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De gauche à droite : Collection Marin Karmitz ; Affiche Etre pierre ; Performance !

Arts plastiques : "J'ai eu l'impression d'être emportée dans un musée où on traverse non pas l'histoire, mais son fantôme"

57 min
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La Dispute dresse le bilan critique de trois expositions : Performance ! à Lille qui fête les 40 ans du centre Pompidou, "Etranger résident" met en valeur la collection du fondateur des cinémas mk2, Marin Karmitz et "Etre pierre" au musée Zadkine.

De gauche à droite : Collection Marin Karmitz ; Affiche Etre pierre ; Performance !
De gauche à droite : Collection Marin Karmitz ; Affiche Etre pierre ; Performance ! Crédits : Maison rouge, musée Zadkine, Guy de Cointet

PERFORMANCE ! , du 6 octobre au 14 janvier 2018 au Tripostal (Lille)

Présentation officielle : Le Centre Pompidou fête ses 40 ans en 2017 partout en France. Pour partager cette célébration avec les plus larges publics, il propose un programme inédit d’expositions, de prêts exceptionnels, de manifestations et d’événements pendant toute l’année.

Performance ! bouscule la pratique de l’exposition. Le projet met en scène une histoire singulière, jouant de l’instant éphémère et de sa possible répétition par l’image ou le reenactment. S’y croisent les nombreux domaines artistiques qui convergent dans l’oeuvre performée : la danse et la chorégraphie, la musique et les pratiques sonores, le langage du geste construit par toutes les possibilités du corps, les dispositifs ouverts d’installations participatives ou immersifs, plaçant au cœur de l’œuvre l’expérience du spectateur.

Performance : le mot résonne au-delà du champ artistique. Venu des arts du spectacle (dans la tradition anglo-saxonne), et de la culture sportive, le terme imprègne aujourd’hui les sociétés postindustrielles, avec leurs « indicateurs » évaluant chaque secteur de l’activité humaine. C’est également une pratique implicite des médias sociaux, où les relations se forment et s’inventent par et à travers les représentations de soi. L’historien Stephen Greenblatt a mis en évidence une culture très sophistiquée du Self-fashioning dès la Renaissance, autrement dit la construction consciente d’une image du moi social. C’est aujourd’hui un comportement tout entier qui s’élabore quotidiennement dans le prisme de la technologie.

L’art du 20e siècle s’est saisi de l’idée de performance pour en reformuler les termes, en faire une pratique critique : répondre à l’accélération du temps tout en y opposant des stratégies autres, retournant et subvertissant le principe de productivité. L’intensification de ces formes d’art au 21e siècle pose plus encore la question de l’expérience. Elle renouvelle ce vitalisme critique, réinvente l’ici et maintenant, ravive la question posée par Spinoza : « que peut un corps ? ».

Dans les amples espaces du Tripostal et de la Gare Saint Sauveur, l’exposition réunira chefs-d’oeuvre, pièces rares et créations, suggérant des dialogues inédits et des lignes de fuite multiples. De grandes installations vidéo en formeront l’armature, que viendront habiter des performances live. Au Tripostal, le parcours se développe autour de trois axes : Mouvement sur mouvement, Scènes de gestes et Objets d’écoute. Un programme de performances viendra en contrepoint.

Et aussi : les célèbres Nuits du Tripostal, des performances, le spectacle In Plain Site présenté par l’Opéra de Lille, la Cantine du Tripostal, la boutique…

Florian Gaité :

C'est une exposition importante car les expositions sur la performance sont rares.

La performance ne met pas seulement en jeu le corps ; elle s'empare aussi du langage.

Stéphane Correard :

Le titre est trompeur car l'exposition dresse un portrait lacunaire de la performance : le corps est absent. Ça montre davantage un au-delà de la performance.

Corinne Rondeau :

C'est une exposition stimulante !

New Skin (2002)
New Skin (2002) Crédits : Doug Aitken

Etranger résident - La collection Marin Karmitz, du 15 octobre au 21 janvier à la Maison rouge (Paris)

Présentation officielle : La maison rouge poursuit son cycle d’expositions consacré aux collections privées. Après Artur Walther en 2015 et Bruno Decharme en 2014, c’est au tour de Marin Karmitz de dévoiler, pour la première fois, un ensemble important de sa collection, soit près de 400 oeuvres qui interrogent notre manière d’être au monde.

Cette collection, patiemment réalisée depuis une trentaine d’années, est la dernière réalisation et production de cet homme plus connu pour les films qu’il a aidé à mettre au monde et pour les salles de cinéma MK2 qui ont transformé les quartiers de Paris où elles se sont implantées.

