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En haut : Tania Mouraud ; En bas à gauche : Clément Cogitore ; à droite : Harmony Korine / Crédits : Centre Pompidou Metz, uni France films,  Schildhorn/BFA/REX/Shutterstock

Arts plastiques : "Je connaissais un cinéaste, j'ai découvert un plasticien"

55 min
À retrouver dans l'émission

La Dispute rassemble ce soir ses trois critiques autour du travail de : Tania Mouraud et son exposition "From Chaos to Art", Clément Cogitore et "Braguino ou la communauté impossible", et enfin d'Harmony Korine, exposé dans deux lieux réputés.

En haut : Tania Mouraud ; En bas à gauche : Clément Cogitore ; à droite : Harmony Korine / Crédits : Centre Pompidou Metz, uni France films,  Schildhorn/BFA/REX/Shutterstock
En haut : Tania Mouraud ; En bas à gauche : Clément Cogitore ; à droite : Harmony Korine / Crédits : Centre Pompidou Metz, uni France films, Schildhorn/BFA/REX/Shutterstock

From Chaos to Art, de Tania Mouraud (du 14 octobre au 25 novembre à la galerie Rabouan Moussion)

Présentation officielle : Tania Mouraud, figure majeure de l’art contemporain français, n’a eu de cesse de réactualiser sa pratique. Prenant bien souvent la tangente quant aux « tendances », vis-à-vis desquelles elle propose une contre-culture visuelle en filigrane, elle s’inscrit dans l’histoire de l’art en tant que personnalité féminine et lettrée autodidacte dans un milieu longtemps marqué du sceau patriarcal. Par l’expérimentation raisonnée de chaque médium à sa disposition, elle s’est construit un parcours artistique personnel et engagé, que des œuvres protéiformes marquent comme des balises.

Je considère que je suis une citoyenne pensante, j’ai mon avis sur la cité, sur la politique au sens grec du terme. Et c’est un avis que je partage

En 2015, le Centre Pompidou-Metz lui consacre une rétrospective attendue, qui reconnaît à cette artiste une place historique dans le paysage contemporain français. La galerie Rabouan Moussion présentera du 14 octobre au 25 novembre 2017 « From Chaos to Art », une exposition personnelle.

En 1968, de retour de la documenta de Kassel, Tania Mouraud brûle la totalité de ses toiles. Depuis cet autodafé, geste artistique fondateur, elle s’adonne avec autant de pertinence à l’installation et à la sculpture qu’à l’intervention dans l’espace public, la photographie, la vidéo, la création sonore ou la performance, affichant une longévité certaine sur la scène artistique car toujours ancrée dans des problématiques actuelles. Dès ses débuts, elle évolue dans les cercles artistiques majeurs de sa génération – fréquentant notamment la Monte Young, Eliane Radigue, Denis Oppenheim, Terry et Ann Riley, Bernar Venet, Dan Graham, Ben, … Quant à sa démarche, au terme d’universalité, l’artiste préfère la notion d’humanisme, ses créations actuelles portant sur des thématiques qui couvrent le cours de notre civilisation dans son ensemble : « Traversées par la guerre, la Shoah, et plus récemment la mutilation de la Terre mère, […] l’artiste poursuit sa réflexion sur la mécanisation de la destruction [et] sur toutes les formes de l’anéantissement ». Nous pouvons ajouter qu’elle embrasse la totalité des formes de la disparition, tantôt la provoquant, tantôt isolant la trace de ses processus afin de les porter au regard. Elle se positionne en passeur, chaque création véhiculant une charge émotionnelle forte à l’adresse du regardeur, à qui elle destine son œuvre comme une confidence ayant trait à son ressenti face au monde.

From Chaos to Art (2017) – du chaos à l’art donc, paroles empruntées à Leonard Cohen. Jouant sur la polysémie du terreau dans lequel elle ancre les racines de son travail, Tania Mouraud a choisi la phrase d’un autre auteur pour faire œuvre, appliquant ce que Charles Reznikoff identifie comme de la « poésie ready made ». Le titre de l’exposition est également celui d’une écriture presque illisible tendue en grand format, des « mots de forme » selon l’expression d’Elisabeth Lebovici. Le mot, ses lettres, y deviennent un matériau qui brouille la perception du spectateur et entrave son regard habitué à une lecture confortable; le signifiant s’efface presque au profit de la plasticité du signe.

Savoir activer plusieurs niveaux de lecture est une qualité qu’aura été capable de cultiver cette artiste pédagogue, qui a longtemps enseigné l’art en dehors des sphères privilégiées de la capitale. Dès ses débuts, elle revendique une pratique « admissible pour l’élite et compréhensible pour la concierge », et aujourd’hui encore, œuvre à éveiller la conscience du plus grand nombre dans l’espoir sans doute que les héros silencieux que nous sommes parviennent à réveiller l’Histoire.

Frédéric Bonnet :

J'aime le fait que son travail n'est jamais directement violent.

Anael Pigeat :

Son art n'est jamais donneur de leçons.

Corinne Rondeau :

Sa composition de l'organique et de l'abstrait est une intention forte.

Crédits : Courtesy the artist and Rabouan Moussion gallery
Crédits : Courtesy the artist and Rabouan Moussion gallery

Harmony Korine

Corinne Rondeau :

Je connaissais le cinéaste, j'ai découvert un plasticien.

