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de haut en bas : "GRAYSON PERRY" (The Adoration of the Cage Fighters, © Grayson Perry, Courtesy the artist and Victoria Miro), "Saâdane Afif" (No Commercial Love, © Saâdane Afif) et "TRÉSORS DE KYOTO" (Tawaraya Sōtatsu, Dieux du vent et du tonnerre)

Arts plastiques : Grayson Perry, "un personnage monstrueux qui porte bien sa monstruosité"

56 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de cette Dispute : "GRAYSON PERRY : Vanité, Identité, Sexualité", "TRÉSORS DE KYOTO, trois siècles de création Rinpa" et "Saâdane AFIF, musique pour tuyauterie". Frédéric Bonnet partage son coup de cœur pour la Biennale de Bangkok.

de haut en bas : "GRAYSON PERRY" (The Adoration of the Cage Fighters, © Grayson Perry, Courtesy the artist and Victoria Miro), "Saâdane Afif" (No Commercial Love, © Saâdane Afif) et "TRÉSORS DE KYOTO" (Tawaraya Sōtatsu, Dieux du vent et du tonnerre)
de haut en bas : "GRAYSON PERRY" (The Adoration of the Cage Fighters, © Grayson Perry, Courtesy the artist and Victoria Miro), "Saâdane Afif" (No Commercial Love, © Saâdane Afif) et "TRÉSORS DE KYOTO" (Tawaraya Sōtatsu, Dieux du vent et du tonnerre)

"GRAYSON PERRY : Vanité, Identité, Sexualité", jusqu'au 3 février Monnaie de Paris

Grayson Perry, "Kenilworth AM1", 2010 Custom-built motorcycle. Installation view, The Most Popular Art Exhibition Ever!, Serpentine Galleries, London, 2017 (© Grayson Perry Courtesy the artist and Victoria Miro, London / Venice)
Grayson Perry, "Kenilworth AM1", 2010 Custom-built motorcycle. Installation view, The Most Popular Art Exhibition Ever!, Serpentine Galleries, London, 2017 (© Grayson Perry Courtesy the artist and Victoria Miro, London / Venice)

Présentation officielle : La Monnaie de Paris organise la première grande monographie en France du célèbre artiste britannique Grayson Perry (né en 1960, vit à Londres). Ses œuvres en céramique, en métal, les tapisseries et les gravures sont autant de réflexions ironiques et grinçantes sur des questions universelles telles l’identité, le genre, la classe sociale, la religion et la sexualité.

Grayson Perry joue avec sa propre identité qui devient partie intégrante de son œuvre et va au-delà des limites du monde de l’art. Des références autobiographiques - à l’enfance de l’artiste, à sa famille et à son alter ego Claire - vont de pair avec des questions sur l’être et le paraître, la classe sociale et les tendances, et le statut de l’artiste par rapport à celui de l’artisan. 

Dans plusieurs de ses œuvres, il défie la masculinité traditionnelle et révèle comment ses valeurs et ses traits ont été érodés. Ces thèmes sont davantage explorés dans son livre The Descent of Man (2016), dans lequel il montre les façons dont les rôles masculins peuvent être destructeurs et suggère une amélioration de l’identité masculine.
Lauréat du Turner Prize en 2003, Grayson Perry se fait connaitre avec son œuvre en céramique qu’il commence dans les années 1980, alors que ce matériau était très peu considéré par le monde de l’art contemporain. Couvert de dessins réalisés avec la technique du sgraffite, de textes manuscrits et de pochoirs, de transferts photographiques et d’émaux, les vases de Perry sont attrayants et riches en détails. L’artiste anglais est apprécié pour sa capacité à communiquer ses opinions sur la vie sociale à travers ses œuvres, que ce soit un vase, une tapisserie ou une sculpture en bronze.
Le parcours de visite se déploie sur les deux étages des salons de la Monnaie de Paris à travers 10 chapitres thématiques qui montrent les sujets d’intérêt de l’artiste.

Depuis 2017, la Monnaie de Paris manifeste sa volonté de soutenir la parité dans l’art et la réflexion sur le genre. Après le succès de l’exposition Women House, l’institution est heureuse d’accueillir Grayson Perry, artiste ouvertement féministe et théoricien d’une nouvelle place et définition de l’homme.

Le lien entre la pratique de l’artiste et le savoir-faire des artisans de la Monnaie de Paris est mis en valeur grâce à un dialogue entre tradition et modernité, et notamment par la création d’une nouvelle médaille signée par l’artiste et réalisée dans les ateliers de l’institution. Un choix de médailles religieuses et objets de collection liés à l’histoire anglaise issus de la Monnaie de Paris dialogue avec les œuvres de Grayson Perry et ses sources iconographiques.
Un programme de conférences sur les contretypes de la masculinité dans la société contemporaine est mis en place pendant la durée de l’exposition (voir toute la programmation).

