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à gauche : "Peindre la nuit" (© Jochen Littkemann), à droite : "Michael Heizer" (© Thomas Lannes / Courtesy Gagosian) "TRANSMISSION / TRANSGRESSION" (© Roger Violletet) et "Paula Rego" (Courtesy Marlborough Fine Art)

Arts plastiques : Paula Rego, "montrer la monstruosité, c’est aussi rendre supportable l’insupportable"

55 min
À retrouver dans l'émission

Ce soir, les arts plastiques avec "Peindre la nuit" au Centre Pompidou Metz, "Les contes cruels de Paula Rego" au Musée de l'Orangerie et "TRANSMISSION/TRANSGRESSION" au Musée Bourdelle. Mais aussi un coup de coeur pour "Michael Heizer".

à gauche : "Peindre la nuit" (© Jochen Littkemann), à droite : "Michael Heizer" (© Thomas Lannes / Courtesy Gagosian) "TRANSMISSION / TRANSGRESSION" (© Roger Violletet) et "Paula Rego" (Courtesy Marlborough Fine Art)
à gauche : "Peindre la nuit" (© Jochen Littkemann), à droite : "Michael Heizer" (© Thomas Lannes / Courtesy Gagosian) "TRANSMISSION / TRANSGRESSION" (© Roger Violletet) et "Paula Rego" (Courtesy Marlborough Fine Art)

"Peindre la nuit", jusqu'au 15 avril 2019 au Centre Pompidou Metz

Man Ray, "Nuit" (Alphabet pour adulte), [1970] Encre de Chine et stylo-feutre sur papier, 30,6 x 24 cm Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne (© Georges Meguerditchian, © Man Ray Trust / Adagp, Paris)
Man Ray, "Nuit" (Alphabet pour adulte), [1970] Encre de Chine et stylo-feutre sur papier, 30,6 x 24 cm Paris, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne (© Georges Meguerditchian, © Man Ray Trust / Adagp, Paris)

Commissariat : Jean-Marie Gallais Chargée de recherches et d'exposition : Alexandra Müller

Présentation officielle : La nuit se retrouve au cœur de débats actuels, qu’ils soient sociétaux (faut-il ouvrir les magasins la nuit ou la consacrer au sommeil ?), écologiques (comment limiter la pollution lumineuse qui nous empêche de voir les étoiles ou qui dérègle la vie animale ?), politiques (nuit debout, traversées clandestines de frontières) ou scientifiques (on repousse sans cesse notre connaissance de la nuit). 

Ce monde de la nuit, avec tous ses questionnements, est omniprésent chez les artistes, notamment depuis la fin du XIXe siècle. La nuit a évolué et nous a transformés, à travers des révolutions majeures comme l’électrification et l’éclairage, la psychanalyse ou la conquête spatiale : autant de bouleversements dans la définition et le rapport que l’on entretient avec la nuit.

Du 13 octobre 2018 au 15 avril 2019, le Centre Pompidou-Metz consacre une exposition de grande ampleur au thème de la nuit dans la peinture moderne et contemporaine, accompagnée d’une publication et d’une riche programmation d’événements associés. 

Source d’inspiration majeure de l’histoire de l’art, la nuit demeure aujourd’hui encore un terrain d’expériences fécond. Revenir à un sujet aussi vaste que la nuit permet de poser des questions essentielles sur notre condition et notre place dans l’univers, comme sur le rôle de l’art.
Si la proposition peut paraître d’emblée comme une contradiction, « peindre la nuit » se révèle au contraire riche de sens. Le titre contient volontairement une ambiguïté : peindre la nuit signifie soit représenter la nuit, soit peindre de nuit. Peindre l’obscurité ou peindre dans l’obscurité, c’est déjà faire un choix, celui d’affiner sa vision extérieure ou bien celui de l’abandonner. La nuit permet, tant sur le plan physique que symbolique, ce « détachement du monde » si cher à la modernité. Le moment du crépuscule pourrait d’ailleurs être la parfaite métaphore de la volatile frontière entre figuration et abstraction. 

