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à gauche : "Picasso. Bleu et rose" (© Image The Pushkin State Museum of Fine Arts, Moscow / © Succession Picasso 2018), à droite : "The Evil Eye" (© Clément Cogitore) et "La Santé" (© Mathieu Pernot)

Arts plastiques : Picasso, "il est déjà le monstre de peinture qu’il aspire à devenir"

55 min
À retrouver dans l'émission

La Dispute arts plastiques est consacrée à : "Picasso. Rose et bleu" au Musée d'Orsay, l'exposition dédiée aux lauréats du "Prix Marcel Duchamp 2018" et "Mathieu Pernot - La Santé" au Centquatre-Paris. Le coup de cœur du jour est dédié à "Jean-Michel Arberola - Autour de Cosmos 1939".

à gauche : "Picasso. Bleu et rose" (© Image The Pushkin State Museum of Fine Arts, Moscow / © Succession Picasso 2018), à droite : "The Evil Eye" (© Clément Cogitore) et "La Santé" (© Mathieu Pernot)
à gauche : "Picasso. Bleu et rose" (© Image The Pushkin State Museum of Fine Arts, Moscow / © Succession Picasso 2018), à droite : "The Evil Eye" (© Clément Cogitore) et "La Santé" (© Mathieu Pernot)

"Picasso. Bleu et rose", jusqu'au 6 janvier au Musée d'Orsay

Pablo Picasso, "Pierreuses au bar", 1902. Huile sur toile, 80 x 91,5 cm, Hiroshima. (© Hiroshima Museum of Art / © Succession Picasso 2018). Service de presse du Musée d'Orsay
Pablo Picasso, "Pierreuses au bar", 1902. Huile sur toile, 80 x 91,5 cm, Hiroshima. (© Hiroshima Museum of Art / © Succession Picasso 2018). Service de presse du Musée d'Orsay

Commissaire général : Laurent Le Bon

Présentation officielle : Le musée d'Orsay et le Musée national Picasso-Paris organisent une manifestation exceptionnelle consacrée aux périodes bleue et rose de Pablo Picasso. Cette exposition est la première collaboration de grande ampleur entre nos deux musées. Elle réunit des chefs-d'oeuvre et propose une lecture renouvelée des années 1900-1906, période essentielle de la carrière de l'artiste qui n'a à ce jour jamais été traitée dans son ensemble par un musée français. 

La présentation de cette exposition au musée d'Orsay manifeste la volonté d'inscrire le jeune Picasso dans son époque et de reconsidérer son oeuvre sous le prisme de son appartenance au XIXe siècle. 

L'exposition rassemble un ensemble important de peintures et de dessins et ambitionne de présenter de manière exhaustive la production sculptée et gravée de l'artiste entre 1900 et 1906.

L'avis des critiques :

C’est une exposition exceptionnelle, d’abord par la qualité des prêts représentés. On peut notamment voir « Les Pierreuses » qui viennent de Cleveland et qui sont très rarement prêtées. Ce sont aussi des œuvres qui sont très chères, en témoigne la vente de « La fillette au panier de fleurs ». L’exposition montre que les scansions qu’on a l’habitude de faire entre ces deux périodes sont beaucoup plus illusoires qu’il n’y paraît. Anaël Pigeat

Beaucoup de ces tableaux ont été peints quand Picasso avait entre 18 et 25 ans. Il est déjà le monstre de peinture qu’il aspire à devenir. On note une volonté de s’affirmer notamment par la taille des signatures. L’exposition pour moi est peut-être un peu trop redondante. La vraie nouveauté toutefois est qu’elle se déroule au Musée d’Orsay. On réunit dans le même lieu les maîtres et l’élève et c’est ce que j’ai trouvé passionnant. Stéphane Corréard

C’est impressionnant de voir tous ces tableaux. On sait qu’à l’époque, il pouvait en peindre trois par jour. Le parti pris est un peu un parti pris d’historien. On se rend compte qu’il n’y a pas autant de césures qu’on le croit. L’exposition est très compartimentée, ce qui fait que ça ne circule pas autant que ça le pourrait. On voit bien une idée de progression logique et chronologique. On parle de période « bleue et rose », mais il y a aussi beaucoup de vert. Or, le brouillage chromatique est assez appréciable. Florian Gaité

"Prix Marcel Duchamp 2018", jusqu'au 31 décembre au Centre Pompidou

Présentation officielle : Les quatre finalistes du prix Marcel Duchamp sont invités par le Centre Pompidou à exposer dans ses espaces. 

