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de gauche à droite : "Où est la maison de mon ami ?" (© Tammam Azzam  Bon Voyage, Damas, 2013, archival print on cotton paper), "Vânătorul de imagini" (© Mircea Cantor) et "Fernand Khnopff" (Méduse endormie, 1896. © Collection Particulière)

Arts plastiques : Fernand Khnopff, "c’est une peinture éminemment silencieuse"

55 min
À retrouver dans l'émission

A l'occasion de cette Dispute arts plastiques, nous abordons l'exposition du Petit Palais consacrée à Fernand Khnopff. Il est également question de "Mircea Cantor, Vânatorul de imagini" au Musée de la Chasse et de la Nature et de "Où est la maison de mon ami ?" à La Maison des Arts de Malakoff.

de gauche à droite : "Où est la maison de mon ami ?" (© Tammam Azzam  Bon Voyage, Damas, 2013, archival print on cotton paper), "Vânătorul de imagini" (© Mircea Cantor) et "Fernand Khnopff" (Méduse endormie, 1896. © Collection Particulière)
de gauche à droite : "Où est la maison de mon ami ?" (© Tammam Azzam Bon Voyage, Damas, 2013, archival print on cotton paper), "Vânătorul de imagini" (© Mircea Cantor) et "Fernand Khnopff" (Méduse endormie, 1896. © Collection Particulière)

"Fernand Khnopff (1858-1921), Le maître de l'énigme" jusqu'au 17 mars au Petit Palais

Commissariat : Michel Draguet, Christophe Leribault, Dominique Morel

Présentation officielle : Artiste rare, le maître du Symbolisme belge n’a pas bénéficié de rétrospective à Paris depuis près de quarante ans.

L’exposition rassemblera une centaine de pièces emblématiques de l’esthétique complexe de Fernand Khnopff, peintre, dessinateur, graveur, sculpteur et metteur en scène de son oeuvre. L’artiste joue avec les thèmes, du portrait aux souvenirs oniriques, du fantasme au nu, et invite à la rêverie et à une réflexion sur l’identité.

Les œuvres majeures de Khnopff seront mises en regard avec celles d’artistes de son temps, de Gustave Moreau à Klimt et Von Stuck, permettant de le replacer dans le contexte de l’Europe fin-de-siècle.

Ainsi l’exposition tentera de recréer dans sa scénographie le parcours initiatique de sa fausse demeure qui lui servait d’atelier, comme celle du Palais Stoclet où se marièrent à Bruxelles les esthétiques belge et viennoise. Renonçant à la chronologie, elle abordera les grands thèmes qui parcourent son oeuvre, des paysages aux portraits d’enfants, des rêveries inspirés des Primitifs flamands aux souvenirs de Bruges-la-morte, des usages complexes de la photographie jusqu’aux mythologies personnelles, placées sous le signe d’Hypnos.

L'avis des critiques :

C’est un peintre tout à fait intéressant et une peinture assez saisissante, d’abord par ces cadres qu’il réalisait lui-même. L’usage qu’il fait de la photographie est une manière de mettre à terre le réalisme. La scénographie est très imposante. Il y a une volonté de restaurer l’idéal et la beauté par le biais du symbolisme. Ces regards sont soit vides, soit vous traversent. Corinne Rondeau

J’ai trouvé cette exposition assez passionnante. Le personnage lui-même relève d’un mystère absolument insondable. Je trouve que parfois les effets scénographiques du Petit Palais sont un peu trop poussés, ici cela sied vraiment à l’exposition. C’est une peinture éminemment silencieuse, il n’y a jamais un tableau qui lève la voix plus haut qu’un autre. Frédéric Bonnet

Il y a peut-être quelque chose de très sourd et très atone, mais c’est quand même de la lave sous la glace qui ne demande qu’à jaillir. C'est moins le réel que le présent qui est absent chez Khnopff. Il y a une fuite très caractéristique par rapport au présent. Il est avant tout singulier et égoïste, avec cette devise personnelle : « on n’a que soit ». Stéphane Corréard

"Mircea Cantor, Vânatorul de imagini" jusqu'au 31 mars au Musée de la Chasse et de la Nature

Commissariat : Claude d’Anthenaise

Présentation officielle : Dans le cadre de la Saison France-Roumanie 2019 qui vient célébrer le centenaire de la création de la Roumanie moderne et coïncide avec la Présidence roumaine du Conseil de l’Union européenne, le musée de la Chasse et de la Nature offre une carte blanche à l’artiste Mircea Cantor.