À travers une approche liée à la perception de la nuit plutôt qu’à son iconographie, l’exposition se présente elle-même comme une expérience nocturne, une déambulation qui transforme le visiteur en noctambule, et qui transmet ce vertige que procure la nuit : vertige des sens, vertige intérieur, vertige cosmique. On avance dans l’exposition comme on avance dans la nuit. 

Fidèle à l’esprit des expositions du Centre Pompidou-Metz, l’exposition ne se limite pas de manière exclusive à la peinture, bien que centrale, mais offre résonances et parallèles avec la musique la littérature, la vidéo et la photographie.
Elle rassemble une centaine d’artistes, de figures historiques (Winslow Homer, Francis Bacon, Anna-Eva Bergman, Louise Bourgeois, Brassaï, Helen Frankenthaler, Paul Klee, Lee Krasner, Henri Michaux, Joan Mitchell, Amédée Ozenfant, etc.) et d’artistes contemporains (Etel Adnan, Charbel-joseph H. Boutros, Ann Craven, Peter Doig, Jennifer Douzenel, Rodney Graham, Martin Kippenberger, Paul Kneale, Olaf Nicolai, Gerhard Richter, etc.) ainsi que de spectaculaires installations dont certaines sont conçues spécialement pour ce projet (Harold Ancart, Raphaël Dallaporta, Spencer Finch, Daisuke Yokota, Navid Nuur, etc.).

L'avis des critiques :

Je trouve que c’est une exposition où il y a de très bons choix d’œuvres, elle n’est pas seulement liée à l’iconographie de la nuit, mais aussi au monde du rêve et de l’inconscient. La nuit est aussi le lieu des transgressions. Les hiérarchies habituelles, les hiérarchies diurnes sont renversées. Dans la salle « obsessions nocturnes » il est question de l’artiste face à la solitude. J’ai suivi avec délectation le fil du commissaire d’exposition. Sandra Adam Couralet

C’est une exposition qui veut jouer la rupture. Elle est de l’ordre de la représentation de la nuit et se tient à son titre. Ce sont de belles œuvres qui sont présentées. Il y a parcours parfaitement organisé en chapitres et sous-paragraphes. Ce qui m’a gênée, c’est que je trouve que cette exposition se déploie avec un cadre diurne. Je n’ai pas été dans une expérience sensible au-delà de quelques tableaux. C’est comme si l’on voulait connaître une flamme en ignorant la chaleur. Corinne Rondeau

C’est une déambulation très agréable à faire, qui occupe deux des niveaux du Centre ce qui est assez rare. L’exposition m’a un peu laissé insatisfait dans la mesure où le titre est volontairement ambigu. Je trouve qu’il y a des associations véritablement bien pensées et intéressantes. Le premier étage est bien tenu dans l’accrochage. Le second est un peu plus flottant, comme si le commissaire s’était perdu dans sa propre thématique cosmique. Frédéric Bonnet

Les contes cruels de Paula Rego, jusqu'au 14 janvier au Musée de l'Orangerie

"Snare", 1987, Acrylique sur papier monté sur toile, 150 x 150 cm (© Paula Rego / Courtesy of the British Council Collection) Service de presse du Musée d'Orsay
"Snare", 1987, Acrylique sur papier monté sur toile, 150 x 150 cm (© Paula Rego / Courtesy of the British Council Collection) Service de presse du Musée d'Orsay

Commissariat : Cécile Debray

Unique artiste femme du groupe de l’École de Londres, Paula Rego se distingue par une œuvre fortement figurative, littéraire, incisive et singulière.

Née en 1935 à Lisbonne, Paula Rego a quitté, adolescente, le Portugal et l’oppressante dictature de Salazar, pour faire ses études à Londres où elle vit depuis plus de cinquante ans. Formée à la Slade School of Arts, elle a côtoyé Francis Bacon, Lucian Freud, Frank Auerbach, David Hockney.
Peintre, elle élabore avec virtuosité de grands polyptyques au pastel. Habitée par une certaine littérature et culture visuelle du XIXe siècle, réaliste et fantastique, à l’instar de son compatriote cinéaste Manoel de Oliveira, Paula Rego entremêle de manière très contemporaine ces références (Jane Eyre, Peter Pan, Daumier, Goya, Lewis Carroll, Hogarth, Ensor, Degas...) à des éléments fortement autobiographiques et des éléments du réel, celui du monde actuel et de ses enjeux sociaux et politiques. Narratifs, grinçants, ses tableaux semblent issus de quelque conte cruel et évoquent la condition féminine dans des scènes étranges, à contre-courant des codes sociaux.

