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à gauche : "Alberto Giacometti" (Tête de Diego, enfant.© Succession Alberto Giacometti, Fondation Giacometti & ADAGP, Paris 2018), à droite : "Make it new" (© Raban Maur, "Louange à la sainte croix", vers 847 Latin 2422) et "LE CUBISME" (© Lyon MBA)

Arts plastiques : LE CUBISME, "au départ le cubisme est un réalisme"

55 min
À retrouver dans l'émission

Au sommaire de La Dispute arts plastiques : "LE CUBISME" au Centre Pompidou, "Alberto Giacometti, entre tradition et avant-garde" au Musée Maillol et "Make it new, conversations avec l’art médiéval" à la BnF. Mais aussi un coup de cœur pour "Picasso, le temps des conflits" et "lignes de fuite".

à gauche : "Alberto Giacometti" (Tête de Diego, enfant.© Succession Alberto Giacometti, Fondation Giacometti & ADAGP, Paris 2018), à droite : "Make it new" (© Raban Maur, "Louange à la sainte croix", vers 847 Latin 2422) et "LE CUBISME" (© Lyon MBA)
à gauche : "Alberto Giacometti" (Tête de Diego, enfant.© Succession Alberto Giacometti, Fondation Giacometti & ADAGP, Paris 2018), à droite : "Make it new" (© Raban Maur, "Louange à la sainte croix", vers 847 Latin 2422) et "LE CUBISME" (© Lyon MBA)

"LE CUBISME", jusqu'au 25 février au Centre Pompidou

Paul Gauguin, "Soyez mystérieuses", 1890. Bas-relief en bois de tilleul polychromé, 73 x 95 x 5 cm Musée d’Orsay, Paris (© RMN-Grand Palais, musée d'Orsay / Tony Querrec)
Paul Gauguin, "Soyez mystérieuses", 1890. Bas-relief en bois de tilleul polychromé, 73 x 95 x 5 cm Musée d’Orsay, Paris (© RMN-Grand Palais, musée d'Orsay / Tony Querrec)

Présentation officielle : Le Centre Pompidou propose une traversée inédite et un panorama complet de l’un des mouvements fondateurs de l’histoire de l’art moderne : le cubisme (1907-1917). 

Première exposition consacrée au cubisme en France depuis 1953, le projet trouve son originalité dans la volonté de renouveler et d’élargir à d’autres artistes la vision traditionnellement concentrée sur ses deux inventeurs, Georges Braque et Pablo Picasso. Ces pionniers, bientôt suivis par Fernand Léger et Juan Gris, réservaient leurs créations expérimentales et novatrices à la très confidentielle galerie d’un jeune marchand alors inconnu, Daniel-Henry Kahnweiler, quand des artistes tels Albert Gleizes, Jean Metzinger, Francis Picabia, Marcel Duchamp, Robert et Sonia Delaunay assuraient à l’époque la diffusion du mouvement auprès de la critique et du public en participant aux Salons parisiens. L’exposition met ainsi en valeur la richesse, l’inventivité et le foisonnement de ce mouvement qui ne se limite pas uniquement à la géométrisation des formes et au rejet de la représentation classique mais dont les recherches radicales et l’énergie créatrice de ses membres sont aux sources de l’art moderne. 

Riche de 300 œuvres et de documents significatifs du rayonnement du cubisme, l'exposition est articulée chronologiquement en quatorze chapitres. S'en détachent des chefs-d’œuvre, comme le Portrait de Gertrude Stein(1906) ou Ambroise Vollard (1909) et Daniel-Henry Kahnweiler (1910) par Picasso ainsi que des ensembles de peintures et de sculptures jamais réunies. Le parcours de l'exposition vise à mettre en valeur l’évolution à rebondissements du cubisme en remontant aux sources primitivistes et à la fascination des cubistes pour Gauguin et Cézanne. Le parcours reflète la progression formelle du mouvement, d’une première étape cézannienne - illustrée par la présence de l’exceptionnelle nature morte de Picasso Pains et compotier sur une table (1909) - vers une transcription analytique hermétique (1910-1912) puis transformée en version plus synthétique (1913-1917), qui marque ainsi le retour de la représentation et de la couleur. (...)