Mircea Cantor (né en 1977), artiste de renommée internationale et figure majeure de l’art contemporain roumain, a remporté le Prix de la Fondation d’entreprise Ricard en 2004, puis le prestigieux Prix Marcel Duchamp en 2011. Son enfance, passée dans un pays de régime communiste, et ses souvenirs personnels constituent le point de départ de la plupart de ses œuvres. Ses productions s’attachent à souligner les différences sociales et les frontières subsistant entre les pays. La recherche formelle et esthétique de ses vidéos et de ses installations se combine avec un engagement poétique se traduisant par des gestes simples, mais d’une valeur universelle.

Pour sa « carte blanche » au musée de la Chasse et de la Nature, Mircea Cantor s’intéresse à la notion de « territoire ». Ce thème est au cœur de la rencontre du prédateur et de sa proie qui inspire son récent film (Aquila non capot muscas 2018) où l’on voit un aigle en train de chasser un drone. Dans un autre film (Deeparture 2005) on assiste à la tension montante entre un loup et une biche se côtoyant dans l’espace artificiel d’un « white cube ». Mircea Cantor est également sensible à la relation très particulière que la tradition vernaculaire de son pays natal a développé avec les animaux sauvages. La faune abondante et diversifiée (ours, loups, oiseaux migrateurs…) qui habite les vastes étendues de la Roumanie, depuis les forêts des Carpates jusqu’aux terres marécageuses du delta du Danube, inspire certaines fêtes traditionnelles et la production d’objets qui leur sont destinés. Au cours des siècles la culture chrétienne a intégré les anciens rites païens qui resurgissent notamment à l’occasion des colinde ou fêtes de fin d’année. Ces rites vont servir de fil conducteur à Mircea Cantor pour l’exposition qu’il organise à travers les salles du musée, comme si celui-ci devenait le territoire d’une étrange parade. En « chasseur d’images » ou vânătorul de imagini, il collecte des objets et des œuvres et les dispose d’une manière qui leur donne un sens nouveau. Empruntant des objets d’art populaire au Musée du Paysan roumain de Bucarest, commandant à ses amis artistes de Roumanie des œuvres sur le thème de la chasse, il mélange ces « ready-made » d’un genre particulier à ses propres œuvres dans une scénographie qui vient jouer avec les collections permanentes du musée.

L'avis des critiques :

Ce sont surtout des œuvres récentes qui sont distillées dans ce musée. C’est quand même un étrange parcours, un peu dilué. On aurait notamment pu s’épargner certains dessins d’aigle. Il y a une sorte de questionnement latent sur le piège que constituent les images. Il est intéressant de considérer la persistance des objets ethnographiques. Frédéric Bonnet

C’est difficile d’en parler. On peut avoir un goût pour les formes ethnographiques ou ethnologiques. Il y a une volonté de « designer » beaucoup l’espace, mais la question du territoire m’a paru ne pas être en place. Le chasseur d’images, c’est l’artiste qui vient relever. Je ne suis pas certaine du goût qu’il veut nous donner de voir la culture roumaine. Corinne Rondeau

Certaines œuvres sont totalement redondantes, cela manque un peu de propos et de mise en perspective. Sous les combles, dans ces salles un peu ingrates, une douzaine de peintres sont serrés. Dans l’espace qui lui est réservé, on voit des œuvres volontairement superposées. Cette vidéo d’aigle est filmée très bizarrement. J’ai cru que j’étais dans la fausse pub des Nuls, "Royal Rabbin". Stéphane Corréard