Créée par l’Association pour la diffusion internationale de l’art français (Adiaf) et organisée en partenariat avec le Centre Pompidou, cette distinction compte aujourd’hui parmi les prix d’art contemporain les plus prestigieux au monde. Cette nouvelle édition offre un regard sur la scène artistique en France en donnant à découvrir les productions inédites de Mohamed Bourouissa, Clément Cogitore, Thu-Van Tran et Marie Voignier.

À travers l’exposition se font écho des préoccupations communes : repenser le récit à l’heure de la saturation médiatique, poser de nouvelles conditions d’expérience de la mémoire.

  • Mohamed Bourouissa
"Le murmure des fantômes", 2018 Still. Vidéo couleur et son, 13min 15sec. (© ADAGP Mohamed Bourouissa courtesy the artist and kamel mennour, Paris/London et Blum & Poe, Los Angeles/New York/Tokyo)
"Le murmure des fantômes", 2018 Still. Vidéo couleur et son, 13min 15sec. (© ADAGP Mohamed Bourouissa courtesy the artist and kamel mennour, Paris/London et Blum & Poe, Los Angeles/New York/Tokyo)

La pratique de Mohamed Bourouissa s’oriente tout d’abord vers la photographie. Partant d’une réflexion sur la périphérie, la marge et l’exclusion, l’artiste réinterprète la forme du « tableau vivant » en travaillant avec les jeunes habitants des banlieues, qu’il fait poser dans l’espace public. L’œuvre se développe ensuite à travers divers médiums, de la vidéo à l’assemblage et au dessin, tenant le fil d’une prise directe avec le réel. Résidences et collaborations donnent matière, dans chacun de ses projets, à des protocoles d’échange étendus hors du milieu de l’art. (...)

>> Avec la participation d'Olivier Nattes, plasticien, designer et écoconcepteur, auteur des pièces "Macérats".

  • Clément Cogitore
Clément Cogitore, "The Evil Eye", 2018. Installation vidéo, 15 minutes (Courtesy Galerie Eva Hober, Galerie Reinhard Hauff / ©Adapg, Paris, 2018)
Clément Cogitore, "The Evil Eye", 2018. Installation vidéo, 15 minutes (Courtesy Galerie Eva Hober, Galerie Reinhard Hauff / ©Adapg, Paris, 2018)

Depuis la fin des années 2000, le travail de Clément Cogitore privilégie le médium du film, en se déplaçant entre images fixes et images en mouvement, entre format cinématographique et dispositifs d’installations. Le sens du rituel et la manifestation du sacré sous-tendent l’ensemble de son œuvre, inspirée par les rassemblements, les phénomènes communautaires et l’expression des croyances d’aujourd’hui, fussent-elles erratiques, sans objet défini. Fusionnant les codes de la fiction narrative et du documentaire, l’artiste puise aussi dans le modèle de la peinture. Le clair-obscur joue dans ses œuvres un rôle quasi-structurel : des émeutes de la Place Tahrir en 2012 aux foules extatiques d’un concert de rock, de l’intérieur d’une collection de peintures aux paysages désertiques de Sibérie, les images du monde contemporain deviennent visions.