Prochaines dates :

  • 31 mars > 5 août : Kunstmuseum, Bâle

L'avis des critiques :

L’exposition raconte le cubisme comme le fruit de recherches menées par Picasso et Braque. Cela montre qu’il n’était initialement pas un mouvement, mais qu’il leur a échappé pour devenir une manière de peindre et une mode. Il y a dans cette exposition l’histoire du cubisme et leurs recherches propres de manière chronologique. Ce qui change d’une simple exposition « Picasso et cie », ce sont ces salles consacrées à tous les acteurs du cubisme, avec une peinture qui devient objet. Sandra Adam Couralet

Il y a à boire et à manger dans cette exposition. Elle a une volonté d’ouvrir chronologiquement ce qui représenterait les influences du cubisme. Je suis toutefois un peu gênée par cette exposition qui aurait pu s’appeler « cubismes » ou « les avant-gardes ». Je suis attachée à la révolution de la conscience plastique par Braque et Picasso, or cette exposition est un aspirateur des singularités. Corinne Rondeau

L’exposition prend la forme d’une dissertation, d’un exposé sur l’histoire de l’art. Cela commence dès la première salle et les sources d’inspiration sont celles dont on nous rebat les oreilles depuis 60 ans. Pour moi l’exposition est accrochée sans aucune sensibilité, de manière touffue. Cela reprend en bloc l’historiographie classique du cubisme, avec une vision abâtardie. Au départ le cubisme est un réalisme, une tentative phénoménologique de saisir le monde. Ici, il est purement rétinien. Stéphane Corréard

"Alberto Giacometti, entre tradition et avant-garde", jusqu’au 20 janvier au Musée Maillol

Présentation officielle : À la rentrée 2018, l’artiste suisse Alberto Giacometti est à l'honneur au Musée Maillol. Cette exposition réalisée en collaboration avec la Fondation Giacometti, Paris propose une relecture de son oeuvre en dialogue avec les grands sculpteurs classiques et les modernes de son époque.

L’exposition présente plus de 50 sculptures de l’artiste, toutes issues de la collection de la Fondation Giacometti, mises en regard avec près de 25 oeuvres d’autres artistes majeurs tels que Rodin, Bourdelle, Maillol, Despiau, mais aussi Brancusi, Laurens, Lipchitz, Zadkine, Csaky ou encore Richier. (...)

L'avis des critiques :

Giacometti est un contemporain du cubisme tardif. Le titre de l’exposition résume bien cela. Elle présente plus de cinquante sculptures de la Fondation Giacometti, mises en parallèle avec des œuvres d’autres artistes plus contemporains. Les sculptures qui composent « Le Couple », un homme et une femme s’inspirant de la statuaire africaine, montrent que Giacometti développe un vocabulaire géographique propre. Sandra Adam Couralet

C’est quasiment une exposition sur la sculpture. Je trouve que l’entêtement, la manière de répéter et de reprendre sans arrêt l’ouvrage, est à chaque fois une émotion. On voit que se joue devant nous la fuite de la ressemblance, la fuite de la matière. On est au plus loin en étant au plus près, puisque qu’observer ces sculptures demande quelque chose du corps : se baisser ou lever la tête. J’ai trouvé l’éclairage assez beau notamment au rez-de-chaussée. Corinne Rondeau

Cette exposition aurait pu s’appeler « Giacometti entre tradition et tradition ». L’exposition est construite autour de deux grandes salles. On a une perspective scénographique assez intéressante, même si on est parfois un peu tiré par la manche vers le passé avec Maillol. Le parcours est parfois trop morcelé et le dialogue avec d’autres artistes difficile. On a l’impression que les commissaires n’ont pas toujours eu les prêts qu’ils souhaitaient. Stéphane Corréard

"Make it new. Conversations avec l’art médiéval", Carte blanche à Jan Dibbets, jusqu'au 10 février à la BnF (Bibliothèque nationale de France), site François Mitterrand, galerie 1

Raban Maur Louange à la sainte croix, vers 847 Latin 2422, BnF, dpt. des Manuscrits
Raban Maur Louange à la sainte croix, vers 847 Latin 2422, BnF, dpt. des Manuscrits

Présentation officielle : L’art médiéval constitue l’une des sources d’inspiration de Jan Dibbets, figure majeure de la scène artistique contemporaine. Pour cette exposition dans laquelle il s’est investi à la fois en tant que commissaire et en tant qu’artiste, il met en regard une sélection de manuscrits enluminés de La Louange à la sainte Croix, un livre extraordinaire de Raban Maur datant du IXe siècle, célèbre pour ses poèmes figurés, avec une trentaine d’œuvres représentatives de l’art minimaliste et conceptuel ainsi que du land art. L’exposition invite à porter un nouveau regard sur l’art médiéval. Elle montre comment ses qualités formelles et esthétiques peuvent être réactualisées aujourd’hui, à travers des problématiques liées à la perception de l’espace ou à l’interaction de l’écrit et de l’image. Elle met en lumière la démarche artistique de Dibbets et celles d’artistes contemporains de sa génération comme Carl Andre, François Morellet, Sol LeWitt, Niele Toroni et bien d’autres, et invite à contempler et faire dialoguer des œuvres d’art que plus de 1000 ans séparent.

