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à gauche : l'affiche de l'exposition Joan Miró (© Successió Miró / Adagp, Paris 2018), à droite : "Carte blanche à Tomas Saraceno" (© Andrea Rossetti, 2018)

Arts plastiques : Miró, "c’est tout sauf abstrait"

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir dans La Dispute arts plastiques : un Petit Salon de Lucile Commeaux, mais aussi deux expositions. Celle consacrée à "Miró" et "ON AIR", la carte blanche à Tomas Saraceno. Un coup de cœur sera dévolu à "Violaine Lochu" à la galerie Dohyang Lee.

à gauche : l'affiche de l'exposition Joan Miró (© Successió Miró / Adagp, Paris 2018), à droite : "Carte blanche à Tomas Saraceno" (© Andrea Rossetti, 2018)
à gauche : l'affiche de l'exposition Joan Miró (© Successió Miró / Adagp, Paris 2018), à droite : "Carte blanche à Tomas Saraceno" (© Andrea Rossetti, 2018)

Le Petit Salon de Lucile Commeaux : "Friches artistiques : la place de la création dans la ville"

L'avis des critiques :

Parmi toutes ces friches à l’heure où le squat tend à s’institutionaliser, quelle place pour la création en ville ? Le fait même qu’une confusion soit faite dans des articles assez fouillés, m’évoque un problème de discours. Lucile Commeaux

Il n’est pas nouveau que les artistes ont un vrai problème immobilier à Paris, le besoin d’un espace de travail. Tous les artistes sont pressurisés, il n’y a plus d’espace pour pouvoir inventer des choses en auto-gestion. Tout est tenu à vue. Mathilde Villeneuve

Leur durée temporaire, la fugacité des squats fait partie de leur essence. Ce sont des endroits où l’histoire de l’art s’est écrite. Leur temps d’existence défini fait partie de leur être. Il y a un souvent un mélange qui est fait avec la dimension sociale. L’accueil des réfugiés est pour moi un sujet différent. Anaël Pigeat

La première chose à faire, c’est de distinguer les espaces auto-gérés ne touchant pas du tout de subventions publiques. Ces gens-là ont répondu à une forme de nécessité. Les artistes perdent beaucoup d’énergie à chercher des ateliers, c’est pourquoi je soutiens ces espaces. Il y a aussi des auto-entrepreneurs répondant à des appels à projet. Il s’agit là de faire du profit et d’uniformiser. Florian Gaité

"Miró", jusqu'au 4 février au Grand Palais, Galeries nationales

Présentation officielle : Réunissant près de 150 œuvres dont certaines inédites en France et couvrant 70 ans de création, cette rétrospective retrace l’évolution technique et stylistique de l’artiste.
Miró crée à partir de ses rêves et nous ouvre les portes de son univers poétique. 

Il transforme ainsi le monde avec une apparente simplicité de moyens, qu’il s’agisse d’un signe, d’une trace de doigt ou de celle de l’eau sur le papier, d’un trait apparemment fragile sur la toile, d’un trait sur la terre qu’il marie avec le feu, d’un objet insignifiant assemblé à un autre objet.

Miró fait surgir de ces rapprochements étonnants et de ces mariages insolites un univers constellés de métamorphoses poétiques qui vient réenchanter notre monde.

"Pour moi, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème".

L'avis des critiques :

C’est une exposition qui donne à voir toute l’extraordinaire ampleur de cette œuvre. Elle ne renouvelle pas fondamentalement sa lecture, mais donne à voir des choses qu’on n’associerait pas directement à Miro qui s’est frotté au cubisme, au fauvisme, etc. L’exposition donne également à voir "Les constellations", une petite série de gouaches qui sont une sorte de ciel de signes. Miro fait partie des artistes qu’on croit connaître. Anaël Pigeat

Je pense que c’est une exposition qui est importante, on n’a pas eu de grande rétrospective Miro depuis 1974, déjà au Grand Palais à l'époque. C’est quelqu’un qui a joué avec toutes les influences de son temps. Cette liberté est réellement rendue visible par cette exposition. Ce que cela m’a fait comprendre, c’est que c’est tout sauf abstrait. La figure est toujours présente dès le début. Les signes et le vocabulaire coloré proviennent d’un amour et d’une observation très attentive de la nature. Mathilde Villeneuve

J’avais une vision assez superficielle et naïve de Miro. Je pensais qu’il était un grand enfant, c’est en fait un poète. Dès le tout début de l’exposition on voit cette façon qu’il a de contenir un monde imaginaire, comment le minuscule devient grandiose. Il a des traits qui ressemblent beaucoup à de la calligraphie. J’aime beaucoup dans cette exposition le passage de l’infiniment petit à quelque chose de beaucoup plus épuré, pour aboutir à un Miro d’après-guerre absolument prodigieux. Florian Gaité 

Vivre 90 ans cela permet de produire beaucoup. C’est vrai que cet accrochage est aussi une traversée du vingtième siècle. Prévoyez du temps pour voir cette exposition Miro. A la fin, on n’a qu’une envie, c’est de recommencer le parcours. Ce triptyque du « Condamné à mort » est quelque chose de très très fort. Je trouve que cela change du tout au tout notre regard sur Miro. Arnaud Laporte

"ON AIR", Carte blanche à Tomas Saraceno", jusqu'au 6 janvier au Palais de Tokyo

Tomás Saraceno, "ON AIR", Carte blanche au Palais de Tokyo, Paris, 2018 (Courtesy de l'artiste / © Andrea Rossetti)
Tomás Saraceno, "ON AIR", Carte blanche au Palais de Tokyo, Paris, 2018 (Courtesy de l'artiste / © Andrea Rossetti)

Commissariat : Rebecca Lamarche-Vadel

Présentation officielle : L’exposition ON AIR se présente comme un écosystème en mouvement, accueillant une chorégraphie à plusieurs voix entre humains et non-humains, où les œuvres révèlent les rythmes et trajectoires communs, fragiles, et éphémères qui unissent ces mondes. ON AIR se construit grâce à la multitude de ces présences, animées et inanimées, qui y cohabitent.

