies réalisées depuis la fin des années 1960, la démarche de ce grand artiste, indissociable de ses choix de vie. Il permet une immersion dans un univers de recherches qui, année après année, création après création, donne à Denis Brihat une place rare dans l’histoire de la photographie. Les textes qui les accompagnent, issus de la retranscription d’enregistrements d’entretiens inédits avec le photographe, révèlent des connaissances exceptionnelles, à la valeur patrimoniale inestimable.

Ce livre est tout à fait admirable en terme de reproduction des images. C’est un objet exceptionnel. Denis Brihat va travailler comme un chimiste. N’être qu’à travers sa sensibilité, c’est ça qui est incroyable. Il photographie des choses qu’on ne regarde pas, autrement dit nous indique comment prendre au sérieux un oignon. Corinne Rondeau

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Critique d'art, directeur du salon Galeristes, participe à La Dispute sur France Culture, signataire de la Tribune “Non au «cadeau» de Jeff Koons” dans Libération
ⓘ Publicité
Radio France ne vous demandera jamais de communiquer vos coordonnées bancaires.

France Culture

est dans l'appli Radio France
Direct, podcasts, fictions

INSTALLER OBTENIR

Newsletter

Découvrez le meilleur de France Culture

S'abonner
À venir dans ... secondes ...par......