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en haut : "Bernar Venet" (© Alexandre Devals, Archives Bernar Venet, New York, © Adagp, Paris, 2018), en bas : Quartier de Byker, Newcastle upon Tyne, Royaume Uni, 1977 (© Martine Franck  Magnum Photos)

Arts plastiques : Martine Franck, "ses cadrages sont tellement parfaits qu'on en oublie le sujet"

55 min
À retrouver dans l'émission

La Dispute arts plastiques se consacre cette semaine à Bernar Venet, pour sa "Rétrospective 2019-1959". Il sera également question de l'exposition "Martine Franck" à la Fondation Henri Cartier Bresson, avant un Petit Salon de Lucile Commeaux consacré aux salles d'enchères et un coup de cœur...

en haut : "Bernar Venet" (© Alexandre Devals, Archives Bernar Venet, New York, © Adagp, Paris, 2018), en bas : Quartier de Byker, Newcastle upon Tyne, Royaume Uni, 1977 (© Martine Franck  Magnum Photos)
en haut : "Bernar Venet" (© Alexandre Devals, Archives Bernar Venet, New York, © Adagp, Paris, 2018), en bas : Quartier de Byker, Newcastle upon Tyne, Royaume Uni, 1977 (© Martine Franck Magnum Photos)

Le Petit Salon de Lucile Commeaux : consacré aux salles d'enchères

L'avis des critiques :

Il y a quinze jours, de nombreux journaux titraient sur une œuvre du peintre David Hockney vendue à New York. En dehors des événements qui font les gorges chaudes de la presse généraliste, ce qui se passe dans les maisons d’enchères est remarquable. La courbe de vente des artistes contemporains s'envolent depuis 2008. La salle d’enchères est devenue un lieu de création puisque l’œuvre s’y est actualisée. Qu'est-ce que les salles d’enchères font à l’art contemporain ? Lucile Commeaux

Dans la majorité des salles d’enchères, on trouve des œuvres fabuleuses peu chères. Le problème c'est que le marché a pris le pouvoir du critique et du musée. Aujourd’hui, on a le sentiment que l’impact direct de ces chiffres colossaux fait qu’on offre une telle surface d’exposition, que rien ne va plus. Comment peut-on dire que l'oeuvre de Jeff Koons est ridicule quand il s'agit de la plus chère du monde ? Fabrice Bousteau

J'ai l'impression que c'est maintenant quelque chose qui doit me concerner. Je pense que des artistes comme Jeff Koons viennent inclure ce paramètre-là à leur œuvre. Le marché vient légitimer de nouvelles pratiques. Quand Banksy fait un geste critique, on parle le langage de la critique institutionnelle. Sauf que le marché n'est pas l'institution. Ingrid Luquet-Gad

On a l’impression qu’il faut d'autant plus travailler, affiner la critique en faisant davantage de prospection, pour ne pas se laisser happer par ce qui demeure en surface. J’ai l’impression que parmi les artistes qui m’intéressent, il y en a très peu qui se laissent manipuler par ce marché de l'art et produisent en fonction de ce qui peut être vendu. Mathilde Villeneuve

"Bernar Venet, rétrospective 2019-1959", jusqu'au 6 janvier au MAC (Musée d'Art Contemporain) de Lyon

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Commissariat : Thierry Raspail

Présentation officielle : L’exposition présente un ensemble inédit et exceptionnel de plus de 170 œuvres, des premières performances, dessins, diagrammes, peintures, jusqu’aux photographies, œuvres sonores, films et sculptures, retraçant ainsi 60 années de création. C'est la rétrospective la plus complète jamais réalisée.

Cette rétrospective a pour objet d’examiner toutes les étapes qui conduisent, à l’orée des années 1960, un jeune artiste de 20 ans à « souhaiter retirer toute charge d’expression contenue dans l’œuvre pour la réduire à un fait matériel », puis à s’approprier l’astrophysique, la physique nucléaire et la logique mathématique, à interrompre 5 ans son activité pour opérer enfin un retour inattendu avec des toiles sur châssis. Suivront les œuvres sonores, la poésie, puis les lignes indéterminées, les accidents, les dispersions, les combinaisons aléatoires, jusqu’aux lignes indéfinies et courbes des sculptures monumentales en acier corten dédiées à l’espace urbain.