  • Thu-Van Tran
Thu-Van Tran, "Si rien ne sort d'ici", 2018 Film 16mm, 9'07" (© Thu-Van Tran, 2018 / Courtesy de l'artiste et Meessen De Clercq, Bruxelles)
Thu-Van Tran, "Si rien ne sort d'ici", 2018 Film 16mm, 9'07" (© Thu-Van Tran, 2018 / Courtesy de l'artiste et Meessen De Clercq, Bruxelles)

L’œuvre de Thu-Van Tran traverse un large spectre de pratiques, de la sculpture à la peinture en passant par le film et l’installation. Elle s’est constituée entre deux cultures, nourrie d’une réflexion sur l’histoire coloniale du Viêt Nam, et sur les systèmes d’exploitation généralisés de l’homme et de la nature à travers le monde globalisé. Dans la littérature de Joseph Conrad, d’Albert Camus, de Fernando Pessoa, de Marguerite Duras, et d’autres, Thu-Van Tran puise une faculté de résilience et de transformation. La technique du moulage, par ailleurs, est l’un des socles de son travail : elle engage une relation intime, tactile à la matière ‑ cire, caoutchouc, résine exercent un travail de malléabilité, mettent en œuvre des processus ouverts, assumant une fragilité des formes et du langage. La couleur, enfin, devient à l’échelle murale un résonateur émotionnel et psychique.

  • Marie Voignier
Marie Voignier, "Tinselwood", 2017-2018, videostill. (Courtesy Marcelle Alix, Paris , Marie Voignier et les Films du Bilboquet)
Marie Voignier, "Tinselwood", 2017-2018, videostill. (Courtesy Marcelle Alix, Paris , Marie Voignier et les Films du Bilboquet)

Après une formation en physique puis en photographie, Marie Voignier concentre sa pratique artistique sur le médium vidéo, en créant pour chacun de ses projets une méthode d’approche singulière. Portée par un esprit d’enquête et de témoignage, elle s’intéresse à des réalités complexes, à des histoires où se mêlent plusieurs vérités. Des hétérotopies du divertissement de masse de l’ère post-industrielle à la vanité du théâtre médiatique, du tourisme en Corée du Nord à la cryptozoologie dans l’Est du Cameroun, son langage conjugue subtilement les outils de l’observation et du montage pour mettre en tension le tangible et l’imaginaire.

L'avis des critiques :

Je trouve cela tout à fait intéressant et réussi dans la forme. C’est une œuvre assez étonnante, qui ne ressemble pas au reste de son travail. C’est un théâtre de marionnettes. Les images issues d’une banque de donnée sont faites pour ça. C’est une œuvre qui ressemble à d’autres œuvres qu’on voit aujourd’hui, mais qui pourtant traduit très bien l’esprit de Clément Cogitore. Anaël Pigeat

J’aurais eu du mal à départager les quatre finalistes. J’ai été un peu décontenancé par les productions. Les quatre ont tous un rapport à l’image animée. Clément Cogitore nous présente une sorte de montage plutôt focalisé sur la figure féminine. Toutes les images sont mises ensemble autour d’une narration très compliquée. On a une incompréhension immédiate et des images surfaces sur lesquelles on rebondit plus qu’autre chose. Florian Gaité

J’ai trouvé la proposition de Clément Cogitore un peu trop simpliste et redondante. J’y ai vu au deuxième degré une parodie, mais je ne pense pas que ce soit la raison pour laquelle il a eu le prix. On doit toutefois parler de l’installation de Mohamed Bourouissa qui parle des mêmes sujets que les autres, mais en parle de l’intérieur, est totalement habité. Stéphane Corréard

"Mathieu Pernot - La Santé", jusqu'au 6 janvier au Centquatre-Paris

"La santé", 2015. (© Mathieu Pernot)
"La santé", 2015. (© Mathieu Pernot)