"Mes sujets favoris sont les jeux de pouvoir et les hiérarchies. Je veux toujours tout changer, chambouler l’ordre établi, remplacer les héroïnes et les idiots". En cela, Paula Rego rejoint l’esprit de Hogarth, Goya ou Grosz, interroge les conventions établies et relève avec ironie les traits de la société bourgeoise incarnée par la famille, la religion et l’État.

S’inspirant de mannequins, poupées et masques mis en scène dans son atelier, Paula Rego crée des personnages ou animaux qu’elle transforme et travestit, donnant ainsi naissance à des saynètes composées sur de grands formats, où se mêlent réalité et fiction, rêveries et cauchemars.

L'avis des critiques :

C’est une plongée dans une œuvre crue et en même temps très forte. On croise à la fois des œuvres graphiques très fantasques mettant en scène des cauchemars et de grands formats peints à l’acrylique peuplés de petites filles. C’est un réel inquiétant et toujours fantasmé. On découvre dans l’exposition que Paula Rego met en scène des objets pour composer ses peintures. Sandra Adam Couralet

Où que l’on regarde, on est face à une œuvre dérangeante avec un côté grinçant. Il y a partout une analogie entre l’homme et l’animalité, mise en scène dans une peinture chargée. Elle a une manière de monumentaliser les corps qui les rend particulièrement monstrueux. Il y a dans ce travail, un étrange équilibre entre la crudité du réalisme et le mystère du baroque. Frédéric Bonnet

Tout pèse, il y a une intensité et une densité très fortes. On commence à l’acrylique et on finit au pastel. Je crois qu’elle fait des figures qui résistent et se cabrent en même temps, avec quelque chose de musculaire. C’est une femme qui parle aussi de l’avortement, des rapports entre les hommes et les femmes. Montrer la monstruosité, c’est aussi rendre supportable l’insupportable. J’ai été assez épatée par ces formats. Corinne Rondeau

"TRANSMISSION/TRANSGRESSION", jusqu'au 3 février 2019 au Musée Bourdelle

Gaston et Lucien Manuel, Bourdelle, Céline Emilian et une élève dans l’atelier impasse du Maine, vers 1920 Épreuve gélatino-argentique, 27,4 x 36,9 cm Musée Bourdelle, Paris (© Musée Bourdelle / Roger-Viollet)
Gaston et Lucien Manuel, Bourdelle, Céline Emilian et une élève dans l’atelier impasse du Maine, vers 1920 Épreuve gélatino-argentique, 27,4 x 36,9 cm Musée Bourdelle, Paris (© Musée Bourdelle / Roger-Viollet)

Commissariat : Claire Boisserolles, Stéphane Ferrand et Amélie Simier

Présentation officielle : Plongeant les visiteurs au cœur des processus de création, faisant surgir les visages de ceux qui peuplaient les ateliers de Montparnasse, l’exposition met en lumière les rapports complexes qui se nouent entre maître et élève, entre artiste et praticien, à travers la figure du sculpteur Antoine Bourdelle.

Leurs trajectoires, la fidélité à l’enseignement du maître ou son rejet violent, seront mis en scène dans l’exposition à travers 165 œuvres, dont une cinquantaine de photographies, une cinquantaine de sculptures et une quarantaine de dessins. Au centre du parcours, spécifiquement créé pour l’exposition, un module visuel, sonore et tactile dédié au processus de la taille par mise aux points.