L'avis des critiques :

On entre dans un amphithéâtre reconstitué, dans lequel Grayson Perry montre un certain nombre de tenues de Claire (son double féminin). Dans l’exposition on voit essentiellement les objets produits par Grayson Perry avec des techniques vernaculaires. On voit à quel point toute son œuvre est un immense imagier. Il ne cherche pas l’originalité, mais la diffusion. Anaël Pigeat

Les pièces qui sont les plus spectaculaires à mon sens, sont les céramiques de Grayson Perry à l’énorme brio technique. C’est redoutablement efficace, il mêle des images, les superpose. Il prend une micro narration pour argument et le plus souvent un commentaire social. On a aussi de la tapisserie. Or, je ne suis pas sûr qu’il se prête à l’exercice du grand format étant donnée l’ultra saturation de son travail, qui peut aller jusqu’à l’écœurement. Frédéric Bonnet

Il y a un travail d’architecture, on lui a notamment commandé des maisons comme « A House for Essex ». C’est une sorte de personnage monstrueux qui porte bien sa monstruosité. Ce qui me dérange, c’est quand même sa façon de faire de sa mythologie personnelle très complexe, une forme d’universalité. J’ai trouvé ça très convenu dans le discours. L’excentricité lui va bien, mais lorsqu’il donne des leçons il se normalise. Florian Gaité

"TRÉSORS DE KYOTO, trois siècles de création Rinpa", jusqu'au 27 janvier au Musée Cernuschi

Watanabe Shikō, Cerisiers en fleurs à Yoshino, paravent gauche, XVIIIe siècle, paire de paravents à six panneaux, encre et couleurs sur feuille d’or, avec l’aimable autorisation du musée national de Tōkyō (© TNM Image Archives)
Watanabe Shikō, Cerisiers en fleurs à Yoshino, paravent gauche, XVIIIe siècle, paire de paravents à six panneaux, encre et couleurs sur feuille d’or, avec l’aimable autorisation du musée national de Tōkyō (© TNM Image Archives)

Présentation officielle : L’exposition Trésors de Kyoto présente l’une des écoles majeures de l'art japonais, le courant décoratif Rinpa, apparu au début du XVIIe siècle et dont la production perdure jusqu’à aujourd’hui.

Cette présentation proposée dans le cadre de la saison Japonismes 2018 : les âmes en résonances, offre l’opportunité exceptionnelle de découvrir durant les quatre premières semaines de l’exposition le "Trésor National" Dieux du vent et du tonnerre de Tawaraya Sōtatsu conservé dans le temple Kennin-ji à Kyōto et seulement visible en de très rares occasions. L’exposition présente l’extraordinaire variété des œuvres Rinpa, montrant que les artistes de ce courant ne se sont pas consacrés seulement à la peinture, mais aussi à la gravure, au décor d’objets en céramique, en bois et en laque.

Plus de soixante œuvres sont présentées selon un parcours chronologique en quatre parties suivant les différentes générations d’artistes du mouvement Rinpa.

Ancienne capitale et berceau de la culture traditionnelle nippone, Kyōto a toujours été un terrain artistique fertile qui a donné naissance au style raffiné du mouvement Rinpa. Ce courant unique dans l’histoire de l’art du Japon, se distingue en effet des autres écoles traditionnelles où le style se transmet de manière directe, de maître à élève. Les artistes de ce mouvement sont réunis par des affinités spirituelles et esthétiques. Leur style se définit par des formes épurées mises en valeur par des couleurs vives et des compositions d’une grande lisibilité. Leur répertoire de thèmes s’inspire à la fois de la nature, de la littérature et du théâtre classiques.

Au XVIIe siècle, la collaboration entre les artistes Kōetsu (1558-1637) et Sōtatsu (actif entre 1600 et 1640) a donné naissance à une esthétique particulière s’inspirant de la beauté classique de l’époque de Heian (794-1185) considérée comme la quintessence de la sensibilité japonaise. Entre la fin du XVIIe et le début du XVIIIe siècle, les frères Ogata, le célèbre Kōrin (1658-1716) et son cadet Kenzan (1663-1743), donnèrent un nouvel élan à ce style tout en puisant dans le répertoire des thèmes traditionnels choisis par les fondateurs de l’école. Les thèmes et les techniques adoptés par ces deux générations d’artistes furent ensuite repris par Shikō (1683-1755), Roshū (1699-1757) et Hōchū (actif entre 1790 et 1820), d’une manière si personnelle qu’elle a permis la transmission et le renouvellement du style Rinpa à travers les siècles. Au XXe siècle, Sekka (1866-1942) s’inspira des oeuvres de ses prédécesseurs, actifs à Kyōto comme lui, partageant avec eux l’idée qu’un artiste est surtout un artisan aux compétences multiples.

En raison de la fragilité des oeuvres, leur présentation est évolutive et intègre quatre rotations majeures pendant la durée de l’exposition. Lors de la plus grande rotation, du lundi 10 au vendredi 14 décembre inclus, l’exposition sera fermée au public.