L’exposition est comme un ensemble, qui révèle la force des entités qui peuplent l’air et la manière avec laquelle elles nous affectent : du dioxyde de carbone (CO2) à la poussière cosmique, des infrastructures et fréquences radio à de nouveaux couloirs de mobilité aériens. Ces histoires invisibles, qui composent la nature dont nous faisons partie, nous invitent à repenser poétiquement notre manière d’habiter le monde – et à réévaluer notre manière d’être humain.

Alors que les activités industrielles prédatrices exploitent la Terre, épuisent ses ressources et menacent d’entières écologies, ON AIR célèbre de nouvelles manières d’imaginer une planète libérée de frontières et d’énergies fossiles, au travers de nouveaux modes de production de la connaissance. De cette manière, l’exposition répond aux défis posés par l’Anthropocène, terme proposé pour décrire une époque de la Terre dans laquelle nous vivons désormais, et qui a débuté lorsque les activités humaines ont eu un impact global sur l'écosystème terrestre. C’est ainsi particulièrement au travers des activités de l’Aerocene, un projet artistique interdisciplinaire initié par Tomás Saraceno, qui cherche à réactiver un imaginaire commun afin de collaborer éthiquement avec l’atmosphère et l’environnement, que les visiteurs sont invités à s’engager collectivement dans un exercice d’harmonisation planétaire.

ON AIR réunit une grande variété de collaborateurs, rassemblant des institutions scientifiques, des groupes de recherches, des activistes, des communautés locales, des visiteurs, des musiciens, des philosophes, des animaux non-humains, des phénomènes célestes, qui participent tous à la vie de l’exposition. Des ateliers, des concerts, des séminaires ouverts au public enrichissent régulièrement une exposition transformée en une vaste « jam-session cosmique », résonnant au rythme des rencontres et d’assemblées nées de nouvelles solidarités entre espèces.

L'avis des critiques :

Ça commence très bien. La grande verrière du Palais de Tokyo est absolument plongée dans le noir et éclairée par 76 boites dans lesquelles on trouve des toiles d’araignées éclairées. Il y a une qualité de silence extraordinaire et une poésie. « ON AIR » c’est une manière d’enregistrer le monde. On a ensuite une exposition plus documentaire, tendant vers l’exposition scientifique. Finalement, cela fait perdre un peu de l’émotion très forte et très réelle qui existe dans le début de l’exposition. Anaël Pigeat

C’est une exposition qui est très actuelle avec des enjeux écologiques. « ON AIR » pose la question : « de quoi l’air est-il fait ? ». Tomas Saraceno s’efforce de nous faire prendre conscience de tout l’univers qui nous entoure. Les œuvres sont presque des sortes d’outils de traduction, en grande partie sonores. J’ai plutôt tendance à préférer les œuvres jouant plus de l’émerveillement même, que les démonstrations scientifiques où la forme pêche un peu. Mathilde Villeneuve

On passe du poétique au politique. On commence par les toiles d’araignées avant d’aboutir à l’Aerocene. La première partie peut me convaincre, la deuxième beaucoup moins. Il y a quelque chose de juste à dire que l’art peut sensibiliser à la relation entre l’homme et la nature. Au début je me suis dit qu’il tenait une forme de relativisme, mais il aboutit ensuite à un anthropocentrisme incroyable, à contre-courant du propos. Florian Gaité

Il y a beaucoup de choses qui ne vont pas, il y a des salles dont on aurait pu se passer. Je n’en peux plus de ces faux ateliers à la fin des expositions. J’ai trouvé cette seconde partie contre-productive, puisque l’exposition se contredit entre le début et la fin. On a une reconnexion très simple et très évidente à la nature au début de l’exposition, avant d’être embarrassé par une tarte à la crème de l’art contemporain. Arnaud Laporte

>> LE COUP DE CŒUR DE FLORIAN GAITE : "Violaine Lochu" à la galerie Dohyang Lee

Violaine Lochu, BioGraphies, 2018, série de 9 dessins, encre sur papier, dimensions variables, pièces uniques. (© Aurélien Mole)
Violaine Lochu, BioGraphies, 2018, série de 9 dessins, encre sur papier, dimensions variables, pièces uniques. (© Aurélien Mole)

Présentation officielle : Le titre de l’exposition, Hinterland, renvoie à l’arrière-pays, un territoire à l’abri des vents et de la mer. Un territoire au sein duquel il est possible de prendre le temps, de se reconstruire. D’un point de vue métaphorique, Hinterland renvoie à ce qui n’est pas immédiatement visible. Il est le paysage arrière, les coulisses, l’intérieur du corps, ses fondations, ses organes et sa mémoire. Car il est ici question du corps. L’artiste en fait un outil, un instrument : le capteur, le récepteur et l’émetteur de langages intuitifs hérités de vies antérieures et/ou de traditions ancestrales. Violaine Lochu est à l’écoute de son corps, de ses expériences, de ses langages et de ses écritures. Les œuvres donnent un accès physique et sensoriel à cette écoute. (...)

Je pense que Violaine Lochu est l’une des meilleures performeuses de sa génération. Elle travaille sur la voix et suite à une maladie, se met à explorer le corps en crise. Elle réalise des dessins sous-hypnose, joue avec une caméra Gopro. Elle est très touchante et ne tombe jamais dans le pathos, mettant la distance nécessaire.

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Critique à La Dispute
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1
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