L’œuvre protéiforme de Bernar Venet reste encore mal connue car elle est souvent exposée partiellement, en « périodes » ou selon une logique de support (les « goudrons », les sculptures en acier…). Elle exige aujourd’hui d’être appréhendée dans son intégralité afin d’en cerner l’ampleur, la complexité, la poésie et l’évidence. Il convient d'en retracer le parcours afin de restituer au contexte qui l’a vu naître (l’apparition du happening en 1959, du Nouveau Réalisme, de Fluxus et de l’École de Nice dans les années 1960, « l’invention » de l’art minimal et conceptuel aux États-Unis où Bernar Venet s’installe en 1966), la pertinence et le haut degré de création. C’est l’objet de cette rétrospective.

L'avis des critiques :

Je suis entrée par un autre versant de Bernar Venet qui serait plutôt son rapport à l’écriture. Je trouve assez beau qu’il développe une écriture sans écriture, une poésie purement visuelle. Il peint le paysage en le réduisant à des données objectives. Le début et la fin de l’exposition me plaisent moins. Le goudron me paraît participer un peu de la mythologie de l’artiste romantique. Je le trouve le plus beau quand il s’éloigne de la matière et de ce rapport à la terre, à la gravité. Ingrid Luquet-Gad

C’est une très grande exposition qui se fait à rebours de sa chronologie. J’avais du mal à cerner son œuvre. Je ne connaissais que ces grandes sculptures rigides en acier plié qui s’inscrivent dans l’espace public et auxquelles je n’étais pas très sensible. Mon désamour vient surtout du système clos dans lequel elles se trouvent. J’ai quand même été étonnée par ses toutes premières œuvres qui sont en partie à rebours des œuvres poids lourds. Mathilde Villeneuve

Le parcours est presque fait pour rassurer le visiteur. On commence avec les œuvres grandioses. Ce qui est étonnant, c’est que ces pièces sont plutôt faites pour l’extérieur et pourtant ça marche. Le fil rouge de cette exposition, c’est d’expliquer que Bernar Venet est un artiste conceptuel. Or, je trouve qu’il est tout sauf un artiste conceptuel, c’est un sculpteur. Fabrice Bousteau

"Martine Franck", jusqu'au 10 février à la Fondation Henri Cartier Bresson

Plage, village de Puri, Inde, 1980 (© Martine Franck Magnum Photos)
Plage, village de Puri, Inde, 1980 (© Martine Franck Magnum Photos)

Présentation officielle : Je suis partie sans idée préconçue.
Lorsque j’ai entrepris ce long voyage en Orient, j’ignorais que je deviendrais photographe.
Je cherchais simplement à découvrir le monde et moi-même.

En janvier 1964, je me suis donc retrouvée à Katmandu au Népal avec mon amie d’enfance Ariane Mnouchkine. Le premier jour, je fus ahurie de voir la Banque Nationale qui étalait ses pièces d’or par terre au marché ; cela m’a paru fabuleux et fou.

L’hôtel minable où nous logions était plein de rats et de poux et nous avons vite décidé de partir pour un trekking en montagne.

Nous avons quitté la ville à l’aube et je me souviens du froid glacial, de mon émerveillement devant l’architecture vernaculaire et de l’hospitalité des villageois qui nous permettaient de passer la nuit chez eux.

Tout ceci je ne l’ai jamais oublié : la bouse de vaches qu’on mettait à sécher sur la façade des maisons, les oranges énormes qui se pelaient comme des mandarines, les caravaniers tibétains, avec leur joyeux sourire un peu moqueur et leur envie de nous toucher.

Personne ne mendiait comme en Inde. Il n’y avait pas encore de « hippies » et les gens étaient étonnés de voir deux femmes seules.  » Mais où sont donc vos maris? » nous demandait-on régulièrement.

J’ai le souvenir de la beauté partout, les visages, les paysages, les gestes, les objets usuels que je prenais tant plaisir à photographier: je n’avais jamais été aussi heureuse et libre.