Présentation officielle : La prison de la Santé, construite en 1867 dans le 14e arrondissement de Paris, a connu des prisonniers célèbres, comme le poète Guillaume Apollinaire (1911) ou le gangster Jacques Mesrine, qui s’en évade en 1978. Ce n’est pourtant pas cette histoire-là qu'a cherché à capturer Mathieu Pernot lorsqu'il photographie, en 2015, la destruction de la maison d'arrêt. Dans ce bâtiment patrimonial, l'artiste a voulu comprendre comment la 2 prison produit des formes et idées qui lui sont propres. Car depuis ce monde clos, les détenus font exister un monde extérieur qu'ils inscrivent dans l'intérieur de leur cellule. Se penchant sur les multiples strates du quotidien, Mathieu Pernot inventorie, photographie et récolte de manière systématique les traces laissées aux murs par les détenus au fil des ans, avant leur disparition définitive. Les photographies issues de ce travail documentaire, rassemblées en séries, montrent des bâtiments déserts, éventrés, des portes ouvertes et des cellules vides. En soulignant leur absence, elles rendent paradoxalement visible la vie des détenus aux yeux d'une société qui ne les voyait pas. En faisant dialoguer ses photographies avec des inscriptions et images prélevées sur les murs, Mathieu Pernot fait le récit à plusieurs voix de cette vie intérieure.

L'avis des critiques :

Il s’est intéressé aux marges dans son travail. L’exposition joue avec la photographie dans l’espace. Dans le film on le voit prélever la peau des murs avec un scalpel et c’est comme si on retrouvait des cellules dans l’espace du Centquatre. On est dans la position du prisonnier. L‘exposition a une dimension très sèche, mais nous permet aussi de voir une fragilité. Je me suis demandée si le lieu ne compliquait pas un peu la tâche à Mathieu Pernot. Anaël Pigeat

C’est une exposition qui flirte avec le documentaire, au risque parfois de s’y dissoudre. Tout ce qui est exposé est issu d’une dizaine ou d’une vingtaine de cellules. On finit ensuite par les ruines de la prison. Ce qui m’a le plus frappé dans cette exposition, c’est que je n’ai finalement rien appris. La seule chose un peu surprenante est la surreprésentation de copies d’œuvres d’art. La morale c’est qu’il y a plus d’art qu’on le croit en prison et qu’il est souvent religieux. Stéphane Corréard

Il n’y a effectivement pas de surprise. On observe une volonté de neutraliser le point de vue, sans amener d’empathie pour des prisonniers qui ne sont de toute façon pas là. Cependant, on neutralise un peu l’acte artistique, on se demande où est la teneur créative face à cet anonymat. Certaines petites surprises m’ont un peu touché. A force d’absence on ne sait pas bien avec quoi on est aux prises. Florian Gaité

>> LE COUP DE CŒUR DE STÉPHANE CORREARD : "Jean-Michel Arberola - Autour de Cosmos 1939", jusqu'au 1er février 2019 au musée du Louvre, Centre Dominique-Vivant Denon

Présentation officielle : Inspiré par le Centre Dominique‐Vivant Denon, l’artiste Jean–Michel Alberola (né en 1953) propose une création originale, qui fait dialoguer les écrits du conservateur Georges Salles (1889‐1966) et du philosophe Walter Benjamin (1892‐1940, publiés en 1939.

Cosmos 1939 : Georges Salles/Walter Benjamin est une œuvre protéiforme qui associe dessins inédits, lithographies, livres et photographie, caractéristique de la production de Jean–Michel Alberola, entre réflexions artistiques et questionnements philosophiques.

Il y a une grande ampleur dans les détails, il aime d’ailleurs à dire qu’il ne fait que du détail. Alberola met en scène un huit clos à quatre personnages. Il n’était pas seulement un grand lecteur, mais aussi un nouveau lecteur, qui voulait lire comme on voyage. Stéphane Corréard

Vos commentaires :

Avant et pendant l'émission, réagissez et donnez votre avis sur le compte Twitter et la page Facebook de la Dispute.

Générique de l'émission : Sylvie Fleury & Sidney Stucki, "She devils on wheels", extrait de l'album "Sound Collaborations 1996-2008" (label Villa Magica Records)

Intervenants
  • Editor-at-large du mensuel The Art Newspaper édition française, critique d’art et journaliste à Paris Match, productrice de documentaires sur France-Culture, ancienne critique à La Dispute sur France Culture
  • Critique d'art, directeur du salon Galeristes, participe à La Dispute sur France Culture, signataire de la Tribune “Non au «cadeau» de Jeff Koons” dans Libération
  • Docteur en philosophie, enseignant à l'Université Paris 1
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