Ayant commencé sa carrière comme cinéaste, c’est en cinéaste qu’il a imaginé la présentation des centaines de photographies, tableaux, sculptures, dessins, vidéos exposés à cette occasion.

L’exposition est un scénario qui entremêle plusieurs histoires. Comme toute collection, celle-ci forme un autoportrait en creux du collectionneur, chaque œuvre nous en dit un peu plus sur ses centres d’intérêts, convergents ou divergents en apparence.

Au fil du parcours, la pratique du collectionneur se révèle, le choix des artistes qui l’ont ému, la constitution patiente d’ensembles cohérents d’un même artiste qu’il soit photographe ou plasticien, le dialogue continu instauré avec certains d’entre eux.

Les œuvres évoquent également une époque (le XXème siècle et ses tragédies), des lieux (de l’Europe aux Etats-Unis) à travers différents médiums : la vidéo, la photographie, la peinture, le dessin, la sculpture et plusieurs installations de grande ampleur (Annette Messager, Christian Boltanski, Abbas Kiarostami, Chris Marker) où le noir et blanc domine sans être exclusif.

Résolument personnelle, engagée, exigeante et pas toujours aimable, cette collection montrée pour la première fois, quasi intégralement, est exceptionnelle par la qualité des œuvres et des ensembles qui la composent.

Les nombreux artistes présents ont pour point commun d’avoir été choisis et mis en scène par Marin Karmitz. Est-ce le seul ? Pendant le générique de fin, le spectateur aura tout loisir de répondre à cette question et d’imaginer sa propre histoire.

Florian Gaité :

C'est une exposition tellement émouvante qu'elle est parfois difficilement supportable.

Corinne Rondeau :

Je n'ai pas eu la sensation de voir une collection mais d'être emportée dans un musée où on retraverse non pas l'histoire, mais son fantôme.

Stéphane Correard :

C'est à la fois un autoportrait et une histoire terrible et répétitive de l'Occident au XXe siècle.

Ce n'est pas une exposition manichéenne ; elle porte un regard multiple sur les tragédies du siècle.

Etre pierre, au musée Zadkine du 29 septembre au 11 février 2018

Présentation officielle : S’appuyant sur l’œuvre sculptée en pierre d’Ossip Zadkine (1890-1967), l’exposition propose une réflexion sur ce matériau de tout temps privilégié des artistes. Réunissant des œuvres de plusieurs générations d’artistes et tous médiums confondus – sculpture, dessin, photographie, vidéo ou film -, elle est pensée comme un récit, qui ne prétend pas à l’exhaustivité mais favorise le dialogue entre archéologie, arts premiers, art moderne et pratiques contemporaines.

Dans le contexte écologique actuel, l’attrait des artistes pour la pierre s’est en effet accru ces dernières années, invitant à s’inscrire dans un temps et une dimension géologiques. Cette perspective ouvre des voies nouvelles, tant l’échelle des cycles sédimentaires, les mouvements tectoniques et les temporalités vertigineuses questionnent la place de l’homme dans son environnement.

A l’occasion du cinquantenaire de la mort de Zadkine, le musée souhaite rendre hommage au sculpteur russe, renouveler le regard porté sur son œuvre, et apporter un éclairage inédit sur la part dynamique du minéral.

Stéphane Correard :

L'exposition va heureusement plus loin que la fascination enfantine pour les pierres.

Corinne Rondeau :

L'exposition montre la pierre dans tous ses états.

Florian Gaité :

C'est moins l'analyse de la pierre en tant que telle que cette tentative humaine de se projeter dedans, d'y insuffler la vie.

Vénus (abri Pataud, Les Eyziesde- Tayac-Sireuil, Dordogne), Paléolithique supérieur, moulage, 15 × 20 × 9 cm, Paris, Muséum national d’histoire naturelle, musée de l’Homme
Vénus (abri Pataud, Les Eyziesde- Tayac-Sireuil, Dordogne), Paléolithique supérieur, moulage, 15 × 20 × 9 cm, Paris, Muséum national d’histoire naturelle, musée de l’Homme Crédits : Cliché Deluc

Interludes musicaux

  • Jewel, Hassan Khan
  • Impressionnist, After in Paris
  • After the Rain, Jérome Plasseraud

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Intervenants
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Critique d'art, directeur du salon Galeristes, participe à La Dispute sur France Culture, signataire de la Tribune “Non au «cadeau» de Jeff Koons” dans Libération
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1

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