C’est en rentrant à Paris que j’ai montré ces images au bureau de « Time Life ». On m’a proposé de devenir stagiaire. J’ai senti que j’avais trouvé ma voie. J’allais devoir travailler beaucoup. J’allais devenir photographe. Martine Franck

L'avis des critiques :

Il a été difficile pour elle d'entrer chez Magnum qui était très misogyne. Elle capte beaucoup plus l'espièglerie et l'optimisme. Elle choisit très précisément ses sujets et ne force jamais une pause, ce qui se ressent dans ses photographies. Elle est une photographe plutôt formelle, mais ses compositions aux lignes ondoyantes, le travail de la lumière et des gris sont tout à fait magnifiques. Elle a une manière de partager dans un même cadre différentes situations, ce qui donne l’impression de photographies collage. Mathilde Villeneuve

Il me semble avoir vu un travail d’une très bonne technicité. Là où cela pêche, c'est qu'il ne me paraît pas y avoir une grande originalité. Il me paraît difficile de distinguer une photographie de Martine Franck comme si elle travaillait « à la manière de », comme sous-influence. C'est quelqu'un qui semble très bien connaître ce qui se fait dans son art, ses classiques et ses contemporains. Arnaud Laporte

Pour moi elle pêche par une mise en retrait dont elle est elle-même consciente, elle a photographié toute sa vie à l'ombre du grand arbre. Elle a une recherche bouddhiste dès le début de sa vie de l'instant parfait. Ses cadrages sont d'ailleurs tellement parfaits qu'on en oublie le sujet. Ses portraits d'artistes sont très réussis par ailleurs. La spécificité de Martine Franck serait peut-être dans le regard. Elle arrive à condenser ce moment de repli intérieur, notamment chez Foucault. Ingrid Luquet-Gad

C’est un très beau lieu, très agréable avec une belle scénographie. J’ai notamment apprécié ce beau fond vert d’eau. Je pense que c’est très joli. C’est une photo bourgeoise en noir et blanc. Elle n’a pas le talent de toute cette génération d’hommes-photographes parmi lesquels on trouve malheureusement très peu de femmes. J'ai été marqué par la grande pauvreté de ses photographies sur l'Inde. Il y a quand même quelques photos que je trouve vraiment fortes. Fabrice Bousteau

>> LE COUP DE CŒUR D'INGRID LUQUET-GAD : "Palettes of shadows" de Sylvie Fleury, jusqu'au 5 janvier à la galerie Thaddaeus Ropac dans le Marais

Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London • Paris • Salzburg  Photos : Charles Duprat (© Sylvie Fleury)
Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London • Paris • Salzburg Photos : Charles Duprat (© Sylvie Fleury)

Présentation officielle : J’ai toujours voulu transformer la réalité, transformer les objets de tous les jours. C’est peut-être aussi pour cela que la mode m’intéresse. Elle se nourrit de l’air du temps, mais produit aussi des codes que j’ai toujours voulu détourner. C’est cette énergie d’appropriation qui m’amuse.

La Galerie Thaddaeus Ropac a le plaisir de présenter une exposition de nouvelles œuvres de Sylvie Fleury. Empruntant aussi bien à la tradition du ready-made qu’au vocabulaire formel du pop art et de l’art minima, cette nouvelle série explore les codes du féminin et du masculin, de l’art et de la mode, à l’aune du consumérisme contemporain. Avec ses palettes de maquillage agrandie à une échelle monumentale, Fleury interroge les structures de désir et de pouvoir attachées à ces objets cosmétiques et explore les zones d’ombres d’un genre pictural considéré comme hybride, entre peinture et sculpture : le shaped canvas.

Féministe affirmée, ses nouvelles toiles entendent écrire le contrepoint féministe du paradigme défini en 1964 dans l’exposition organisée par Lawrence Alloway au Guggenheim Museum de New York. Sobrement intitulée The Shaped Canvas, celle-ci présentait des œuvres des principaux tenants — tous masculins — de cette nouvelle tendance : Paul Feeley, Sven Lukin, Richard Smith, Frank Stella, Neil Williams. (...)

Sylvie Fleury a beaucoup de choses à dire sur le monde dans lequel on vit. Elle a beaucoup de choses à dire sur l’identité, mais le fait sans parler du corps. Elle évoque les échanges symboliques et le storytelling de toutes les marques de luxe. On lui a beaucoup reproché, surtout en France, de se ré-approprier les codes de féminité souvent qualifiés de codes d’aliénation. Elle entre dans un discours sur le néolibéralisme. Ingrid Luquet-Gad

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records).

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