Frédéric Bonnet :

Sa peinture prolonge ses questionnements de cinéaste : les corps deviennent des ectoplasmes.

L’événement Harmony Korine, au centre Pompidou (du 6 octobre au 5 novembre)

Présentation officielle : L’exposition dédiée au cinéaste et plasticien Harmony Korine montre pour la première fois en France l’ensemble de la production de l’artiste depuis l’adolescence.

Issu de la culture underground, Harmony Korine a été révélé à dix-huit ans en signant le scénario de Kids, long métrage tourné par Larry Clark en 1995, avant de réaliser Gummo (1997) puis Julien Donkey-Boy (1999). Jetant un œil acerbe sur la société américaine, il s’intéresse particulièrement à la jeunesse et aux individus inadaptés, comme dans Mister Lonely (2007), Trash Humpers (2009) et le détonnant Spring Breakers (2012), succès critique et public. Il mélange, tout au long de sa filmographie, styles de narration et textures d’images, de la vidéo au numérique, du court métrage à la publicité.

Expérimentateur inlassable, il pratique dans un même temps la peinture, la photographie et l'écriture poétique et humoristique pour tendre, au gré d'erreurs et de jeux, vers une « esthétique unifiée », proche du romantisme. Autopsie collective d’une Amérique des marges mais aussi déambulation intime dans un univers fantomatique, le travail multidisciplinaire d’Harmony Korine, apparemment éclaté, invite à une expérience de l’image en mouvement. Du monumental au microscopique, de poèmes et dessins aux séries de toiles entêtantes, les images et leurs fantômes viennent peu à peu hanter le regardeur.

Crédits : Mars Films
Crédits : Mars Films

Harmony Korine, à la galerie du jour (du 14 septembre au 28 octobre)

Présentation officielle : Figure de proue de la pop culture de la fin des nineties et du cinéma indépendant américain, Harmony Korine est à la fois cinéaste, écrivain et plasticien. Sa rencontre avec agnès b. résonne comme une évidence. Elle aura lieu en 1999 autour de Julien Donkey Boy (Love Streams agnès b. Productions prendra en charge le sous-titrage pour en permettre la sortie française), marquant ainsi le début d’une amitié complice et d’échanges autour de nombreux projets artistiques.

La galerie du jour a aujourd’hui le plaisir de présenter son travail de plasticien, de 1998 à 2017.

Crédits : galerie du jour
Crédits : galerie du jour

Braguino ou la communauté impossible, de Clément Cogitore (du 15 septembre au 23 décembre au BAL)

Présentation officielle : Clément Cogitore s’est rendu en 2016 à Braguino, du nom de la famille vivant dans quelques cabanes de bois perdues au fond de la Taïga sibérienne, à 700 km de toute présence humaine. Par ce geste, il souhaitait percer le mystère de la volonté d’un homme, Sacha Braguine, issu d’une communauté de Vieux Croyants, qui décida d’installer là sa famille il y a plus de trente ans, avec l’espoir de vivre en paix, dans l’autarcie la plus complète, et de construire un modèle de vie autosuffisant. Très rapidement pourtant, ce paradis devient la scène d’un conflit ouvert entre deux familles ne parvenant pas à cohabiter. L’échec d’une communauté possible composera l’axe central du travail filmique, photographique et sonore de Clément Cogitore.

Plongée dans l’obscurité, l’installation au BAL immerge le visiteur, au coeur d’un récit en actes, où chaque fragment filmique se révèle une pièce de l’intrigue, avec unité de temps, de lieu et d’action : l’arrivée à Braguino en hélicoptère, le rêve de Sacha, une chasse à l’ours, l’île mystérieuse où se réfugient des enfants livrés à eux-mêmes; enfin, la montée en intensité d’une menace de conflit armé. Tout cela nous projette dans un monde de plus en plus crépusculaire, comme en témoignent les grandes photographies lumineuses aux tonalités sourdes qui jalonnent cette traversée.

Avec pour aiguillons les éléments d’une dramaturgie très archaïque évoquant la construction conflictuelle des grands mythes, Braguino relate l’expérience d’une double impossibilité : celle de fuir et celle de rester, c’est-à dire de composer avec l’Autre, la part maudite de soi. Au-delà d’une simple étude ethnographique, Clément Cogitore livre ici un conte cruel « révélateur d’un instant de bascule de notre civilisation». Si ce monde est voué à disparaître, de quoi cette disparition est-elle le signal ?

Arnaud Laporte :

C'est un travail très académique dont la forme très lisse m'empêche de ressentir quoique ce soit.

Anael Pigeat :

Cogitore est comme un peintre qui traite un même sujet, Braguino, dans différentes variations.

Corinne Rondeau :

C'est trop propre pour que son travail me prenne.

Frédéric Bonnet :

La forme prise par l'exposition est grandiloquente alors qu'ils auraient pu faire beaucoup plus simple.

Crédits : Clément Cogitore / ADAGP, Paris 2017
Crédits : Clément Cogitore / ADAGP, Paris 2017

Interludes musicaux

  • Extrait du film Braguino
  • Frantic Piano, Francis Lockwood
  • Daddy Never Understood, Deluxx Folk Implosion

Vos commentaires

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Journaliste au Journal des Arts

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