L'avis des critiques :

C’est assez exceptionnel de pouvoir avoir des prêts de cette ampleur et de cette envergure, dans la mesure où ces pièces voyagent peu. Le Rinpa est un courant qui débute au début du 17ème siècle et constitue un retour aux idéaux aristocratiques de la période Heian. S’il y a une chose d’assez récurrente dans ce courant, c’est une forme d’approche un peu abstraite du réel, notamment par le travail de la surface. Frédéric Bonnet

C’est une exposition passionnante, extrêmement claire qui nous montre les six figures importantes en quatre générations. On a des compositions toujours asymétriques, dans une forme de déséquilibre qui caractérise cet art japonais. Ce qui est intéressant c’est que cette exposition parle aussi de la diffusion de ces œuvres. Anaël Pigeat

Tout est en délicatesse, on voit une quintessence du raffinement japonais. On trouve beaucoup d’objets, sans différence nette entre les arts visuels et l’art décoratif. Les différences restent subtiles d’une époque à l’autre, jusqu’au début du 20ème siècle qui marque une modernisation au niveau du design. J’ai beaucoup aimé ces techniques de recouvrement où tout fonctionne par couches avec des aplats d’encre et de pigments. Florian Gaité

"Saâdane AFIF, musique pour tuyauterie", jusqu'au 22 décembre galerie Mor Charpentier

Flûte (No Commercial Love), 2018 Os d'autruche - humérus 27,5 x dia. 2 cm Score (No Commercial Love), 2018 Stylo sur papier à musique 33,1 cm x 52,7 cm. Musique : Augustin Maurs. Paroles : Yorgos Sapountzis (© Saâdane Afif)
Flûte (No Commercial Love), 2018 Os d'autruche - humérus 27,5 x dia. 2 cm Score (No Commercial Love), 2018 Stylo sur papier à musique 33,1 cm x 52,7 cm. Musique : Augustin Maurs. Paroles : Yorgos Sapountzis (© Saâdane Afif)

Présentation officielle : Saâdane Afif est un artiste conceptuel français vivant et travaillant à Berlin en Allemagne. Son travail interroge divers médias (performances, objets, textes et matériels imprimés) sans rentrer dans une catégorie ou discipline artistique particulière. Tous ses projets sont soumis à un processus continu d’altération.

Ses dernières expositions personnelles regroupent Paroles au Wiels, Bruxelles, Belgique (2018), Ici. au Leopold-Hoesch Museum, Düren, Allemagne et Là-bas. à La Panacée, Montpellier (2017-2018), The Fountain Archives au Centre Pompidou, Paris (2017), Quoi? – L’Eternité, à l’Atelier Hermès, Séoul, Corée du Sud (2016), Vice de Forme: Das Kabarett à la Hamburger Bahnhof, Berlin (2016), Das Ende der Welt au Museum für Naturkunde, Berlin (2015) ou encore Political Populism, à la Kunsthalle Wien, Vienne (2015). Son travail fut d’autre part présenté lors de la Documenta 12 (2007) ainsi qu’à la 56ème édition de la Biennale de Venise. Il est lauréat du prix Marcel Duchamp en 2009 et du prix Meurice pour l’art contemporain en 2015.

L'avis des critiques :

Cela s’inscrit dans le prolongement d’un projet au long cours, dans lequel Saâdane Afif réunit toutes les évocations de la "Fontaine" de Duchamp, un urinoir. Il va chercher chez Duchamp son rapport à la musique. Pour moi la scénographie avec ce papier peint rose rappelant le papier toilette est parfaite. On retrouve des boites comportant des partitions originales, un déplacement de l’acoustique au plastique. Florian Gaité

Ce projet renoue avec le tout début de son travail. L’exposition montre l’extraordinaire cohérence de ce travail et de cette obsession avec une grande part d’humour. C’est une quête permanente de l’image manquante. Cette exposition est elle-même une nouvelle quête des images ou peut-être des musiques manquantes. Anaël Pigeat

J’aime beaucoup cette poésie de l’à-côté, cette manière de jouer avec les clichés et les conventions. Ce que j’aime aussi et qui est un caractère récurrent de son travail, c’est qu’il est coutumier d’une formulation visuelle et plastique en lien avec la musicalité. Entre la chanson la musique, l’objet, on a une sorte d’augmentation de sens qui se fait par capillarité. C’est un travail d’une grande finesse. Frédéric Bonnet

>> LE COUP DE CŒUR DE FRÉDÉRIC BONNET : la Biennale de Bangkok

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C’est la première édition de cette nouvelle biennale de Bangkok. Son titre pourrait paraître un peu tarte à la crème, mais c’est remarquablement traité à plein de points de vue. Elle est répartie sur pas moins de vingt sites, notamment dans des espaces patrimoniaux. Il faut commencer par le "Bangkok Art & Culture Centre" où l’on peut acheter un petit guide. Frédéric Bonnet

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Journaliste au Journal des Arts
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1

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