« Je ne suis pas un maître d’école, un professeur, mais un artiste qui travaille avec vous. »

Antoine Bourdelle, fils d’un menuisier montalbanais, ancien élève de Falguière et praticien de Rodin, est une figure majeure de l’enseignement des arts à Paris au début du XXe siècle. Professeur, maître, mentor et parfois père de substitution, il se voit en camarade au milieu des artistes en devenir qui l’entourent. Sa personnalité charismatique et bienveillante fera venir à lui pendant quarante ans près de cinq cents élèves : Français, Russes, Américains, Chinois, Portugais, Brésiliens, Japonais, Polonais, Grecs, Suisses, Roumains, Suédois, Tchèques... Nombre d’entre eux de retour dans leur pays natal seront à leur tour des enseignants renommés, prolongeant ainsi les leçons de Bourdelle. Certains de ces élèves sont devenus célèbres comme Alberto Giacometti ou Germaine Richier ; d’autres ont été oubliés ou n’ont pas fait carrière : l’exposition fait ici ressurgir les visages de ces artistes venus du monde entier à la source du savoir.

L'avis des critiques :

Il y a quand même tout un travail de recherche dans cette plongée chez Bourdelle. Parmi les œuvres ce qui m’a intéressée, c’est qu’on découvre qu’il a eu de nombreuses artistes femmes comme élèves, auxquelles il demandait parfois de poser. Sandra Adam Couralet

Je suis sorti de cette exposition avec l’étrange sensation d’être incapable de savoir si cela m’avait intéressé ou pas. C’est extrêmement didactique, ce qui n’est pas une tare absolue, mais il y a énormément de texte à lire. Je trouve l’exposition en elle-même bien construite. C’est intéressant de voir dans une des salles finales que les élèves de Bourdelle ont engendré des styles très différents les uns des autres. Frédéric Bonnet

Il y a une volonté didactique, pédagogique, de nous montrer comment se fait la sculpture. On nous montre un travail de la taille à la mise au point, de la pédagogie à l’extrême pour remplir un peu l’espace. A la fin on a quatre portraits avec je trouve, une très belle mise en lumière des travaux et de la manière d’être de Bourdelle avec ses élèves. Corinne Rondeau

>> LE COUP DE CŒUR DE FRÉDÉRIC BONNET - "Michael Heizer" chez Gagosian Le Bourget

Michael Heizer, "Ciliata", 1968 (haut) et "Slot Mass", 1968 (bas) (© Thomas Lannes)
Michael Heizer, "Ciliata", 1968 (haut) et "Slot Mass", 1968 (bas) (© Thomas Lannes)

Présentation officielle : Lorsque j’ai réalisé les « sculptures négatives » j’ai pris conscience de la possibilité d’un vocabulaire complet, en produisant des sculptures avec des matériaux de base comme la terre. J’ai senti que les sphères du dessin et de la peinture devaient également être enveloppées de manière à exposer tout le vocabulaire. — Michael Heizer

Gagosian est heureuse de présenter une exposition d’œuvres de Michael Heizer, datant de à nos jours. En cinquante ans, Heizer a redéfini l’idée même de la sculpture à travers ses explorations de la taille de la masse et du processus. Ses constructions terrestres mouvantes, ses peintures et ses dessins explorent la dynamique des espaces positifs et négatifs.

Jeune artiste à New York dans les années , Heizer a commencé à réaliser des « peintures de déplacement », des toiles géométriques dans des tons clairs et sombres. Pendant l’hiver, dans les montagnes de la Sierra Nevada, il a creusé plusieurs failles dans la terre, adaptant les peintures de New York en trois dimensions. Ces « non-sculptures », ou « sculptures inversées », sont devenues la base d’un tout nouveau vocabulaire sculptural, Heizer ayant commencé à utiliser la terre, ainsi que son retrait, comme médium de référence. (...)

Michael Heizer c’est quand même un des mythes de la sculpture d’après-guerre. Quand on entre dans la galerie, on se prend en pleine face une installation de ses sculptures négatives, qui consistaient à aller creuser des formes dans le désert. Allez-voir Michael Heizer, cela vaut le coup. Frédéric Bonnet

Vos commentaires :

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Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

extrait sonore : Documentaire de Nick Willing, "Paula Rego, Secrets and stories" (2017)

Intervenants
  • Critique d’art, commissaire d’exposition indépendant et co-auteur du magazine "Les Regardeurs"
  • Maître de conférences en esthétique et sciences de l’art à l’Université de Nîmes et critique d'art
  • Journaliste au Journal des Arts
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