"Où est la maison de mon ami ?" jusqu'au 14 avril à La Maison des Arts de Malakoff

"Où est la maison de mon ami" (© Bissane Al Charif et  Mohamad Omran, "Sans ciel", 2014  film en stop motion)
"Où est la maison de mon ami" (© Bissane Al Charif et Mohamad Omran, "Sans ciel", 2014 film en stop motion)

Commissariat : Paula Aisemberg, Dunia Al-Dahan et Véronique Bouruet Aubertot, pour le Collectif Portes Ouvertes sur l’art contemporain syrien.

Présentation officielle : Clin d’oeil poétique au film d’Abbas Kiarostami de 1987, « Où est la maison de mon ami ? » aborde la question de la perte et de l’exil forcé mais aussi de la reconstruction, entre souvenirs, rêves et cauchemars. Maison perdue, maison détruite, maison rêvée, maison ré inventée… chacun des artistes avec son histoire, ses fractures et son humour, sa poésie et sa révolte, fait émerger un monde vibrant et sensible qui nous dit autre chose de la réalité. Installations, vidéos, photographies, peintures, dessins, sculptures… leurs œuvres viennent symboliser, à la maison des arts, centre d’art contemporain de Malakoff, l’intérieur d’une maison faite de silences et de fracas, de douleur et de douceur, d’interpellations et d’invitation au rêve. La maison est ce qui nous protège, l’ami celui qui accompagne, qui console. L’art ce qui permet de sublimer l’expérience.

A voir : les vidéos du collectif Massasit Mati présentées dans l'exposition et disponibles sur Youtube.

L'avis des critiques :

Cette exposition regroupe des artistes syriens exilés. Comme dans beaucoup de maisons, on a une cave, un rez-de-chaussé et un premier étage. Ces espaces composent trois temps. Je préconise qu’on commence par cette espèce de soubassement, le contexte de tout ça, avant d’aller au rez-de-chaussée. De très belles figures d'artistes émergent dans l'exposition. Stéphane Corréard

J’ai beaucoup aimé cette exposition. Il n’y a pas de pathos, pas de dénonciation, mais un travail qui est fait avec de la matière. Il y a une vraie distribution de l’espace, l’accrochage fait saillir des choses. Cette idée d’un espace regardant/regardé est tout le temps à l’intérieur de l’exposition. Je trouve cette réalité assez stimulante. Il y a la réalisation d’une promesse d’unité. Corinne Rondeau

Il aurait été problématique que cela ne soit qu’une exposition pathos. Ici, on déjoue habilement et intelligemment ce piège. C’est une exposition qui à certains endroits évoque le conflit, mais il y a aussi de la peinture, de la vidéo, de l’installation et des manières très subtiles d’évoquer le drame. Les toiles qui me saisissent le plus sont celles de Walid El Masri. Frédéric Bonnet

>> LE COUP DE CŒUR DE FRÉDÉRIC BONNET: la "Triennale Asie-Pacifique" jusqu'au 28 avril à Brisbane

J’ai trouvé cette exposition très intéressante et à plein de points de vue. Les galeries australiennes ne montrent globalement que des artistes australiens. Il est donc remarquable qu’il y ait une exposition comme celle-là, qui ouvre le champ vers l’Asie. Il n’y a pas de titre, pas de thème, c’est juste un propos très ouvert. Frédéric Bonnet

Vos commentaires : 

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Extraits sonores :

  • Claude Debussy, Sonate pour flûte, alto et harpe : « Pastorale » (Harmonia Mundi)
  • Shkoon, « Ala Moj Al Bahr » (Underyourskin Records)
  • Park Jiha, « Throughout the night » (Tak:til ‎/ Glitterbeat)
Intervenants
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Journaliste au Journal des Arts
  • Critique d'art, directeur du salon Galeristes, participe à La Dispute sur France Culture, signataire de la Tribune “Non au «cadeau» de Jeff Koons” dans Libération
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