L'avis des critiques :

C'est vraiment une exposition très intime, ce qui est plutôt très beau. C'est aussi une rencontre selon moi inédite, entre art médiéval et art minimal. On a une installation d'une grande élégance, très précise, notamment dans ses mises en relation visuelles. La mise en relation de toutes ces structures géographiques essentielles passe par la diagonale. Stéphane Corréard

Je trouve que ces livres mériteraient qu'on les voit davantage. Dibbets a sorti la page et le poème de leur dimension géographique à la lecture. Il y a un parti pris de l'artiste qui est de ne montrer que la géométrie. A remplir la page, vous produisez une unicité figurative. C'est extraordinaire de voir qu'il fait surgir l'image d'un texte. Corinne Rondeau

Au-delà de l'exercice d'analogie formelle entre des œuvres empruntes d'une spiritualité évidente, on a des oeuvre issues d'un art minimal et conceptuel. La mise en regard étrange de Jan Dibbets peut amener à s'interroger sur la qualité plus mystique que prévu des oeuvre d'art minimales. Sandra Adam Couralet

>> LE COUP DE CŒUR DE CORINNE RONDEAU : "Picasso. le temps des conflits" et "Lignes de fuite", jusqu'au 3 mars au Carré d'art de Nîmes

Présentation officielle : « Picasso-Méditerranée » est une manifestation culturelle internationale qui se tient de 2017 à 2019. Plus de soixante-dix institutions ont imaginé ensemble une programmation autour de l’œuvre « obstinément méditerranéenne » de Pablo Picasso. A l’initiative du Musée national Picasso-Paris, ce parcours dans la création de l’artiste et dans les lieux qui l’ont inspiré offre une expérience culturelle inédite, souhaitant resserrer les liens entre toutes les rives.

Pour l’exposition à Carré d’Art, le Musée Picasso a consenti un prêt exceptionnel de 39 œuvres. Le choix pour Carré d’Art s’est porté sur les créations de Picasso dans les temps de troubles politiques de la seconde guerre mondiale jusqu’au remarquable tableau Massacre en Corée de 1951. Dès 1937, avec Guernica, se dessine pour Picasso une période d’engagement politique où est perdu tout espoir de retrouver une Espagne libre. Les temps troublés se retrouvent dans la plupart des sujets – portraits, natures mortes, paysages – qu’il aborde au cours de ces années. La violence s’impose de façon magistrale dans La Suppliante de 1937 et de nombreux portraits de Dora Maar mais aussi dans la série de femmes qui pleurent ou le Chat saisissant un oiseau.

L’exposition propose également d’instaurer un dialogue entre les œuvres de Picasso et des artistes contemporains. Il y a, d’une part, au cœur même de l’espace consacré à Picasso la présence d’artistes qui portent ou ont porté un regard sur son œuvre. D’autre part, en miroir, l’exposition Lignes de fuite présente des artistes de différents horizons qui sont directement concernés par des conflits au Moyen Orient et en Europe de l’Est.

Cela part de « Guernica » et on est en même temps pris dans l’histoire et l’Histoire. On a cette éloquence contre la folie, la guerre et la destruction. A la fin c’est la question du récit qui s’expose. L’exposition est construite autour du dessin et de la ligne. L’art c’est le regard, mais aussi et surtout comment on fait le récit de nos vies. Les artistes aussi peuvent être vus comme dans l’impuissance de leurs formes, en allant à l’urgence de leur situation. Corinne Rondeau

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Extraits sonores :

  • Debussy, "En noir et blanc"
  • "Couleurs de ce temps" sur la RDF le 19/09/1953 & Jean Wiener, "Improvisation dans le style négro-américain"
  • Dead can dance, "The arrival and the reunion"
Intervenants
  • Critique d’art, commissaire d’exposition indépendant et co-auteur du magazine "Les Regardeurs"
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Critique d'art, directeur du salon Galeristes, participe à La Dispute sur France Culture, signataire de la Tribune “Non au «cadeau» de Jeff Koons” dans Libération

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